|
|
Février 21, 2012
Bloggies
by Normand Decary
Ăvangile :
Comme les disciples sâĂ©taient rassemblĂ©s autour de JĂ©sus, sur la montagne, il leur disait : « Si vous voulez vivre comme des justes, Ă©vitez dâagir devant les hommes pour vous faire remarquer. Autrement, il nây a pas de rĂ©compense pour vous auprĂšs de votre PĂšre qui est aux cieux. âAinsi, quand tu fais lâaumĂŽne, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le dĂ©clare : ceux-lĂ ont touchĂ© leur rĂ©compense. Mais toi, quand tu fais lâaumĂŽne, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite, afin que ton aumĂŽne reste dans le secret; ton PĂšre voit ce que tu fais en secret : il te le revaudra. âEt quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle : quand ils font leurs priĂšres, ils aiment Ă se tenir debout dans les synagogues et les carrefours pour bien se montrer aux hommes. Amen, je vous le dĂ©clare : ceux-lĂ ont touchĂ© leur rĂ©compense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton PĂšre qui est prĂ©sent dans le secret; ton PĂšre voit ce que tu fais en secret : il te le revaudra. Mais toi, quand tu jeĂ»nes, parfume-toi la tĂȘte et lave-toi le visage; ainsi, ton jeĂ»ne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton PĂšre qui est prĂ©sent dans le secret; ton PĂšre voit ce que tu fais en secret : il te le revaudra.â
Commentaires :
Comme les cerfs se rassemblent prĂšs de la source pour sâabreuver; les oiseaux dans un arbre pour y construire leurs nids; les enfants se retrouvent autour du feu pour se chauffer et sâĂ©merveiller, ainsi les disciples se rassemblent autour de JĂ©sus sur la montagne pour entendre les paroles de la vie Ă©ternelle. âSi vous voulez vivre comme des justes, Ă©vitez dâagir devant les hommes pour vous faire remarquer.â Cette parole entre en eux comme un glaive. Elle blesse lâidĂ©e habituelle de lâagir. Ne faut-il pas agir pour attirer lâattention et grandir en respect aux yeux des autres? Ne faut-il pas ĂȘtre remarquĂ© pour trouver sa place parmi les autres?
âQue dire alors d'Abraham, l'ancĂȘtre de notre race, et de ce qu'il a obtenu? Si Abraham Ă©tait devenu un homme juste par les actions qu'il avait accomplies, il aurait pu en tirer orgueil, mais Dieu juge autrement.â (Ro 4,1-2)
Ăvitez dâagir devant les hommes, Ă©vitez de croire que câest par votre agir que vous devenez justes! Celui qui croit que son agir le rend juste fait obstacle Ă la grĂące, la vraie rĂ©compense qui vient dâauprĂšs du PĂšre. Comment reconnaĂźtre lâagir de JĂ©sus qui est le Christ, lâĂlu qui vient nous rendre juste en nous justifiant par sa mort sur la croix, si nous nâavons pas besoin de Messie pour ĂȘtre justifiĂ©?
Comment croire en JĂ©sus si nous ne croyons quâen notre agir?
âDieu a donc fait de nous des justes par la foi; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur JĂ©sus Christ, qui nous a donnĂ©, par la foi, l'accĂšs au monde de la grĂące dans lequel nous sommes établis; et notre orgueil Ă nous, c'est d'espĂ©rer avoir part Ă la gloire de Dieu.â (Ro 5, 1-2)
« Ainsi, quand tu fais lâaumĂŽne, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues. »
Comment reconnaĂźtras-tu celui qui te fait le don de son corps et de son sang sur la croix pour te sauver, si tu crois que ton aumĂŽne mĂ©rite quelques gratitudes que ce soit? Comment reconnaĂźtras-tu lâAgneau immolĂ© sur lâautel de la croix pour toi? Que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite, car que donnons-nous que nous lâayons reçu pour le partager? Que donnons-nous que nous recevions de Dieu en son Fils qui se livre pour nous?
Garde bien dans le secret de ton cĆur ce que tu donnes, que ce soit mĂȘme un secret pour toi.
«Alors que nous n'Ă©tions encore capables de rien, le Christ, au temps fixĂ© par Dieu, est mort pour les coupables que nous Ă©tions. â Accepter de mourir pour un homme juste, c'est dĂ©jĂ difficile ; peut-ĂȘtre donnerait-on sa vie pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous alors que nous Ă©tions encore pĂ©cheurs. Ă plus forte raison, maintenant que le sang du Christ nous a fait devenir des justes, nous serons sauvĂ©s par lui de la colĂšre de Dieu.» (Ro 5, 6-9)
Nâest-ce pas ce qui a permis Ă SymĂ©on et Ă Anne, la prophĂ©tesse de reconnaĂźtre lâenfant JĂ©sus dans les bras de sa mĂšre Ă quelques jours de sa naissance? âDemeurĂ©e veuve aprĂšs sept ans de mariage, elle avait atteint l'Ăąge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s'Ă©loignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeĂ»ne et la priĂšre.
S'approchant d'eux Ă ce moment, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l'enfant Ă tous ceux qui attendaient la dĂ©livrance de JĂ©rusalem.â (Lc 2, 37-38) Anne a bien reçu la grĂące de Dieu pour le reconnaĂźtre dans ce petit enfant. Son cĆur Ă©tait plein de joie, de louange. Quelle belle rĂ©compense que celle de la grĂące de Dieu en son temps!
SymĂ©on Ă©tait chez lui et voilĂ que lâEsprit le pousse vers le temple : âPoussĂ© par l'Esprit, SymĂ©on vint au Temple. Les parents y entraient avec l'enfant JĂ©sus pour accomplir les rites de la Loi qui le concernaient. SymĂ©on prit l'enfant dans ses bras, et il bĂ©nit Dieu en disant : âMaintenant, ĂŽ MaĂźtre, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as prĂ©parĂ© Ă la face de tous les peuplesâ (Lc 2, 27, 31)
Câest par la foi en Dieu que SymĂ©on et Anne Ă©taient des justes et non par leur agir : âL'Ăcriture dit en effet : Abraham eut foi en Dieu et de ce fait, Dieu estima qu'il Ă©tait juste.â (Ro 4, 3)
La foi en Dieu est le lieu pour faire grandir en nous le comportement de la main qui donne en lâignorant et qui permet de reconnaĂźtre celui qui est Ă lâorigine de tout don, le merveilleux secret dâamour de Dieu pour nous. âMoi qui suis le dernier de tous les fidĂšles, j'ai reçu la grĂące d'annoncer aux nations paĂŻennes la richesse insondable du Christ, et de mettre en lumiĂšre le contenu du mystĂšre tenu cachĂ© depuis toujours en Dieu, le crĂ©ateur de toutes choses; ainsi, dĂ©sormais, les forces invisibles elles-mĂȘmes connaĂźtront, grĂące Ă l'Ăglise, les multiples aspects de la Sagesse de Dieu.â (Eph 3, 8-10)
Le mystĂšre est tenu cachĂ© et demeure cachĂ© pour ceux qui veulent ĂȘtre remarquĂ©s par les hommes. Comment voir les autres, comment reconnaĂźtre Dieu si nous ne recherchons quâĂ ĂȘtre vus et admirĂ©s? âPersonne n'a jamais vu Dieu; si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour atteint en nous sa perfection. » (1 Jean 4:12)
âTout ce que vous dites, tout ce que vous faites que ce soit toujours au nom du Seigneur JĂ©sus en offrant par lui votre action de grĂące Ă Â Dieu le PĂšre » (Col 3, 17)
âNe soyez donc pas bouleversĂ©s : croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » (Jn 14, 1) La rĂ©compense se trouve dans la grĂące, car seule la grĂące fait atteindre Ă lâamour sa perfection.
