22 fév, Mt 6, 1-6, 16-18, Le PÚre voit ce que tu fais en secret

Février 21, 2012 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :

Comme les disciples s’étaient rassemblĂ©s autour de JĂ©sus, sur la montagne, il leur disait : « Si vous voulez vivre comme des justes, Ă©vitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer. Autrement, il n’y a pas de rĂ©compense pour vous auprĂšs de votre PĂšre qui est aux cieux. “Ainsi, quand tu fais l’aumĂŽne, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le dĂ©clare : ceux-lĂ  ont touchĂ© leur rĂ©compense. Mais toi, quand tu fais l’aumĂŽne, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite, afin que ton aumĂŽne reste dans le secret; ton PĂšre voit ce que tu fais en secret : il te le revaudra. ‘Et quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle : quand ils font leurs priĂšres, ils aiment Ă  se tenir debout dans les synagogues et les carrefours pour bien se montrer aux hommes. Amen, je vous le dĂ©clare : ceux-lĂ  ont touchĂ© leur rĂ©compense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton PĂšre qui est prĂ©sent dans le secret; ton PĂšre voit ce que tu fais en secret : il te le revaudra. Mais toi, quand tu jeĂ»nes, parfume-toi la tĂȘte et lave-toi le visage; ainsi, ton jeĂ»ne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton PĂšre qui est prĂ©sent dans le secret; ton PĂšre voit ce que tu fais en secret : il te le revaudra.’

Commentaires :

Comme les cerfs se rassemblent prĂšs de la source pour s’abreuver; les oiseaux dans un arbre pour y construire leurs nids; les enfants se retrouvent autour du feu pour se chauffer et s’émerveiller, ainsi les disciples se rassemblent autour de JĂ©sus sur la montagne pour entendre les paroles de la vie Ă©ternelle. ‘Si vous voulez vivre comme des justes, Ă©vitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer.’ Cette parole entre en eux comme un glaive. Elle blesse l’idĂ©e habituelle de l’agir. Ne faut-il pas agir pour attirer l’attention et grandir en respect aux yeux des autres? Ne faut-il pas ĂȘtre remarquĂ© pour trouver sa place parmi les autres?

‘Que dire alors d'Abraham, l'ancĂȘtre de notre race, et de ce qu'il a obtenu? Si Abraham Ă©tait devenu un homme juste par les actions qu'il avait accomplies, il aurait pu en tirer orgueil, mais Dieu juge autrement.’ (Ro 4,1-2)

Évitez d’agir devant les hommes, Ă©vitez de croire que c’est par votre agir que vous devenez justes! Celui qui croit que son agir le rend juste fait obstacle Ă  la grĂące, la vraie rĂ©compense qui vient d’auprĂšs du PĂšre. Comment reconnaĂźtre l’agir de JĂ©sus qui est le Christ, l’Élu qui vient nous rendre juste en nous justifiant par sa mort sur la croix, si nous n’avons pas besoin de Messie pour ĂȘtre justifiĂ©?

Comment croire en JĂ©sus si nous ne croyons qu’en notre agir?

‘Dieu a donc fait de nous des justes par la foi; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur JĂ©sus Christ, qui nous a donnĂ©, par la foi, l'accĂšs au monde de la grĂące dans lequel nous sommes établis; et notre orgueil Ă  nous, c'est d'espĂ©rer avoir part Ă  la gloire de Dieu.’ (Ro 5, 1-2)

« Ainsi, quand tu fais l’aumĂŽne, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues. »

Comment reconnaĂźtras-tu celui qui te fait le don de son corps et de son sang sur la croix pour te sauver, si tu crois que ton aumĂŽne mĂ©rite quelques gratitudes que ce soit? Comment reconnaĂźtras-tu l’Agneau immolĂ© sur l’autel de la croix pour toi? Que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite, car que donnons-nous que nous l’ayons reçu pour le partager? Que donnons-nous que nous recevions de Dieu en son Fils qui se livre pour nous?

Garde bien dans le secret de ton cƓur ce que tu donnes, que ce soit  mĂȘme un secret pour toi.

«Alors que nous n'Ă©tions encore capables de rien, le Christ, au temps fixĂ© par Dieu, est mort pour les coupables que nous Ă©tions. — Accepter de mourir pour un homme juste, c'est dĂ©jĂ  difficile ; peut-ĂȘtre donnerait-on sa vie pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous alors que nous Ă©tions encore pĂ©cheurs. À plus forte raison, maintenant que le sang du Christ nous a fait devenir des justes, nous serons sauvĂ©s par lui de la colĂšre de Dieu.» (Ro 5, 6-9)

N’est-ce pas ce qui a permis Ă  SymĂ©on et Ă  Anne, la prophĂ©tesse de reconnaĂźtre l’enfant JĂ©sus dans les bras de sa mĂšre Ă  quelques jours de sa naissance? ‘DemeurĂ©e veuve aprĂšs sept ans de mariage, elle avait atteint l'Ăąge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s'Ă©loignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeĂ»ne et la priĂšre.

S'approchant d'eux Ă  ce moment, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l'enfant Ă  tous ceux qui attendaient la dĂ©livrance de JĂ©rusalem.’ (Lc 2, 37-38) Anne a bien reçu la grĂące de Dieu pour le reconnaĂźtre dans ce petit enfant. Son cƓur Ă©tait plein de joie, de louange. Quelle belle rĂ©compense que celle de la grĂące de Dieu en son temps!