âL'amour prend patience; l'amour rend service; l'amour ne jalouse pas; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil; il ne fait rien de malhonnĂȘte; il ne cherche pas son intĂ©rĂȘt; il ne s'emporte pas; il n'entretient pas de rancune; il ne se rĂ©jouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espĂšre tout, il endure tout. L'amour ne passera jamais. » (1 Cor 13, 4-8) âTon PĂšre voit ce que tu fais en secret; il voit cet amour, il te le revaudra.â
Normand Décary-Charpentier
|
|
|
Février 20, 2012
Bloggies
by Normand Decary
Ăvangile :
JĂ©sus traversait la GalilĂ©e avec ses disciples, et il ne voulait pas quâon le sache. Car il les instruisait en disant : « Le Fils de lâhomme est livrĂ© aux mains des hommes; ils le tueront et, trois jours aprĂšs sa mort, il ressuscitera. » Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de lâinterroger. Ils arrivĂšrent Ă CapharnaĂŒm, et, une fois Ă la maison, JĂ©sus leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin? » Ils se taisaient, car, sur la route, ils avaient discutĂ© entre eux pour savoir qui Ă©tait le plus grand. SâĂ©tant assis, JĂ©sus appela les Douze et leur dit : « Si quelquâun veut ĂȘtre le premier, quâil soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu dâeux, lâembrassa, et leur dit : « Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, câet moi qui accueille. Et celui qui mâaccueille ne mâaccueille pas, mais Celui qui mâa envoyĂ©. »
Commentaires :
JĂ©sus traversait la GalilĂ©e avec ses disciples. DĂšs que la nouvelle se rĂ©pandait de son arrivĂ©e dans une ville, une foule nombreuse se rassemblait et lâentourait pour le toucher, lui parler, lâĂ©couter, lui demander une guĂ©rison. La bonne renommĂ©e de JĂ©sus Ă©tait croissante et les disciples en Ă©taient trĂšs heureux. Eux qui Ă©taient trĂšs prĂšs de lui pressentaient en eux-mĂȘmes quâils recevraient bientĂŽt les avantages dâĂȘtre de ses premiers disciples.
Pourtant JĂ©sus ne veut pas quâon sache quâil est ici ou lĂ . Il veut instruire les disciples Ă lâĂ©cart de la foule. Ils ne saisissent pas pourquoi JĂ©sus ne profite pas de cet attrait de la foule pour se faire reconnaĂźtre comme Messie de Dieu. DĂ©jĂ , la rumeur sur ses miracles et ses Ćuvres se rend jusquâĂ JĂ©rusalem et de nombreux scribes et pharisiens viennent pour vĂ©rifier les nombreux tĂ©moignages quâils reçoivent. Alors, pourquoi sâĂ©loigner lorsque le peuple est sur le point de le proclamer roi? Les autoritĂ©s religieuses de JĂ©rusalem constateront quâil est bien ce que les gens disent en venant Ă sa rencontre et il pourra entrer Ă JĂ©rusalem en toute sĂ©curitĂ©. Ils ne comprennent pas quâil puisse annoncer sa mort Ă JĂ©rusalem et ils craignent de lâentendre leur parler encore de cette fin horrible.
Pour une deuxiĂšme fois, JĂ©sus leur dit quâil sera livrĂ© aux mains des hommes : ils le tueront et, trois jours aprĂšs sa mort, il ressuscitera. Ils craignaient de lâinterroger Ă ce sujet et voilĂ lâobjet de leur crainte dĂ©posĂ© sur la table. Ils ne comprennent pas. Comment comprendre? La foule le cherche pour lâentendre, elle vient Ă lui avec ses malades, elle accourt en apprenant sa venue chez eux. Comment comprendre que tout ce monde se retournera contre lui pour le tuer? Les disciples savent que partout oĂč il passe, ils entendent les gens dire : « Tout ce quâil fait est admirable. » (Mc 7, 37) Ils ne comprennent pas comment la situation pourra se renverser aussi radicalement. Les disciples comprennent encore plus difficilement que ce jeune homme en pleine santĂ©, celui Ă qui obĂ©issent le vent, la mer, les poissons, les pains, les esprits mauvais, puisse devenir aussi vulnĂ©rable devant les hommes et la mort. Ils ne comprennent pas parce quâils nâentendent que ces quelques mots de ce que JĂ©sus dit : « ils le tueront. » Ces mots sont comme un poignard qui sâenfonce profondĂ©ment dans leur cĆur de disciples qui aiment JĂ©sus. Ils refusent de lâinterroger Ă ce sujet tellement la peur est intense quâune telle chose se produise. Pourtant, JĂ©sus leur signifie clairement quâaprĂšs trois jours, il ressuscitera. Ils nâentendent rien Ă ce mot de rĂ©surrection. La rĂ©compense que Dieu accorde au juste est une longue vie, Ă lâabri du malheur. Ils ne comprennent pas que JĂ©sus puisse mourir si jeune et ĂȘtre Ă la fois le Fils bien-aimĂ© de Dieu. La rĂ©surrection demeure un mot encore inaudible pour eux. Ils ne voient que la dĂ©faite de JĂ©sus si la mort sâempare de lui.
Pourtant la mĂšre de JĂ©sus peut comprendre quelque chose Ă ce mot. Elle se souvient bien de ces trois jours oĂč JĂ©sus Ă©tait demeurĂ© Ă JĂ©rusalem, Ă son insu et Ă celui de Joseph. Elle se souvient de ce que lâenfant JĂ©sus lui avait rĂ©pondu en le retrouvant au temple au milieu des docteurs. Elle gardait bien prĂ©cieusement en son cĆur tout ce qui le concernait et sa courte conversation avec JĂ©sus en le retrouvant Ă©tait toute fraiche Ă sa mĂ©moire comme si elle venait de lâentendre : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? Vois! ton pĂšre et moi, nous te cherchions, angoissĂ©s. » Et il leur dit : « Pourquoi donc me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas que je dois ĂȘtre dans la maison de mon PĂšre? » Mais eux ne comprirent pas la parole qu'il venait de leur dire. » (Lc 2, 48-50) Marie, la maman de JĂ©sus, comprenait ce que voulait dire ce mot de rĂ©surrection. Elle entendait bien quâil devait ĂȘtre aux affaires de son PĂšre, que ces trois jours dans la mort Ă©taient nĂ©cessaires pour ouvrir les portes de la vie. Marie nâavait plus cette angoisse lors de son dĂ©part inattendu Ă ses douze ans, elle sâabandonnait Ă la volontĂ© du PĂšre, sachant que la mort ne pourrait pas retenir son Fils dans son Ă©treinte. Marie ne courra pas au tombeau aprĂšs la mort de JĂ©sus, elle attendra la naissance du premier-nĂ© dâentre les morts, elle lâattendra lĂ oĂč le PĂšre lui demande dâĂȘtre dans la joie de la naissance du monde nouveau et de la nouvelle JĂ©rusalem.
Les disciples aprĂšs la mort de JĂ©sus trouveront la force de se rassembler autour dâelle pour attendre ce quâils ne pouvaient comprendre. Cette nouvelle naissance dans la mort de JĂ©sus qui peut la saisir encore aujourdâhui? « Ou bien ignorez-vous que, baptisĂ©s dans le Christ JĂ©sus, c'est dans sa mort que tous nous avons Ă©tĂ© baptisĂ©s? Nous avons donc Ă©tĂ© ensevelis avec lui par le baptĂȘme dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscitĂ© des morts par la gloire du PĂšre, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle. » (Ro 6, 3-4) Quelle grande nouvelle les disciples entendaient Ă lâannonce de la mort de JĂ©sus et pourtant ils ne voulaient pas lâentendre.
ArrivĂ©s Ă CapharnaĂŒm, une fois Ă la maison, JĂ©sus leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin? » Ils se taisaient sans trop savoir pourquoi. Ils sentaient bien que de discuter pour savoir qui Ă©tait le plus grand dâentre eux Ă la suite des propos de JĂ©sus sur sa mort nâĂ©tait pas trĂšs convenable.
JĂ©sus sâĂ©tant assis appela les Douze. Il Ă©tait au milieu dâeux comme Ă ses douze ans au milieu des docteurs dans le temple et il leur dit : « Si quelquâun veut ĂȘtre le premier, quâil soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Lui, le plus grand, se fait le plus petit, lui, le premier engendrĂ© de lâEsprit, le premier-nĂ© de toute crĂ©ature, lui qui est de mĂȘme nature que le PĂšre, se fait le plus petit pour nous faire renaĂźtre Ă sa vie. Alors comment nous qui sommes petits ne ferions-nous pas comme le plus grand pour devenir semblables Ă lui, en devenant petits comme un enfant nouveau-nĂ©? Lui qui pour nous se livre Ă la mort pour ĂȘtre le premier-nĂ© dâentre les morts, comment ne pas se faire petits pour renaĂźtre avec lui. « Comment un homme peut-il naĂźtre, Ă©tant vieux? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mĂšre et naĂźtre? » JĂ©sus rĂ©pondit : « En vĂ©ritĂ©, en vĂ©ritĂ©, je te le dis, Ă moins de naĂźtre d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est nĂ© de la chair est chair, ce qui est nĂ© de l'Esprit est esprit. Ne t'Ă©tonne pas, si je t'ai dit : Il vous fait naĂźtre d'en haut. » (Jn 3, 4-7) Ils ne comprennent pas quâils doivent renaĂźtre et se libĂ©rer des mesures de grandeur de ce monde qui retourne Ă la poussiĂšre. Le premier sera celui qui se fera le serviteur de tous, celui qui se fera le dernier. Celui qui veut vivre devra mourir, celui qui veut gagner devra tout perdre. Il nous faut renaĂźtre de celui qui est le plus grand et qui se fait le plus petit pour redonner vie au plus petit des petits de ce monde jusquâau plus grand qui se fait petit.
Pour mieux les amener Ă saisir les premiĂšres lueurs de cette nouvelle naissance qui vient par sa mort, JĂ©sus prit un enfant et le plaça au milieu dâeux. « Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, câest moi quâil accueille. Et celui qui mâaccueille ne mâaccueille pas mais Celui qui mâa envoyĂ©. » Il vous faut redevenir des enfants pour renaĂźtre Ă la vie nouvelle que je viens dĂ©poser en Germe en vous par ma mort et ma rĂ©surrection.
Les disciples sont Ă©tonnĂ©s de lâenseignement de JĂ©sus et Marie, sa mĂšre se fait dĂ©jĂ toute petite pour renaĂźtre Ă cette vie nouvelle avec son Fils qui est son crĂ©ateur.
Normand Décary-Charpentier
|
|
|
Février 19, 2012
Bloggies
by Normand Decary
Ăvangile :
JĂ©sus, Pierre, Jacques et Jean, en rejoignant les autres disciples, virent une grande foule qui les entourait, et des scribes qui discutaient avec eux. AussitĂŽt quâelle vit JĂ©sus, toute la foule fut stupĂ©faite, et les gens accouraient pour le saluer. Il leur demanda : « De quoi discutez-vous avec eux? » Un homme dans la foule lui rĂ©pondit : « MaĂźtre, je tâai amenĂ© mon fils, il est possĂ©dĂ© par un esprit qui le rend muet; cet esprit sâempare de lui nâimporte oĂč, il le jette par terre, lâenfant Ă©cume, grince des dents et devient tout raide. Jâai demandĂ© Ă tes disciples dâexpulser cet esprit, mais ils nâont pas rĂ©ussi. » JĂ©sus leur dit : « GĂ©nĂ©ration incroyante, combien de temps devrai-je rester auprĂšs de vous? Combien de temps devrai-je vous supporter? Amenez-le auprĂšs de moi. » On lâamena auprĂšs de lui. DĂšs quâil vit JĂ©sus, lâesprit secoua violemment lâenfant; celui-ci tomba, il se roulait par terre en Ă©cumant. JĂ©sus interrogea le pĂšre : « Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive? » Il rĂ©pondit : « Depuis sa petite enfance. Et souvent il lâa mĂȘme jetĂ© dans le feu ou dans lâeau pour le faire pĂ©rir : Mais si tu y peux quelque chose, viens Ă notre secours, par pitiĂ© pour nous! » JĂ©sus reprit : « Pourquoi dire : < Si tu peux>âŠ? Tout est possible en faveur de celui qui croit. » AussitĂŽt le pĂšre de lâenfant sâĂ©cria : « Je crois! Viens au secours de mon incroyance! » JĂ©sus, voyant que la foule sâattroupait, interpella vivement lâesprit mauvais : « Esprit qui rends muet et sourd, je te lâordonne, sors de cet enfant et nây rentre plus jamais! » Lâesprit poussa des cris, secoua violemment lâenfant et sortit. Lâenfant devint comme un cadavre, de sorte que tout le monde disait : « Il est mort. » Mais JĂ©sus, lui saisissant la main, le releva, et il se mit debout. Quand JĂ©sus fut rentrĂ© Ă la maison, seul avec ses disciples, ils lâinterrogeaient en particulier : « Pourquoi est-ce que nous, nous nâavons pas pu lâexpulser? » Rien ne peut faire sortir cette espĂšce-lĂ , sauf la priĂšre. »
Commentaires :
JĂ©sus, Pierre, Jacques et Jean descendent du Mont Thabor Ă la suite de la transfiguration de JĂ©sus pour rejoindre les autres disciples. On ne descend pas du Thabor aprĂšs une expĂ©rience pareille de la mĂȘme maniĂšre dont on descend de la tour Eiffel ou de quelques autres endroits, si magnifiques soient-ils. Les cĆurs de Pierre, Jacques et Jean sont encore tout brĂ»lant de cette lumiĂšre dâen haut, de cette rencontre avec le PĂšre, le Fils et lâEsprit. Nous le serions Ă moins. Pensons aux disciples dâEmmaĂŒs qui, Ă la suite de leur conversation avec JĂ©sus ressuscitĂ©, se disaient entre eux : « Notre coeur n'Ă©tait-il pas tout brĂ»lant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Ăcritures? » (Lc 24, 32) Que dire de lâĂ©tat dans lequel se trouve lâesprit de Pierre, Jacques et Jean? Ces disciples nâont pas seulement entendu la parole de Dieu, ils ont vu le Soleil de Justice briller Ă travers le corps humain de JĂ©sus, la lumiĂšre de la vie, la lumiĂšre de la lumiĂšre, une lumiĂšre qui donne vie Ă chaque particule de poussiĂšre Ă son contact. Ils ont vu lâinvisible, ils ont vu la rĂ©alitĂ© non apparente et qui est la rĂ©alitĂ© qui soutient la rĂ©alitĂ© apparente. Ils ont touchĂ© de leurs yeux la rĂ©alitĂ© non palpable. Ils ne peuvent descendre de cette montagne sans une lĂ©gĂšretĂ© de lâĂȘtre, une lĂ©gĂšretĂ© qui Ă©lĂšve presque de terre pour lâunir Ă Dieu, la source de lâĂtre. Câest bien cette ascension que JĂ©sus vivra dans son corps glorieux lorsquâil retourne Ă la Gloire quâil avait auprĂšs du PĂšre aprĂšs sa mort et sa rĂ©surrection. Câest bien cette lĂ©gĂšretĂ© qui Ă©lĂšvera Marie jusquâĂ son Fils, au jour de son dĂ©part de cette terre pour retourner prĂšs de Lui Ă la droite du PĂšre. Pierre, Jacques et Jean ont touchĂ© Ă la vie, Ă la source de la vie et tout leur corps est vivant en abondance. LâabĂźme de la mort ne les attire pas en son centre, la loi de la gravitĂ© sâinverse. Ils sont attirĂ©s vers Dieu, comme ils le seront lorsque JĂ©sus sera Ă©levĂ© de terre : « et moi, une fois Ă©levĂ© de terre, j'attirerai tous les hommes Ă moi. » (Jn 12, 32) Pierre, Jacques et Jean ont lâesprit tout en Dieu, tout Ă Dieu, du fond de leurs entrailles jusquâau bout de leurs cheveux. Ă Ă©couter