SymĂ©on Ă©tait chez lui et voilĂ  que l’Esprit le pousse vers le temple : ‘PoussĂ© par l'Esprit, SymĂ©on vint au Temple. Les parents y entraient avec l'enfant JĂ©sus pour accomplir les rites de la Loi qui le concernaient. SymĂ©on prit l'enfant dans ses bras, et il bĂ©nit Dieu en disant : ‘Maintenant, ĂŽ MaĂźtre, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as prĂ©parĂ© Ă  la face de tous les peuples’ (Lc 2, 27, 31)

C’est par la foi en Dieu que SymĂ©on et Anne Ă©taient des justes et non par leur agir : ‘L'Écriture dit en effet : Abraham eut foi en Dieu et de ce fait, Dieu estima qu'il Ă©tait juste.’ (Ro 4, 3)

La foi en Dieu est le lieu pour faire grandir en nous le comportement de la main qui donne en l’ignorant et qui permet de reconnaĂźtre celui qui est Ă  l’origine de tout don, le merveilleux secret d’amour de Dieu pour nous. ‘Moi qui suis le dernier de tous les fidĂšles, j'ai reçu la grĂące d'annoncer aux nations paĂŻennes la richesse insondable du Christ, et de mettre en lumiĂšre le contenu du mystĂšre tenu cachĂ© depuis toujours en Dieu, le crĂ©ateur de toutes choses; ainsi, dĂ©sormais, les forces invisibles elles-mĂȘmes connaĂźtront, grĂące Ă  l'Église, les multiples aspects de la Sagesse de Dieu.’ (Eph 3, 8-10)

Le mystĂšre est tenu cachĂ© et demeure cachĂ© pour ceux qui veulent ĂȘtre remarquĂ©s par les hommes. Comment voir les autres, comment reconnaĂźtre Dieu si nous ne recherchons qu’à ĂȘtre vus et admirĂ©s? ‘Personne n'a jamais vu Dieu; si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour atteint en nous sa perfection. » (1 Jean 4:12)

‘Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites que ce soit toujours au nom du Seigneur JĂ©sus en offrant par lui votre action de grĂące à Dieu le PĂšre » (Col 3, 17)

‘Ne soyez donc pas bouleversĂ©s : croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » (Jn 14, 1) La rĂ©compense se trouve dans la grĂące, car seule la grĂące fait atteindre Ă  l’amour sa perfection.

‘L'amour prend patience; l'amour rend service; l'amour ne jalouse pas; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil; il ne fait rien de malhonnĂȘte; il ne cherche pas son intĂ©rĂȘt; il ne s'emporte pas; il n'entretient pas de rancune; il ne se rĂ©jouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espĂšre tout, il endure tout. L'amour ne passera jamais. » (1 Cor 13, 4-8) ‘Ton PĂšre voit ce que tu fais en secret; il voit cet amour, il te le revaudra.’

Normand Décary-Charpentier

21 fév, Mc 9, 30-37 : Les disciples ne comprennent pas!

Février 20, 2012 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :

JĂ©sus traversait la GalilĂ©e avec ses disciples, et il ne voulait pas qu’on le sache. Car il les instruisait en disant : « Le Fils de l’homme est livrĂ© aux mains des hommes; ils le tueront et, trois jours aprĂšs sa mort, il ressuscitera. » Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger. Ils arrivĂšrent Ă  CapharnaĂŒm, et, une fois Ă  la maison, JĂ©sus leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin? » Ils se taisaient, car, sur la route, ils avaient discutĂ© entre eux pour savoir qui Ă©tait le plus grand. S’étant assis, JĂ©sus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut ĂȘtre le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit : « Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’et moi qui accueille. Et celui qui m’accueille ne m’accueille pas, mais Celui qui m’a envoyĂ©. »

Commentaires :

JĂ©sus traversait la GalilĂ©e avec ses disciples. DĂšs que la nouvelle se rĂ©pandait de son arrivĂ©e dans une ville, une foule nombreuse se rassemblait et l’entourait pour le toucher, lui parler, l’écouter, lui demander une guĂ©rison. La bonne renommĂ©e de JĂ©sus Ă©tait croissante et les disciples en Ă©taient trĂšs heureux. Eux qui Ă©taient trĂšs prĂšs de lui pressentaient en eux-mĂȘmes qu’ils recevraient bientĂŽt les avantages d’ĂȘtre de ses premiers disciples.

Pourtant JĂ©sus ne veut pas qu’on sache qu’il est ici ou lĂ . Il veut instruire les disciples Ă  l’écart de la foule. Ils ne saisissent pas pourquoi JĂ©sus ne profite pas de cet attrait de la foule pour se faire reconnaĂźtre comme Messie de Dieu. DĂ©jĂ , la rumeur sur ses miracles et ses Ɠuvres se rend jusqu’à JĂ©rusalem et de nombreux scribes et pharisiens viennent pour vĂ©rifier les nombreux tĂ©moignages qu’ils reçoivent. Alors, pourquoi s’éloigner lorsque le peuple est sur le point de le proclamer roi? Les autoritĂ©s religieuses de JĂ©rusalem constateront qu’il est bien ce que les gens disent en venant Ă  sa rencontre et il pourra entrer Ă  JĂ©rusalem en toute sĂ©curitĂ©. Ils ne comprennent pas qu’il puisse annoncer sa mort Ă  JĂ©rusalem et ils craignent de l’entendre leur parler encore de cette fin horrible.