JĂ©sus, Ă voir les merveilles quâil accomplit parmi eux, Pierre est dĂ©jĂ tout Ă nu devant tant de lumiĂšre et il voudrait se couvrir comme Adam de feuilles de figuier pour se cacher : « Ăloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pĂ©cheur! » (Mc 5, 8) dit Pierre Ă JĂ©sus Ă la suite de la pĂȘche miraculeuse. Que dire de sa parole enivrante de vie qui fait oublier le temps? Souvenez-vous de la foule qui Ă©coute JĂ©sus pendant trois jours sans vouloir repartir : « Vivante, en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu'aucun glaive Ă deux tranchants, elle pĂ©nĂštre jusqu'au point de division de l'Ăąme et de l'esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensĂ©es du coeur. Aussi n'y a-t-il pas de crĂ©ature qui reste invisible devant elle, mais tout est nu et dĂ©couvert aux yeux de Celui Ă qui nous devons rendre compte. » (HĂ© 4, 12-13) Pierre, Jacques et Jean ont lâesprit sur la montagne en descendant, ils sont marquĂ©s Ă jamais au fond de leur ĂȘtre de cette nuditĂ© qui est la leur sans le vĂȘtement de blancheur du Christ. Ils voudraient tellement dire ce quâils ont vu, ils voudraient le dire immĂ©diatement et JĂ©sus leur a dĂ©fendu. Jean le dira plus tard, Ă©coutez sa maniĂšre de le dire : « Ce qui Ă©tait dĂšs le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplĂ©, ce que nos mains ont touchĂ© du Verbe de vie; â car la Vie s'est manifestĂ©e : nous l'avons vue, nous en rendons tĂ©moignage et nous vous annonçons cette Vie Ă©ternelle, qui Ă©tait tournĂ©e vers le PĂšre et qui nous est apparue â ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant Ă notre communion, elle est avec le PĂšre et avec son Fils JĂ©sus Christ. Tout ceci, nous vous l'Ă©crivons pour que notre joie soit complĂšte. » (1 Jn 1-4) Ils descendent et ils sont toujours en haut. Ils voudraient crier ce quâils ont vu en voyant les disciples et la foule tout autour. Toutefois ils obĂ©issent Ă la consigne de JĂ©sus qui leur a « dĂ©fendu de raconter Ă personne ce quâils avaient vu, avant que le Fils de lâhomme soit ressuscitĂ© dâentre les morts. » (Mc 9, 9-10)
JĂ©sus, lui, a les pieds bien sur terre. Il nâest aucunement distrait par la foule stupĂ©faite de le voir, ni par le nombre de personnes qui accourent vers lui pour le saluer. Il rentre directement au cĆur de ce qui provoque cet attroupement autour des disciples : « De quoi discutez-vous avec eux? »
Pierre, Jacques et Jean sont toujours silencieux. Les autres disciples ne disent pas un mot au sujet de ce qui se passe. Un papa dans la foule prend la parole : « MaĂźtre, je tâai amenĂ© mon fils, il est possĂ©dĂ© par un esprit qui le rend muet; cet esprit sâempare de lui nâimporte oĂč, il le jette par terre, lâenfant Ă©cume, grince des dents et devient tout raide. Jâai demandĂ© Ă tes disciples dâexpulser cet esprit, mais ils nâont pas rĂ©ussi. » Il ne veut en rien faire reproche aux disciples de ce que son fils soit toujours dans cet Ă©tat, il veut du secours pour son enfant. Cette situation de malheur sâimpose depuis si longtemps et le papa ne trouve aucun remĂšde terrestre ou cĂ©leste pour y apporter du soulagement, aucun mĂ©decin, ni rabbin nây peuvent rien. Quelle souffrance pour ce pĂšre de voir son fils se jeter par terre, de voir cette Ă©cume lui sortir de la bouche, de le voir raide comme un mort sur le sol.
JĂ©sus, le porteur de la lumiĂšre de vie, le transfigurĂ© du Thabor, celui que le PĂšre a confirmĂ© du haut du ciel, celui qui est venu nous racheter au prix de son sang, celui que Pierre, Jacques et Jean ont vu dans la gloire du PĂšre, ne peut dire autre chose que : « GĂ©nĂ©ration incroyante, combien de temps devrai-je rester auprĂšs de vous? Combien de temps devrai-je vous supporter? Amenez-le auprĂšs de moi. » GĂ©nĂ©ration incroyante, combien de miracles et dâĆuvres devrais-je faire parmi vous pour que vous mâaccordiez la foi que je vous donne par ce que je fais avec vous, pour vous, pour la multitude? Combien de fois devrais-je multiplier les pains pour que votre cĆur demeure dans la paix de lâamour du PĂšre, du Fils et de lâEsprit? Combien de poissons devrais-je tirer des eaux, et de morts de leurs tombeaux, pour quâen mon nom vous mettiez votre confiance? Refusez-vous de participer Ă la construction du Royaume de Dieu, de participer Ă la naissance de ce monde nouveau? Voulez-vous tout, tout de suite, en laissant dans lâoubli tous ceux qui sont Ă venir jusquâĂ la fin des temps? Vous voulez que tout sâarrĂȘte avec vous sans penser Ă tous ceux qui souffrent et souffriront encore et encore? « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire et ĂȘtre baptisĂ©s du baptĂȘme dont je vais ĂȘtre baptisĂ©? » (Mc 10, 38) Pouvez-vous entrer avec moi Ă JĂ©rusalem sans mâabandonner parce la dĂ©faite en ce monde se pointe? Pouvez-vous ne pas fuir devant celui qui vient pour recevoir de la grĂące et de lâesprit de celui qui vous sauve? Pouvez-vous ne pas prendre sur vous ce que vous ne pouvez porter et lui laisser ce quâil vient prendre librement pour vous en libĂ©rer? GĂ©nĂ©ration incroyante qui confondez les pouvoirs de ce monde avec le pouvoir de Dieu ou le rĂ©sultat temporel avec lâaction crĂ©atrice de lâĂternel.
« Amenez-le auprĂšs de moi. » Amenez cet enfant prĂšs de moi, toujours prĂšs de moi, de moi en vous, de vous qui ĂȘtes moi parce que vous croyez en moi. Amenez-le prĂšs de moi. On lâamena prĂšs de JĂ©sus et dĂšs quâil vit JĂ©sus, lâesprit secoua violemment lâenfant. Lorsque la lumiĂšre sâapproche de ce qui vit dans les tĂ©nĂšbres, câest une secousse terrible qui advient en ce lieu. Il faut lever un drap oĂč se tapissent des milliers dâinsectes pour les voir fuir Ă lâinstant oĂč la lumiĂšre les dĂ©voile. Pierre ne sait plus quoi dire devant JĂ©sus qui est transfigurĂ©, il est Ă nu, il voit quâil est un pĂ©cheur. Alors imaginons lâesprit mauvais qui se nourrit de cet enfant pour entretenir sa vie en voyant la lumiĂšre de vie sâintroduire dans le lieu oĂč il avait pris demeure. Cette maison sâeffondre, tout comme le temple devenu repaire de brigands sera dĂ©truit sans la prĂ©sence de JĂ©sus en son sanctuaire. « N'est-il pas Ă©crit : Ma maison sera appelĂ©e une maison de priĂšre pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands! » (Mc 11, 17) « Ne savez-vous pas que vous ĂȘtes un temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous? Si quelqu'un dĂ©truit le temple de Dieu, celui-lĂ , Dieu le dĂ©truira. Car le temple de Dieu est sacrĂ©, et ce temple, c'est vous. » (1Cor 3, 16-17) Ne savez-vous pas que vous valez plus que tout ce que vous pouvez acheter? Vous auriez beau avoir toutes les richesses du monde, nus, vous auriez plus de valeur encore.
« Combien de temps », disait JĂ©sus, « devrais-je vous supporter »? Depuis combien de temps, demande JĂ©sus au papa, cela lui arrive-t-il? Il veut introduire ce papa dans le temps de la foi : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez Ă la Bonne Nouvelle. » (Mc 1,14-15). Depuis toujours, lâhumanitĂ© est dans la souffrance, le deuil, les pleurs, lâinjustice. DĂšs son enfance, dĂšs les dĂ©buts de lâhumanitĂ©, CaĂŻn a levĂ© la main sur Abel. Quelquefois, ce sont des armĂ©es qui se jettent les unes contre les autres, elles se lancent du feu avec des armes meurtriĂšres, elles sâempoisonnent la vie, se vengent sans cesse, se volent, sâentretuent. Aujourdâhui, lâhumanitĂ© en est arrivĂ©e Ă pouvoir se faire pĂ©rir tout entiĂšre.
Le papa regarde JĂ©sus comme si ce quâil allait demander Ă©tait impossible en lui disant : « Mais si tu y peux quelque chose, viens Ă notre secours, par pitiĂ© pour nous! » Il est difficile de croire que lâaube de la vie va se lever sur ce monde oĂč la mort sans cesse nous enterre et nous fait poussiĂšre. Pourtant, il est devant lĂ , le TransfigurĂ©, celui qui vient ressusciter des morts pour faire lever le monde nouveau, oĂč la mort sera vaincue avec tout ce qui est mort dans nos relations.
« Pourquoi dire : < Si tu peux>âŠ? Tout est possible en faveur de celui qui croit. » Ă ces mots, lâamour du pĂšre pour son enfant fera sourdre du profond de ses entrailles un cri dâespĂ©rance, une certitude inconnue Ă son cĆur : « Je crois! Viens au secours de mon incroyance! » Il faudra bien nous Ă©crier un jour devant la mort que nous en avons assez et que nous dĂ©sirons la vie, que nous en avons assez de la haine et que nous dĂ©sirons lâamour, que nous en avons assez de la guerre et que nous souhaitons la paix. Il faudra bien dire oui! Ă celui qui nous dit : « Je suis la rĂ©surrection. Qui croit en moi, mĂȘme s'il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu? » Elle lui dit : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde. » (Jn 11, 25-27)
Esprit qui rend muette et sourde lâhumanitĂ©, qui lâenferme dans un esprit de rivalitĂ© et de guerre, de consommation et de perte du sens de sa valeur. Esprit qui fait croire que la mort aura le dernier mot et que rien ne peut la vaincre, esprit qui donne la conviction que ce nâest que par lâĂ©goĂŻsme que nous pouvons profiter de la vie. Esprit de division qui enlĂšve toute saveur Ă lâunitĂ© de tous dans lâamour et le mĂȘme Esprit Ă lâorigine de tous. Esprit qui rend sourds aux autres et muets Ă dire je tâaime, je te lâordonne, sors de cet enfant, sors de lâhumanitĂ© et nây rentre plus jamais!
Lâesprit de mort poussa de grands cris de se voir servir la mort quâil sert Ă la vie. Lâesprit poussa de grands cris pour laisser la place Ă la lumiĂšre de vie et Ă lâEsprit de Dieu afin que lâesprit retrouve sa libertĂ© dâĂȘtre enfant de la lumiĂšre. Lâenfant devint comme un cadavre Ă renaĂźtre ainsi Ă la vie Ă un Ăąge aussi avancĂ© et devant la mort qui mourait en cet enfant tout le monde disait : « Il est mort. » Elle est bien morte la mort en cet enfant et JĂ©sus qui est la vie, lui saisit la main, le relĂšve et lâenfant se mit debout, libre de la mort et plein de vie. Enfin, il peut voir son pĂšre et le prendre dans ses bras et le pĂšre peut voir son fils et goĂ»ter la joie dâĂȘtre en vie.
Quand JĂ©sus fut rentrĂ© Ă la maison, seul avec ses disciples, ils lâinterrogeaient : « Pourquoi est-ce que nous, nous nâavons pas pu lâexpulser? » Pourquoi JĂ©sus, lui, a-t-il pu lâexpulser? « En vĂ©ritĂ©, en vĂ©ritĂ©, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-mĂȘme, qu'il ne le voie faire au PĂšre; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le PĂšre aime le Fils, et lui montre tout ce qu'il fait; et il lui montrera des oeuvres plus grandes que celles-ci, Ă vous en stupĂ©fier. Comme le PĂšre en effet ressuscite les morts et leur redonne vie, ainsi le Fils donne vie Ă qui il veut. » (Jn 5, 19-21)
Ainsi, si le Fils ne peut rien faire sans le PÚre, combien plus ne pouvez -vous ne rien faire sans le Fils et priez le PÚre en son nom afin de vous rendre capables de tout ce qui donne la vie véritable!
« Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-lĂ porte beaucoup de fruit; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15, 5) Il nây a que la priĂšre pour demeurer dans lâesprit et quâainsi lâEsprit puisse agir pour chasser tout ce qui est mort par sa lumiĂšre de vie.
Normand Décary-Charpentier
|
|
|
Février 18, 2012
Bloggies
by Normand Decary
Ăvangile :
JĂ©sus Ă©tait de retour Ă CapharnaĂŒm, et la nouvelle se rĂ©pandit quâil Ă©tait Ă la maison. Tant de monde sây rassembla quâil nây avait plus de place, mĂȘme devant la porte. JĂ©sus leur annonçait la Parole. Arrivent des gens qui lui amĂšnent un paralysĂ©, portĂ© par quatre hommes. Comme ils ne peuvent lâapprocher Ă cause de la foule, ils dĂ©couvrent le toit au-dessus de JĂ©sus, font une ouverture et descendent le brancard sur lequel Ă©tait couchĂ© le paralysĂ©. Voyant leur foi, JĂ©sus dit au paralysé : « Mon fils, tes pĂ©chĂ©s sont pardonnĂ©s. » Or, il y avait dans lâassistance quelques scribes qui raisonnaient en eux-mĂȘmes : « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi? Il blasphĂšme. Qui donc peut pardonner les pĂ©chĂ©s, sinon Dieu seul? » Saisissant aussitĂŽt dans son esprit les raisonnements quâils faisaient, JĂ©sus leur dit : « Pourquoi tenir de tels raisonnements? Quâest-ce qui est le plus facile? De dire au paralysé : < Tes pĂ©chĂ©s sont pardonnĂ©s>, ou bien de dire : < LĂšve-toi, prends ton brancard et marche? Eh bien! Pour que vous sachiez que le Fils de lâhomme a le pouvoir de pardonner les pĂ©chĂ©s sur la terre, je te lâordonne (dit-il au paralysĂ©), lĂšve-toi, prends ton brancard et rentre chez toi. » Lâhomme se leva, prit aussitĂŽt son brancard, et sortit devant tout le monde. Tous Ă©taient stupĂ©faits et rendaient gloire Ă Dieu : « Nous nâavons jamais rien vu de pareil. »
Commentaires :
Il Ă©tait une fois un homme vaillant, apprĂ©ciĂ© de tous. Il nâavait son pareil pour secourir un voisin dans le besoin, porter main forte Ă un proche pour une rĂ©paration urgente Ă une clĂŽture ou Ă la maison. Il ne dĂ©tournait jamais le regard du mendiant, ne fuyait pas devant celui qui venait lui emprunter. CapharnaĂŒm connaissait peu dâhomme aussi ardent au travail, aussi avenant envers les autres.