Pour une deuxiĂšme fois, JĂ©sus leur dit qu’il sera livrĂ© aux mains des hommes : ils le tueront et, trois jours aprĂšs sa mort, il ressuscitera. Ils craignaient de l’interroger Ă  ce sujet et voilĂ  l’objet de leur crainte dĂ©posĂ© sur la table. Ils ne comprennent pas. Comment comprendre? La foule le cherche pour l’entendre, elle vient Ă  lui avec ses malades, elle accourt en apprenant sa venue chez eux. Comment comprendre que tout ce monde se retournera contre lui pour le tuer? Les disciples savent que partout oĂč il passe, ils entendent les gens dire : « Tout ce qu’il fait est admirable. » (Mc 7, 37) Ils ne comprennent pas comment la situation pourra se renverser aussi radicalement. Les disciples comprennent encore plus difficilement que ce jeune homme en pleine santĂ©, celui Ă  qui obĂ©issent le vent, la mer, les poissons, les pains, les esprits mauvais, puisse devenir aussi vulnĂ©rable devant les hommes et la mort. Ils ne comprennent pas parce qu’ils n’entendent que ces quelques mots de ce que JĂ©sus dit : « ils le tueront. » Ces mots sont comme un poignard qui s’enfonce profondĂ©ment dans leur cƓur de disciples qui aiment JĂ©sus. Ils refusent de l’interroger Ă  ce sujet tellement la peur est intense qu’une telle chose se produise. Pourtant, JĂ©sus leur signifie clairement qu’aprĂšs trois jours, il ressuscitera. Ils n’entendent rien Ă  ce mot de rĂ©surrection. La rĂ©compense que Dieu accorde au juste est une longue vie, Ă  l’abri du malheur. Ils ne comprennent pas que JĂ©sus puisse mourir si jeune et ĂȘtre Ă  la fois le Fils bien-aimĂ© de Dieu. La rĂ©surrection demeure un mot encore inaudible pour eux. Ils ne voient que la dĂ©faite de JĂ©sus si la mort s’empare de lui.

Pourtant la mĂšre de JĂ©sus peut comprendre quelque chose Ă  ce mot. Elle se souvient bien de ces trois jours oĂč JĂ©sus Ă©tait demeurĂ© Ă  JĂ©rusalem, Ă  son insu et Ă  celui de Joseph. Elle se souvient de ce que l’enfant JĂ©sus lui avait rĂ©pondu en le retrouvant au temple au milieu des docteurs. Elle gardait bien prĂ©cieusement en son cƓur tout ce qui le concernait et sa courte conversation avec JĂ©sus en le retrouvant Ă©tait toute fraiche Ă  sa mĂ©moire comme si elle venait de l’entendre : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? Vois! ton pĂšre et moi, nous te cherchions, angoissĂ©s. » Et il leur dit : « Pourquoi donc me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas que je dois ĂȘtre dans la maison de mon PĂšre? » Mais eux ne comprirent pas la parole qu'il venait de leur dire. » (Lc 2, 48-50) Marie, la maman de JĂ©sus, comprenait ce que voulait dire ce mot de rĂ©surrection. Elle entendait bien qu’il devait ĂȘtre aux affaires de son PĂšre, que ces trois jours dans la mort Ă©taient nĂ©cessaires pour ouvrir les portes de la vie. Marie n’avait plus cette angoisse lors de son dĂ©part inattendu Ă  ses douze ans, elle s’abandonnait Ă  la volontĂ© du PĂšre, sachant que la mort ne pourrait pas retenir son Fils dans son Ă©treinte. Marie ne courra pas au tombeau aprĂšs la mort de JĂ©sus, elle attendra la naissance du premier-nĂ© d’entre les morts, elle l’attendra lĂ  oĂč le PĂšre lui demande d’ĂȘtre dans la joie de la naissance du monde nouveau et de la nouvelle JĂ©rusalem.

Les disciples aprĂšs la mort de JĂ©sus trouveront la force de se rassembler autour d’elle pour attendre ce qu’ils ne pouvaient comprendre. Cette nouvelle naissance dans la mort de JĂ©sus qui peut la saisir encore aujourd’hui? « Ou bien ignorez-vous que, baptisĂ©s dans le Christ JĂ©sus, c'est dans sa mort que tous nous avons Ă©tĂ© baptisĂ©s? Nous avons donc Ă©tĂ© ensevelis avec lui par le baptĂȘme dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscitĂ© des morts par la gloire du PĂšre, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle. » (Ro 6, 3-4) Quelle grande nouvelle les disciples entendaient Ă  l’annonce de la mort de JĂ©sus et pourtant ils ne voulaient pas l’entendre.

ArrivĂ©s Ă  CapharnaĂŒm, une fois Ă  la maison, JĂ©sus leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin? » Ils se taisaient sans trop savoir pourquoi. Ils sentaient bien que de discuter pour savoir qui Ă©tait le plus grand d’entre eux Ă  la suite des propos de JĂ©sus sur sa mort n’était pas trĂšs convenable.

JĂ©sus s’étant assis appela les Douze. Il Ă©tait au milieu d’eux comme Ă  ses douze ans au milieu des docteurs dans le temple et il leur dit : « Si quelqu’un veut ĂȘtre le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Lui, le plus grand, se fait le plus petit, lui, le premier engendrĂ© de l’Esprit, le premier-nĂ© de toute crĂ©ature, lui qui est de mĂȘme nature que le PĂšre, se fait le plus petit pour nous faire renaĂźtre Ă  sa vie. Alors comment nous qui sommes petits ne ferions-nous pas comme le plus grand pour devenir semblables Ă  lui, en devenant petits comme un enfant nouveau-nĂ©? Lui qui pour nous se livre Ă  la mort pour ĂȘtre le premier-nĂ© d’entre les morts, comment ne pas se faire petits pour renaĂźtre avec lui. « Comment un homme peut-il naĂźtre, Ă©tant vieux? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mĂšre et naĂźtre? » JĂ©sus rĂ©pondit : « En vĂ©ritĂ©, en vĂ©ritĂ©, je te le dis, Ă  moins de naĂźtre d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est nĂ© de la chair est chair, ce qui est nĂ© de l'Esprit est esprit. Ne t'Ă©tonne pas, si je t'ai dit : Il vous fait naĂźtre d'en haut. » (Jn 3, 4-7) Ils ne comprennent pas qu’ils doivent renaĂźtre et se libĂ©rer des mesures de grandeur de ce monde qui retourne Ă  la poussiĂšre. Le premier sera celui qui se fera le serviteur de tous, celui qui se fera le dernier. Celui qui veut vivre devra mourir, celui qui veut gagner devra tout perdre. Il nous faut renaĂźtre de celui qui est le plus grand et qui se fait le plus petit pour redonner vie au plus petit des petits de ce monde jusqu’au plus grand qui se fait petit.

Pour mieux les amener Ă  saisir les premiĂšres lueurs de cette nouvelle naissance qui vient par sa mort, JĂ©sus prit un enfant et le plaça au milieu d’eux. « Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille ne m’accueille pas mais Celui qui m’a envoyĂ©. » Il vous faut redevenir des enfants pour renaĂźtre Ă  la vie nouvelle que je viens dĂ©poser en Germe en vous par ma mort et ma rĂ©surrection.

Les disciples sont Ă©tonnĂ©s de l’enseignement de JĂ©sus et Marie, sa mĂšre se fait dĂ©jĂ  toute petite pour renaĂźtre Ă  cette vie nouvelle avec son Fils qui est son crĂ©ateur.

Normand Décary-Charpentier

20 fĂ©v, Mc 9, 14-29 : Du Thabor Ă  l’enfant qui Ă©cume!

Février 19, 2012 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :

JĂ©sus, Pierre, Jacques et Jean, en rejoignant les autres disciples, virent une grande foule qui les entourait, et des scribes qui discutaient avec eux. AussitĂŽt qu’elle vit JĂ©sus, toute la foule fut stupĂ©faite, et les gens accouraient pour le saluer. Il leur demanda : « De quoi discutez-vous avec eux? » Un homme dans la foule lui rĂ©pondit : « MaĂźtre, je t’ai amenĂ© mon fils, il est possĂ©dĂ© par un esprit qui le rend muet; cet esprit s’empare de lui n’importe oĂč, il le jette par terre, l’enfant Ă©cume, grince des dents et devient tout raide. J’ai demandĂ© Ă  tes disciples d’expulser cet esprit, mais ils n’ont pas rĂ©ussi. » JĂ©sus leur dit : « GĂ©nĂ©ration incroyante, combien de temps devrai-je rester auprĂšs de vous? Combien de temps devrai-je vous supporter? Amenez-le auprĂšs de moi. » On l’amena auprĂšs de lui. DĂšs qu’il vit JĂ©sus, l’esprit secoua violemment l’enfant; celui-ci tomba, il se roulait par terre en Ă©cumant. JĂ©sus interrogea le pĂšre : « Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive? » Il rĂ©pondit : « Depuis sa petite enfance. Et souvent il l’a mĂȘme jetĂ© dans le feu ou dans l’eau pour le faire pĂ©rir : Mais si tu y peux quelque chose, viens Ă  notre secours, par pitiĂ© pour nous! » JĂ©sus reprit : « Pourquoi dire : < Si tu peux>
? Tout est possible en faveur de celui qui croit. » AussitĂŽt le pĂšre de l’enfant s’écria : « Je crois! Viens au secours de mon incroyance! » JĂ©sus, voyant que la foule s’attroupait, interpella vivement l’esprit mauvais : « Esprit qui rends muet et sourd, je te l’ordonne, sors de cet enfant et n’y rentre plus jamais! » L’esprit poussa des cris, secoua violemment l’enfant et sortit. L’enfant devint comme un cadavre, de sorte que tout le monde disait : « Il est mort. » Mais JĂ©sus, lui saisissant la main, le releva, et il se mit debout. Quand JĂ©sus fut rentrĂ© Ă  la maison, seul avec ses disciples, ils l’interrogeaient en particulier : « Pourquoi est-ce que nous, nous n’avons pas pu l’expulser? » Rien ne peut faire sortir cette espĂšce-lĂ , sauf la priĂšre. »

Commentaires :