Un jour, cet homme tomba paralysĂ©, comme ça, sans avertissement. Tout le voisinage, les proches, les mendiants et les Ă©trangers Ă©taient Ă©tonnĂ©s quâun tel malheur puisse sâabattre sur un homme aussi gĂ©nĂ©reux. Certains se disaient quâils devaient payer pour un pĂ©chĂ© dans sa famille ou encore un pĂ©chĂ© cachĂ© que lui seul connaissait. Ses amis Ă qui il rendait tant de services et pour qui il ne refusait jamais son hospitalitĂ© acceptaient mal quâun tel malheur sâabatte sur leur ami. Ils voyaient Ă quel point le vaillant ami souffrait de ne plus pouvoir rien faire dans la maison et pour les autres. Câest lâinactivitĂ© qui le rendait le plus triste, tout autant que cette dĂ©pendance envers les autres pour ses moindres besoins. On pouvait lire dans ses yeux quâil espĂ©rait la mort plutĂŽt que dâĂȘtre une charge pour tous. Il entendait bien les bruits de la ville autour, il reconnaissait le pas de ceux qui passaient devant la maison, il sentait les odeurs des fruits et de la cuisson, les cris des enfants, des marchands. Le soleil venait le visiter par la petite fenĂȘtre de sa chambre. Il nâosait dĂ©ranger, ni demander, il attendait. Le temps se faisait si lent surtout lorsquâon ne sait plus ce que lâon attend et combien de temps nous devons rester lĂ , dans le secret dâune chambre. Le PĂšre voit dans le secret, il est lĂ dans le secret (Mt 6, 6), ce Dieu bon qui nâa de cesse de vouloir le bien de chacun de ses enfants quâil aime.
Nâest-ce pas ce Dieu Saint, le seul qui est bon, qui inspirera ses amis Ă venir le prendre pour le conduire Ă JĂ©sus, son Fils bien-aimĂ© qui vient prendre sur lui nos paralysies? La nouvelle de la prĂ©sence de JĂ©sus Ă la maison de Pierre sâĂ©tait rĂ©pandue aussi vite que le feu dans un champ dâherbe sĂšche.
Ă cette nouvelle, les quatre amis dispersĂ©s aux quatre coins de la ville se retrouvent devant la maison de lâami vaillant comme si lâidĂ©e de lâamener Ă JĂ©sus leur Ă©tait venue en mĂȘme temps. Ils ne sâĂ©tonnent mĂȘme pas dâĂȘtre ainsi rassemblĂ©s et dâavoir la mĂȘme dĂ©termination Ă le conduire Ă JĂ©sus. Les amis tout comme les parents sont souvent lĂ au bon moment, au bon endroit. Lâamour suscite des inspirations qui sont porteuses de la force pour les accomplir. Les quatre hommes entrent dans la maison du paralysĂ© et sans lui donner dâexplication, ils prennent son grabat et se dirigent vers un lieu que ce pauvre homme ignore.
Nâest-ce pas ainsi que les quatre Ă©vangĂ©listes, chacun dans un endroit particulier, se sont rassemblĂ©s dans lâĂvangile pour venir nous prendre dans nos paralysies et nous conduire Ă JĂ©sus. VoilĂ bien plusieurs siĂšcles que ces amis de tous nous portent au pied de JĂ©sus. Puisse la foi qui leur fait dĂ©placer les montagnes nous fasse aussi porteur de la bonne nouvelle avec eux.
VoilĂ que le paralysĂ© se retrouve dans la rue. Il regarde le ciel et tente de saluer du regard les passants quâil croise en chemin. Il nâose interpeller ses amis qui le portent. Il se laisse porter comme un enfant dans les bras de sa mĂšre qui court chez le mĂ©decin. Le convoi sâarrĂȘte soudain. Une foule nombreuse bloque le passage. Les amis se regardent, ils se dirigent vers lâĂ©chelle qui se rend sur le toit de la maison oĂč un tas de gens est rassemblĂ©. Le paralysĂ© entend la voix de celui que cette foule Ă©coute attentivement. Il la reconnaĂźt bien. Câest JĂ©sus, celui quâil voulait rencontrer depuis si longtemps. Sa paralysie lui avait fait abandonner ce projet. Il avait la nette impression que sa vaillance lui venait de ce jeune homme qui nâavait de cesse dâaider les autres et il dĂ©sirait lui en rendre hommage.
Les amis montent lâĂ©chelle tant bien que mal. Les gens les regardent en se demandant ce quâils font lĂ . Le paralysĂ© est bien solidement fixĂ© Ă son grabat pour ne pas glisser hors de son lit en montant Ă la verticale. Il est maintenant sur le toit bien Ă©tendu, le ciel bleu dans les yeux. Les amis le dĂ©lient de sa position verticale. Ils prennent les cordes et les attachent aux quatre coins du lit. Lâun entreprend de dĂ©foncer le toit. Le paralysĂ© tente de rĂ©agir pour empĂȘcher cela. Il nây peut rien. Une ouverture est faite. La lumiĂšre entre dans la piĂšce oĂč se trouve JĂ©sus. Le lit descend doucement aux pieds de JĂ©sus. Le paralysĂ© se retrouve seul devant JĂ©sus au milieu des gravats du toit et du bouleversement des gens autour. Un immense silence sâĂ©tend dans toute la maison. Le paralysĂ© voudrait excuser ses amis, mais il ne peut dire un mot.
JĂ©sus le regarde bien dans les yeux, il lui sourit, au grand Ă©tonnement de lâhomme figĂ© dans son grabat. Il sâattendait bien Ă quelques reproches et pourtant il entend lâinimaginable. JĂ©sus voit quâils voient « la rĂ©alitĂ© quâon ne peut voir » (HĂ© 11, 1;l sans la foi. Marc rapporte cette scĂšne en Ă©crivant : « Voyant leur foi, JĂ©sus dit au paralysé : âMon fils, tes pĂ©chĂ©s sont pardonnĂ©s.â  Le paralysĂ© ne pouvait attendre plus grande guĂ©rison que celle de ses pĂ©chĂ©s, cause de tous les malheurs, de toutes les divisions, de toutes les paralysies, les aveuglements. DĂ©jĂ , son cĆur est en feu et il brĂ»le de gratitude. Ses amis qui lâaccompagnent ne peuvent retenir leurs larmes. Le silence est toujours aussi prĂ©sent, surtout lorsque ce qui est secret se dĂ©voile dans la rĂ©alitĂ© apparente. Le PĂšre est lĂ dans le secret, il est amour, il veut le bien de tous et ne refuse pas lâEsprit Saint Ă celui qui le demande.
Dans lâassistance, quelques scribes nâosent briser le silence, mais en eux-mĂȘmes ils raisonnent et leur visage est tout sombre dans cette lumiĂšre : âPourquoi cet homme parle-t-il ainsi? Il blasphĂšme. Qui donc peut pardonner les pĂ©chĂ©s, sinon Dieu seul?â
JĂ©sus entend ces raisonnements, cette brĂšche dans le plafond du silence que font ces porteurs de la tradition des anciens qui ne sont que des prĂ©ceptes humains, il entend et il voit Ă quel point ces scribes se paralysent avec leurs raisonnements. Ils nâentendent rien Ă la sagesse de Dieu qui vient se livrer en rançon pour prendre sur lui tous les pĂ©chĂ©s. âLe langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu. Car il est Ă©crit : Je dĂ©truirai la sagesse des sages, et l'intelligence des intelligents je la rejetterai. OĂč est-il, le sage? OĂč est-il, l'homme cultivĂ©? OĂč est-il, le raisonneur de ce siĂšcle? Dieu n'a-t-il pas frappĂ© de folie la sagesse du monde? Puisqu'en effet le monde, par le moyen de la sagesse, n'a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c'est par la folie du message qu'il a plu Ă Dieu de sauver les croyants. » (1 Co 1, 18-21) JĂ©sus entend bien ces raisonneurs paralysĂ©s dans la mort qui se refusent Ă la manifestation de la puissance de lâamour de Dieu pour nous libĂ©rer de notre impuissance. Que peut faire le paralysĂ© pour se sortir de sa paralysie, le mort pour ouvrir son tombeau? Dieu seul peut rendre Ă son monde la libertĂ© de lâorigine et donner plus que nous ne pouvons nous imaginer avec toute notre science. âVoici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l'appellera du nom d'Emmanuel, ce qui se traduit : âDieu avec nousâ. (Mt 1, 23) La Vierge concevra et enfantera un fils, et en plus elle conservera sa virginitĂ©, elle sera immaculĂ©e puisque le monde nouveau commence avec Celui qui vient parmi nous et qui est sans commencement. âOĂč est-il, le sage? OĂč est-il, l'homme cultivĂ©? OĂč est-il, le raisonneur de ce siĂšcle? â OĂč est-il le sage devant tant dâamour qui agit dans lâhumilitĂ©, dans le secret? OĂč est-il le raisonneur devant la Sagesse Ă©ternelle qui monte sur la croix pour sâoffrir en sacrifice de rĂ©conciliation et dĂ©truire le Mur de la haine qui nous divise? OĂč est-il le sage lorsquâau jour de sa naissance dont il ne souvient pas, il voit le jour pour la premiĂšre fois?