JĂ©sus, Pierre, Jacques et Jean descendent du Mont Thabor Ă  la suite de la transfiguration de JĂ©sus pour rejoindre les autres disciples. On ne descend pas du Thabor aprĂšs une expĂ©rience pareille de la mĂȘme maniĂšre dont on descend de la tour Eiffel ou de quelques autres endroits, si magnifiques soient-ils. Les cƓurs de Pierre, Jacques et Jean sont encore tout brĂ»lant de cette lumiĂšre d’en haut, de cette rencontre avec le PĂšre, le Fils et l’Esprit. Nous le serions Ă  moins. Pensons aux disciples d’EmmaĂŒs qui, Ă  la suite de leur conversation avec JĂ©sus ressuscitĂ©, se disaient entre eux : « Notre coeur n'Ă©tait-il pas tout brĂ»lant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures? » (Lc 24, 32) Que dire de l’état dans lequel se trouve l’esprit de Pierre, Jacques et Jean? Ces disciples n’ont pas seulement entendu la parole de Dieu, ils ont vu le Soleil de Justice briller Ă  travers le corps humain de JĂ©sus, la lumiĂšre de la vie, la lumiĂšre de la lumiĂšre, une lumiĂšre qui donne vie Ă  chaque particule de poussiĂšre Ă  son contact. Ils ont vu l’invisible, ils ont vu la rĂ©alitĂ© non apparente et qui est la rĂ©alitĂ© qui soutient la rĂ©alitĂ© apparente. Ils ont touchĂ© de leurs yeux la rĂ©alitĂ© non palpable. Ils ne peuvent descendre de cette montagne sans une lĂ©gĂšretĂ© de l’ĂȘtre, une lĂ©gĂšretĂ© qui Ă©lĂšve presque de terre pour l’unir Ă  Dieu, la source de l’Être. C’est bien cette ascension que JĂ©sus vivra dans son corps glorieux lorsqu’il retourne Ă  la Gloire qu’il avait auprĂšs du PĂšre aprĂšs sa mort et sa rĂ©surrection. C’est bien cette lĂ©gĂšretĂ© qui Ă©lĂšvera Marie jusqu’à son Fils, au jour de son dĂ©part de cette terre pour retourner prĂšs de Lui Ă  la droite du PĂšre. Pierre, Jacques et Jean ont touchĂ© Ă  la vie, Ă  la source de la vie et tout leur corps est vivant en abondance. L’abĂźme de la mort ne les attire pas en son centre, la loi de la gravitĂ© s’inverse. Ils sont attirĂ©s vers Dieu, comme ils le seront lorsque JĂ©sus sera Ă©levĂ© de terre : « et moi, une fois Ă©levĂ© de terre, j'attirerai tous les hommes Ă  moi. » (Jn 12, 32) Pierre, Jacques et Jean ont l’esprit tout en Dieu, tout Ă  Dieu, du fond de leurs entrailles jusqu’au bout de leurs cheveux. À Ă©couter JĂ©sus, Ă  voir les merveilles qu’il accomplit parmi eux, Pierre est dĂ©jĂ  tout Ă  nu devant tant de lumiĂšre et il voudrait se couvrir comme Adam de feuilles de figuier pour se cacher : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pĂ©cheur! » (Mc 5, 8) dit Pierre Ă  JĂ©sus Ă  la suite de la pĂȘche miraculeuse. Que dire de sa parole enivrante de vie qui fait oublier le temps? Souvenez-vous de la foule qui Ă©coute JĂ©sus pendant trois jours sans vouloir repartir : « Vivante, en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu'aucun glaive Ă  deux tranchants, elle pĂ©nĂštre jusqu'au point de division de l'Ăąme et de l'esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensĂ©es du coeur. Aussi n'y a-t-il pas de crĂ©ature qui reste invisible devant elle, mais tout est nu et dĂ©couvert aux yeux de Celui Ă  qui nous devons rendre compte. » (HĂ© 4, 12-13) Pierre, Jacques et Jean ont l’esprit sur la montagne en descendant, ils sont marquĂ©s Ă  jamais au fond de leur ĂȘtre de cette nuditĂ© qui est la leur sans le vĂȘtement de blancheur du Christ. Ils voudraient tellement dire ce qu’ils ont vu, ils voudraient le dire immĂ©diatement et JĂ©sus leur a dĂ©fendu. Jean le dira plus tard, Ă©coutez sa maniĂšre de le dire : « Ce qui Ă©tait dĂšs le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplĂ©, ce que nos mains ont touchĂ© du Verbe de vie; — car la Vie s'est manifestĂ©e : nous l'avons vue, nous en rendons tĂ©moignage et nous vous annonçons cette Vie Ă©ternelle, qui Ă©tait tournĂ©e vers le PĂšre et qui nous est apparue — ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant Ă  notre communion, elle est avec le PĂšre et avec son Fils JĂ©sus Christ. Tout ceci, nous vous l'Ă©crivons pour que notre joie soit complĂšte. » (1 Jn 1-4) Ils descendent et ils sont toujours en haut. Ils voudraient crier ce qu’ils ont vu en voyant les disciples et la foule tout autour. Toutefois ils obĂ©issent Ă  la consigne de JĂ©sus qui leur a « dĂ©fendu de raconter Ă  personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscitĂ© d’entre les morts. » (Mc 9, 9-10)

JĂ©sus, lui, a les pieds bien sur terre. Il n’est aucunement distrait par la foule stupĂ©faite de le voir, ni par le nombre de personnes qui accourent vers lui pour le saluer. Il rentre directement au cƓur de ce qui provoque cet attroupement autour des disciples : « De quoi discutez-vous avec eux? »

Pierre, Jacques et Jean sont toujours silencieux. Les autres disciples ne disent pas un mot au sujet de ce qui se passe. Un papa dans la foule prend la parole : « MaĂźtre, je t’ai amenĂ© mon fils, il est possĂ©dĂ© par un esprit qui le rend muet; cet esprit s’empare de lui n’importe oĂč, il le jette par terre, l’enfant Ă©cume, grince des dents et devient tout raide. J’ai demandĂ© Ă  tes disciples d’expulser cet esprit, mais ils n’ont pas rĂ©ussi. » Il ne veut en rien faire reproche aux disciples de ce que son fils soit toujours dans cet Ă©tat, il veut du secours pour son enfant. Cette situation de malheur s’impose depuis si longtemps et le papa ne trouve aucun remĂšde terrestre ou cĂ©leste pour y apporter du soulagement, aucun mĂ©decin, ni rabbin n’y peuvent rien. Quelle souffrance pour ce pĂšre de voir son fils se jeter par terre, de voir cette Ă©cume lui sortir de la bouche, de le voir raide comme un mort sur le sol.

JĂ©sus, le porteur de la lumiĂšre de vie, le transfigurĂ© du Thabor, celui que le PĂšre a confirmĂ© du haut du ciel, celui qui est venu nous racheter au prix de son sang, celui que Pierre, Jacques et Jean ont vu dans la gloire du PĂšre, ne peut dire autre chose que : « GĂ©nĂ©ration incroyante, combien de temps devrai-je rester auprĂšs de vous? Combien de temps devrai-je vous supporter? Amenez-le auprĂšs de moi. » GĂ©nĂ©ration incroyante, combien de miracles et d’Ɠuvres devrais-je faire parmi vous pour que vous m’accordiez la foi que je vous donne par ce que je fais avec vous, pour vous, pour la multitude? Combien de fois devrais-je multiplier les pains pour que votre cƓur demeure dans la paix de l’amour du PĂšre, du Fils et de l’Esprit? Combien de poissons devrais-je tirer des eaux, et de morts de leurs tombeaux, pour qu’en mon nom vous mettiez votre confiance? Refusez-vous de participer Ă  la construction du Royaume de Dieu, de participer Ă  la naissance de ce monde nouveau? Voulez-vous tout, tout de suite, en laissant dans l’oubli tous ceux qui sont Ă  venir jusqu’à la fin des temps? Vous voulez que tout s’arrĂȘte avec vous sans penser Ă  tous ceux qui souffrent et souffriront encore et encore? « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire et ĂȘtre baptisĂ©s du baptĂȘme dont je vais ĂȘtre baptisĂ©? » (Mc 10, 38) Pouvez-vous entrer avec moi Ă  JĂ©rusalem sans m’abandonner parce la dĂ©faite en ce monde se pointe? Pouvez-vous ne pas fuir devant celui qui vient pour recevoir de la grĂące et de l’esprit de celui qui vous sauve? Pouvez-vous ne pas prendre sur vous ce que vous ne pouvez porter et lui laisser ce qu’il vient prendre librement pour vous en libĂ©rer? GĂ©nĂ©ration incroyante qui confondez les pouvoirs de ce monde avec le pouvoir de Dieu ou le rĂ©sultat temporel avec l’action crĂ©atrice de l’Éternel.

« Amenez-le auprĂšs de moi. » Amenez cet enfant prĂšs de moi, toujours prĂšs de moi, de moi en vous, de vous qui ĂȘtes moi parce que vous croyez en moi. Amenez-le prĂšs de moi. On l’amena prĂšs de JĂ©sus et dĂšs qu’il vit JĂ©sus, l’esprit secoua violemment l’enfant. Lorsque la lumiĂšre s’approche de ce qui vit dans les tĂ©nĂšbres, c’est une secousse terrible qui advient en ce lieu. Il faut lever un drap oĂč se tapissent des milliers d’insectes pour les voir fuir Ă  l’instant oĂč la lumiĂšre les dĂ©voile. Pierre ne sait plus quoi dire devant JĂ©sus qui est transfigurĂ©, il est Ă  nu, il voit qu’il est un pĂ©cheur. Alors imaginons l’esprit mauvais qui se nourrit de cet enfant pour entretenir sa vie en voyant la lumiĂšre de vie s’introduire dans le lieu oĂč il avait pris demeure. Cette maison s’effondre, tout comme le temple devenu repaire de brigands sera dĂ©truit sans la prĂ©sence de JĂ©sus en son sanctuaire. « N'est-il pas Ă©crit : Ma maison sera appelĂ©e une maison de priĂšre pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands! » (Mc 11, 17) « Ne savez-vous pas que vous ĂȘtes un temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous? Si quelqu'un dĂ©truit le temple de Dieu, celui-lĂ , Dieu le dĂ©truira. Car le temple de Dieu est sacrĂ©, et ce temple, c'est vous. » (1Cor 3, 16-17) Ne savez-vous pas que vous valez plus que tout ce que vous pouvez acheter? Vous auriez beau avoir toutes les richesses du monde, nus, vous auriez plus de valeur encore.

« Combien de temps », disait JĂ©sus, « devrais-je vous supporter »? Depuis combien de temps, demande JĂ©sus au papa, cela lui arrive-t-il? Il veut introduire ce papa dans le temps de la foi : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez Ă  la Bonne Nouvelle. » (Mc 1,14-15). Depuis toujours, l’humanitĂ© est dans la souffrance, le deuil, les pleurs, l’injustice. DĂšs son enfance, dĂšs les dĂ©buts de l’humanitĂ©, CaĂŻn a levĂ© la main sur Abel. Quelquefois, ce sont des armĂ©es qui se jettent les unes contre les autres, elles se lancent du feu avec des armes meurtriĂšres, elles s’empoisonnent la vie, se vengent sans cesse, se volent, s’entretuent. Aujourd’hui, l’humanitĂ© en est arrivĂ©e Ă  pouvoir se faire pĂ©rir tout entiĂšre.

Le papa regarde JĂ©sus comme si ce qu’il allait demander Ă©tait impossible en lui disant : « Mais si tu y peux quelque chose, viens Ă  notre secours, par pitiĂ© pour nous! » Il est difficile de croire que l’aube de la vie va se lever sur ce monde oĂč la mort sans cesse nous enterre et nous fait poussiĂšre. Pourtant, il est devant lĂ , le TransfigurĂ©, celui qui vient ressusciter des morts pour faire lever le monde nouveau, oĂč la mort sera vaincue avec tout ce qui est mort dans nos relations.