âDieu est avec nous.â, Dieu nâest pas contre nous. Toute sa puissance est Ă notre service pour nous faire ses enfants, ses hĂ©ritiers. Qui peut raisonner tant dâamour, juger tant de bontĂ©, pĂ©cheurs que nous sommes?
JĂ©sus leur dit : «Pourquoi tenir de tels raisonnements? Quâest-ce qui est le plus facile? De dire au paralysé : < Tes pĂ©chĂ©s sont pardonnĂ©s>, ou bien de dire : < LĂšve-toi, prends ton brancard et marche? »
Le paralysĂ© Ă©coute JĂ©sus se demandant Ă qui il sâadresse dans la foule. Les scribes se taisent toujours. Ils regardent par terre et nâosent relever le dĂ©fi que JĂ©sus lance ouvertement. Ils demeurent paralysĂ©s du cĆur, ils prĂ©fĂšrent les tĂ©nĂšbres de leurs raisonnements. Ils attendent ce qui se passera. Les quatre amis regardent, le paralysĂ© demeure paisiblement dans son grabat. JĂ©sus brise le silence et dit alors : âEh bien! Pour que vous sachiez que le Fils de lâhomme a le pouvoir de pardonner les pĂ©chĂ©s sur la terre, je te lâordonne (dit-il au paralysĂ©), lĂšve-toi, prends ton brancard et rentre chez toi.â Lâhomme se leva, prit aussitĂŽt son brancard, et sortit devant tout le monde. » Les quatre amis descendent en hĂąte pour retrouver le paralysĂ© guĂ©ri. Les scribes raisonnent et raisonnent! Nâest-ce pas eux qui ont affirmĂ© que Dieu seul pouvait remettre les pĂ©chĂ©s et voilĂ quâils tĂ©moignent Ă leur insu de la divinitĂ© de JĂ©sus devant ce qui vient de se passer?
Tous Ă©taient stupĂ©faits et rendaient gloire Ă Dieu : âNous nâavons jamais rien vu de pareil.â Tous Ă©taient dans un Ă©tonnement profond, si profond quâils ne pouvaient retenir la louange qui leur venait Ă la bouche et ils rendaient gloire Ă Dieu. Dieu seul peut remettre les pĂ©chĂ©s! Eh bien, nous avons vu Dieu agir aujourdâhui dans cette maison au toit percĂ©!
Normand Décary-Charpentier
|
|
|
Février 17, 2012
Bloggies
by Normand Decary
Ăvangile :
JĂ©sus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmĂšne, eux seuls, Ă lâĂ©cart sur une haute montagne. Et il fut transfigurĂ© devant eux. Ses vĂȘtements devinrent resplendissants, dâune blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Ălie leur apparut avec MoĂŻse, et ils sâentretenaient avec JĂ©sus. Pierre alors prend la parole et dit Ă JĂ©sus : « Rabbi, il est heureux que nous soyons ici; dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour MoĂŻse et une pour Ălie. » De fait, il ne savait que dire, tant Ă©tait grande leur frayeur. Survint une nuĂ©e qui les couvrit de son ombre, et de la nuĂ©e une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimĂ©. Ăcoutez-le. » Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que JĂ©sus seul avec eux. En descendant de la montagne, JĂ©sus leur dĂ©fendait de raconter Ă personne ce quâils avaient vu, avant que le Fils de lâhomme soit ressuscitĂ© dâentre les morts. Et ils restĂšrent fermement attachĂ©s Ă cette consigne, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter dâentre les morts. » Ils lâinterrogeaient : « Pourquoi les scribes disent-ils que le prophĂšte Ălie doit venir dâabord? » JĂ©sus leur dit : « Certes, Ălie viendra dâabord pour remettre tout en place. Mais alors, pourquoi lâĂcriture dit-elle, au sujet du Fils de lâhomme, quâil souffrira beaucoup et sera mĂ©prisĂ©? Eh bien! Je vous le dĂ©clare : Ălie est dĂ©jĂ venu, et ils lui ont fait tout ce quâils ont voulu, comme lâĂcriture le dit Ă son sujet. »
Commentaires :
JĂ©sus demande : « Pour vous, qui suis-je? » Pierre sans hĂ©sitation prend la parole et rĂ©pond : « Tu es le Messie. » Pierre avec ses yeux dâhomme voit en JĂ©sus le Messie. Il voit un homme comme les autres hommes, mais son cĆur sâĂ©crie Ă la question de JĂ©sus : « Tu es le Messie. » Comment peut-il ne pas affirmer cela? Pierre a bien vu la mer se calmer Ă la parole de JĂ©sus, il a senti le vent violent devenir brise. Il a vu son filet se remplir de poissons Ă son ordre. Il avait bien pĂȘchĂ© toute la nuit sans rien perdre. « Qui est-il celui-lĂ qui calme la mer et fait cesser le vent? » disait Pierre et les autres disciples. « Qui est-il celui-lĂ Ă qui les esprits mauvais obĂ©issent? » Vraiment, Pierre ne peut retenir son affirmation Ă la question de JĂ©sus : « Qui suis-je pour vous? » : « Tu es le Messie. » « Celui dont MoĂŻse a Ă©crit dans la Loi, ainsi que les prophĂštes, nous l'avons trouvé : JĂ©sus, le fils de Joseph, de Nazareth. » (Jn 1, 45) Celui qui est attendu depuis des milliers dâannĂ©es, il est lĂ en ce jeune homme et Pierre de sâĂ©crier Ă sa question : « Tu es le Messie » comme Ălisabeth Ă la salutation de Marie : « BĂ©nie es-tu entre les femmes, et bĂ©ni le fruit de ton sein! Et comment m'est-il donnĂ© que vienne Ă moi la mĂšre de mon Seigneur? » (Lc 1, 42) Comment nous est-il donnĂ© que le Seigneur, le CrĂ©ateur du ciel et de la terre, vienne jusquâĂ nous? Comment nous est-il donnĂ© que le Seigneur de lâunivers se revĂȘte de notre chair? Impensable merveille pour les ĂȘtres mortels que nous sommes que lâĂternel puisse entrer dans notre nature, insoutenable idĂ©e que lâInfini prendre corps dans la nature finie qui est la nĂŽtre. Devant la pĂȘche miraculeuse, Pierre ne tenait plus debout et ressentait son indignitĂ© de se trouver prĂšs de celui Ă qui les poissons obĂ©issent : « Simon-Pierre se jeta aux genoux de JĂ©sus, en disant : âĂloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pĂ©cheur!â » (Luc 5:8) Pourtant quâest-ce que la soumission des poissons Ă sa parole devant lâincarnation de celui qui est sans commencement dans une nature qui a un commencement? Quâest-ce que lâarrĂȘt du vent en comparaison avec la prĂ©sence de lâĂternel dans notre nature temporelle? Peut-on mettre le soleil dans le coeur dâun enfant? Peut-on verser les ocĂ©ans dans le creux de sa main? Pourtant câest bien le Dieu Infini, lâĂternel, le Sans Commencement qui a Ă©tĂ© engendrĂ© en Marie par lâEsprit Saint, câest bien la lumiĂšre de la vie, la lumiĂšre de la lumiĂšre : « Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. Ce qui fut en lui Ă©tait la vie, et la vie Ă©tait la lumiĂšre des hommes. Et la lumiĂšre luit dans les tĂ©nĂšbres et les tĂ©nĂšbres ne l'ont pas saisie. » (Jn 1, 3-5) LâĂternel est prĂ©sent parmi nous et les ĂȘtres temporels que nous sommes ne peuvent le saisir, le reconnaĂźtre? Qui pourrait avoir le cĆur assez grand pour accueillir cet ocĂ©an infini dâamour et le reconnaĂźtre? Il nây a que la foi pour Ă©largir le cĆur Ă de telles dimensions par la grĂące de celui qui vient dans notre chair