« Pourquoi dire : < Si tu peux>
? Tout est possible en faveur de celui qui croit. » À ces mots, l’amour du pĂšre pour son enfant fera sourdre du profond de ses entrailles un cri d’espĂ©rance, une certitude inconnue Ă  son cƓur : « Je crois! Viens au secours de mon incroyance! » Il faudra bien nous Ă©crier un jour devant la mort que nous en avons assez et que nous dĂ©sirons la vie, que nous en avons assez de la haine et que nous dĂ©sirons l’amour, que nous en avons assez de la guerre et que nous souhaitons la paix. Il faudra bien dire oui! Ă  celui qui nous dit : « Je suis la rĂ©surrection. Qui croit en moi, mĂȘme s'il meurt, vivra;  et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu? » Elle lui dit : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde. » (Jn 11, 25-27)

Esprit qui rend muette et sourde l’humanitĂ©, qui l’enferme dans un esprit de rivalitĂ© et de guerre, de consommation et de perte du sens de sa valeur. Esprit qui fait croire que la mort aura le dernier mot et que rien ne peut la vaincre, esprit qui donne la conviction que ce n’est que par l’égoĂŻsme que nous pouvons profiter de la vie. Esprit de division qui enlĂšve toute saveur Ă  l’unitĂ© de tous dans l’amour et le mĂȘme Esprit Ă  l’origine de tous. Esprit qui rend sourds aux autres et muets Ă  dire je t’aime, je te l’ordonne, sors de cet enfant, sors de l’humanitĂ© et n’y rentre plus jamais!

L’esprit de mort poussa de grands cris de se voir servir la mort qu’il sert Ă  la vie. L’esprit poussa de grands cris pour laisser la place Ă  la lumiĂšre de vie et Ă  l’Esprit de Dieu afin que l’esprit retrouve sa libertĂ© d’ĂȘtre enfant de la lumiĂšre. L’enfant devint comme un cadavre Ă  renaĂźtre ainsi Ă  la vie Ă  un Ăąge aussi avancĂ© et devant la mort qui mourait en cet enfant tout le monde disait : « Il est mort. » Elle est bien morte la mort en cet enfant et JĂ©sus qui est la vie, lui saisit la main, le relĂšve et l’enfant se mit debout, libre de la mort et plein de vie. Enfin, il peut voir son pĂšre et le prendre dans ses bras et le pĂšre peut voir son fils et goĂ»ter la joie d’ĂȘtre en vie.

Quand JĂ©sus fut rentrĂ© Ă  la maison, seul avec ses disciples, ils l’interrogeaient : « Pourquoi est-ce que nous, nous n’avons pas pu l’expulser? »  Pourquoi JĂ©sus, lui, a-t-il pu l’expulser? « En vĂ©ritĂ©, en vĂ©ritĂ©, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-mĂȘme, qu'il ne le voie faire au PĂšre; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le PĂšre aime le Fils, et lui montre tout ce qu'il fait; et il lui montrera des oeuvres plus grandes que celles-ci, Ă  vous en stupĂ©fier. Comme le PĂšre en effet ressuscite les morts et leur redonne vie, ainsi le Fils donne vie Ă  qui il veut. » (Jn 5, 19-21)

Ainsi, si le Fils ne peut rien faire sans le PÚre, combien plus ne pouvez -vous ne rien faire sans le Fils et priez le PÚre en son nom afin de vous rendre capables de tout ce qui donne la vie véritable!

« Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-lĂ  porte beaucoup de fruit; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15, 5) Il n’y a que la priĂšre pour demeurer dans l’esprit et qu’ainsi l’Esprit puisse agir pour chasser tout ce qui est mort par sa lumiĂšre de vie.

Normand Décary-Charpentier

19 fĂ©v, Mc 2, 1-12 : Le paralysĂ© de corps et les paralysĂ©s de cƓur!

Février 18, 2012 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :

JĂ©sus Ă©tait de retour Ă  CapharnaĂŒm, et la nouvelle se rĂ©pandit qu’il Ă©tait Ă  la maison. Tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, mĂȘme devant la porte. JĂ©sus leur annonçait la Parole. Arrivent des gens qui lui amĂšnent un paralysĂ©, portĂ© par quatre hommes. Comme ils ne peuvent l’approcher Ă  cause de la foule, ils dĂ©couvrent le toit au-dessus de JĂ©sus, font une ouverture et descendent le brancard sur lequel Ă©tait couchĂ© le paralysĂ©. Voyant leur foi, JĂ©sus dit au paralysé : « Mon fils, tes pĂ©chĂ©s sont pardonnĂ©s. » Or, il y avait dans l’assistance quelques scribes qui raisonnaient en eux-mĂȘmes : « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi? Il blasphĂšme. Qui donc peut pardonner les pĂ©chĂ©s, sinon Dieu seul? » Saisissant aussitĂŽt dans son esprit les raisonnements qu’ils faisaient, JĂ©sus leur dit : « Pourquoi tenir de tels raisonnements? Qu’est-ce qui est le plus facile? De dire au paralysé : < Tes pĂ©chĂ©s sont pardonnĂ©s>, ou bien de dire : < LĂšve-toi, prends ton brancard et marche? Eh bien! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les pĂ©chĂ©s sur la terre, je te l’ordonne (dit-il au paralysĂ©), lĂšve-toi, prends ton brancard et rentre chez toi. » L’homme se leva, prit aussitĂŽt son brancard, et sortit devant tout le monde. Tous Ă©taient stupĂ©faits et rendaient gloire Ă  Dieu : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil. »

Commentaires :

Il Ă©tait une fois un homme vaillant, apprĂ©ciĂ© de tous. Il n’avait son pareil pour secourir un voisin dans le besoin, porter main forte Ă  un proche pour une rĂ©paration urgente Ă  une clĂŽture ou Ă  la maison. Il ne dĂ©tournait jamais le regard du mendiant, ne fuyait pas devant celui qui venait lui emprunter. CapharnaĂŒm connaissait peu d’homme aussi ardent au travail, aussi avenant envers les autres.