« Tu es le Messie », dĂ©clare Pierre. Il aperçoit dans les yeux de JĂ©sus cette lumiĂšre divine dont il ne sent point digne dâaccompagner. Pierre voudrait le porter dans ses bras pour que son pied ne heurte pas les pierres, il voudrait le protĂ©ger de tous les gens qui se prĂ©cipitent sur lui pour le toucher et recevoir de cette lumiĂšre de vie. Il voudrait que JĂ©sus soit reconnu au plus tĂŽt, que les autoritĂ©s religieuses lâaccueillent comme Roi. Lorsquâil entend JĂ©sus leur enseigner quâil fallait que le Fils de lâhomme souffre beaucoup, quâil soit rejetĂ© par les anciens, les chefs des prĂȘtres et les scribes, quâil soit tuĂ©, et que, trois jours aprĂšs, il ressuscite. Pierre ne peut supporter que JĂ©sus, le Fils de Dieu, le Messie attendu puisse passer par un tel chemin. Comment est-ce possible que le Seigneur de lâunivers, lâĂternel puisse mourir assassinĂ©? Il est si jeune. JĂ©sus fera taire Pierre trĂšs vivement pour le ramener Ă la pensĂ©e de Dieu, Ă lâamour de Dieu. Aucun cerveau en ce monde ne peut contenir la sagesse Ă©ternelle, aucun cĆur ne peut saisir lâamour infini de Dieu et ce nâest quâen nous recrĂ©ant quâil rendra possible de nous approcher de ce dont nous ne pouvons approcher sans mourir. JĂ©sus dĂ©posera le soleil dans nos cĆurs, dans nos esprits. Il mettra dans notre petite main lâamour de lâunivers entier, dans nos esprits le feu qui ne sâĂ©teint pas⊠« Tu n'auras plus besoin du soleil pour t'Ă©clairer ni de la lune pour t'illuminer, mais le Seigneur ton Dieu sera ta lumiĂšre pour toujours » (Is 60,19).
AprĂšs avoir ramenĂ© les pieds sur terre Ă Pierre en lâinterpellant vivement : « Passe derriĂšre moi, Satan! Tes pensĂ©es ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » JĂ©sus le prend avec lui, ainsi que Jacques et Jean et il les emmĂšne sur une haute montagne.
JĂ©sus leur fera voir cette lumiĂšre de vie dont il est la source et lâorigine. Ce ne sera pas seulement Ă travers ses yeux que Pierre pourra voir quâil est le Messie, mais dans tout son corps : « Et le Verbe s'est fait chair et il a habitĂ© parmi nous, et nous avons contemplĂ© sa gloire, gloire qu'il tient de son PĂšre comme Fils unique, plein de grĂące et de vĂ©ritĂ©. » (Jn 1, 14) Cette gloire de vie se manifeste aux yeux des ĂȘtres de chair, car câest cette gloire quâil vient leur faire partager et pour cela il ira dans nos souffrances pour les prendre sur lui, il se rendra dans les profondeurs de la mort pour ouvrir les portes de la vie, les portes de Sion. « PĂšre, glorifie-moi de la gloire que j'avais auprĂšs de toi, avant que le monde soit créé » (Jn 17,5) JĂ©sus se transfigure devant les disciples. Comment dans cette gloire dâavant les siĂšcles, le PĂšre ne se ferait-il pas entendre pour dire son amour, pour dire quâil nâest quâamour et que son amour vient recrĂ©er son monde : « Celui-ci est mon Fils bien-aimĂ©. Ăcoutez-le. » Pierre entend bien le PĂšre lui dire dâĂ©couter son Fils bien-aimĂ©. Comment le passĂ© ne se rendrait-il pas prĂ©sent Ă ce moment, car lâĂternel manifeste sa prĂ©sence dans le temps et tous les temps se rassemblent Ă ce moment? MoĂŻse celui qui sâest rendu sur la montagne pour recevoir la loi est lĂ , tout comme le prophĂšte Ălie, celui dont lâesprit Ă©tait sur Jean Baptiste, ils sont lĂ prĂšs de celui qui vient revĂȘtir notre chair de son corps glorieux, ils sont lĂ pour contempler le vĂȘtement blanc dont il vient couvrir notre pĂ©chĂ© pour nous faire entrer au festin du Royaume des cieux.
Pierre qui ne sait quoi dire dans ses sandales temporelles devant lâĂternel demande de dresser une tente pour chacun des personnages se manifestant dans cette lumiĂšre. Il voudrait tant que les autres, tous les autres comprennent que JĂ©sus est le Messie. Y aurait-il preuve plus grande pour faire taire ceux qui veulent tuer JĂ©sus? Une telle pensĂ©e nâa rien Ă voir avec la pensĂ©e du PĂšre qui envoie son Fils descendre dans ce monde pour le sauver, non seulement ceux qui sont sur terre Ă ce moment, mais tous ceux qui sont morts, comme tous ceux qui viendront jusquâĂ la fin des temps.
Pierre relĂšve les yeux et il ne voit plus que JĂ©sus, vĂȘtu de son modeste vĂȘtement sans lumiĂšre. Pierre, Jean et Jacques ont encore le visage tout resplendissant de cette lumiĂšre dâen haut. Ils voudraient dĂ©jĂ ĂȘtre en bas pour tĂ©moigner haut et fort de cette merveille, de cette voix du PĂšre, de la prĂ©sence de MoĂŻse et dâĂlie. JĂ©sus leur dĂ©fend de le raconter, et ce jusquâau moment oĂč la gloire de Dieu le ramĂšnera de la mort avec le corps nouveau dont il vient nous revĂȘtir. Ils ne comprennent pas ce que peut signifier la rĂ©surrection des morts. Comment pourraient-ils, aprĂšs cette manifestation de vie, de lumiĂšre, donner quelque place dans leurs esprits Ă la mort? Ils ne comprennent pas.
Ils interrogeaient JĂ©sus pour en saisir le sens. Leurs cĆurs ne pouvaient contenir lâocĂ©an de cet amour. Leurs esprits ne parvenaient pas Ă faire les liens avec les Ăcritures. Le dessein dâamour de Dieu Ă©tait Ă©crit sur des siĂšcles et pour les ĂȘtres mortels que nous sommes, il est difficile dâĂ©tendre les ailes de notre raison sur autant dâespace et de temps pour entendre la suite de lâidĂ©e de Dieu Ă travers ses silences et ses paroles par les prophĂštes Ă travers les siĂšcles. DâAbraham Ă Pierre, Jacques et Jean, il y a bien deux mille ans? Pourquoi Ălie doit-il venir, pourquoi lâĂcriture dit-elle que le Fils de lâhomme doit souffrir, pourquoi? Les temps sont accomplis dit JĂ©sus. Ălie est venu et le Christ entre Ă JĂ©rusalem pour ĂȘtre jugĂ© et condamnĂ©, lui qui ne vient pas pour juger, mais pour sauver.
« Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 16-17)
Normand Décary-Charpentier
|
|