Un jour, cet homme tomba paralysĂ©, comme ça, sans avertissement. Tout le voisinage, les proches, les mendiants et les Ă©trangers Ă©taient Ă©tonnĂ©s qu’un tel malheur puisse s’abattre sur un homme aussi gĂ©nĂ©reux. Certains se disaient qu’ils devaient payer pour un pĂ©chĂ© dans sa famille ou encore un pĂ©chĂ© cachĂ© que lui seul connaissait. Ses amis Ă  qui il rendait tant de services et pour qui il ne refusait jamais son hospitalitĂ© acceptaient mal qu’un tel malheur s’abatte sur leur ami. Ils voyaient Ă  quel point le vaillant ami souffrait de ne plus pouvoir rien faire dans la maison et pour les autres. C’est l’inactivitĂ© qui le rendait le plus triste, tout autant que cette dĂ©pendance envers les autres pour ses moindres besoins. On pouvait lire dans ses yeux qu’il espĂ©rait la mort plutĂŽt que d’ĂȘtre une charge pour tous. Il entendait bien les bruits de la ville autour, il reconnaissait le pas de ceux qui passaient devant la maison, il sentait les odeurs des fruits et de la cuisson, les cris des enfants, des marchands. Le soleil venait le visiter par la petite fenĂȘtre de sa chambre. Il n’osait dĂ©ranger, ni demander, il attendait. Le temps se faisait si lent surtout lorsqu’on ne sait plus ce que l’on attend et combien de temps nous devons rester lĂ , dans le secret d’une chambre. Le PĂšre voit dans le secret, il est lĂ  dans le secret (Mt 6, 6), ce Dieu bon qui n’a de cesse de vouloir le bien de chacun de ses enfants qu’il aime.

N’est-ce pas ce Dieu Saint, le seul qui est bon, qui inspirera ses amis Ă  venir le prendre pour le conduire Ă  JĂ©sus, son Fils bien-aimĂ© qui vient prendre sur lui nos paralysies? La nouvelle de la prĂ©sence de JĂ©sus Ă  la maison de Pierre s’était rĂ©pandue aussi vite que le feu dans un champ d’herbe sĂšche.

À cette nouvelle, les quatre amis dispersĂ©s aux quatre coins de la ville se retrouvent devant la maison de l’ami vaillant comme si l’idĂ©e de l’amener Ă  JĂ©sus leur Ă©tait venue en mĂȘme temps. Ils ne s’étonnent mĂȘme pas d’ĂȘtre ainsi rassemblĂ©s et d’avoir la mĂȘme dĂ©termination Ă  le conduire Ă  JĂ©sus. Les amis tout comme les parents sont souvent lĂ  au bon moment, au bon endroit. L’amour suscite des inspirations qui sont porteuses de la force pour les accomplir. Les quatre hommes entrent dans la maison du paralysĂ© et sans lui donner d’explication, ils prennent son grabat et se dirigent vers un lieu que ce pauvre homme ignore.

N’est-ce pas ainsi que les quatre Ă©vangĂ©listes, chacun dans un endroit particulier, se sont rassemblĂ©s dans l’Évangile pour venir nous prendre dans nos paralysies et nous conduire Ă  JĂ©sus. VoilĂ  bien plusieurs siĂšcles que ces amis de tous nous portent au pied de JĂ©sus. Puisse la foi qui leur fait dĂ©placer les montagnes nous fasse aussi porteur de la bonne nouvelle avec eux.

VoilĂ  que le paralysĂ© se retrouve dans la rue. Il regarde le ciel et tente de saluer du regard les passants qu’il croise en chemin. Il n’ose interpeller ses amis qui le portent. Il se laisse porter comme un enfant dans les bras de sa mĂšre qui court chez le mĂ©decin. Le convoi s’arrĂȘte soudain. Une foule nombreuse bloque le passage. Les amis se regardent, ils se dirigent vers l’échelle qui se rend sur le toit de la maison oĂč un tas de gens est rassemblĂ©. Le paralysĂ© entend la voix de celui que cette foule Ă©coute attentivement. Il la reconnaĂźt bien. C’est JĂ©sus, celui qu’il voulait rencontrer depuis si longtemps. Sa paralysie lui avait fait abandonner ce projet. Il avait la nette impression que sa vaillance lui venait de ce jeune homme qui n’avait de cesse d’aider les autres et il dĂ©sirait lui en rendre hommage.

Les amis montent l’échelle tant bien que mal. Les gens les regardent en se demandant ce qu’ils font lĂ . Le paralysĂ© est bien solidement fixĂ© Ă  son grabat pour ne pas glisser hors de son lit en montant Ă  la verticale. Il est maintenant sur le toit bien Ă©tendu, le ciel bleu dans les yeux. Les amis le dĂ©lient de sa position verticale. Ils prennent les cordes et les attachent aux quatre coins du lit. L’un entreprend de dĂ©foncer le toit. Le paralysĂ© tente de rĂ©agir pour empĂȘcher cela. Il n’y peut rien. Une ouverture est faite. La lumiĂšre entre dans la piĂšce oĂč se trouve JĂ©sus. Le lit descend doucement aux pieds de JĂ©sus. Le paralysĂ© se retrouve seul devant JĂ©sus au milieu des gravats du toit et du bouleversement des gens autour. Un immense silence s’étend dans toute la maison. Le paralysĂ© voudrait excuser ses amis, mais il ne peut dire un mot.

JĂ©sus le regarde bien dans les yeux, il lui sourit, au grand Ă©tonnement de l’homme figĂ© dans son grabat. Il s’attendait bien Ă  quelques reproches et pourtant il entend l’inimaginable. JĂ©sus voit qu’ils voient « la rĂ©alitĂ© qu’on ne peut voir » (HĂ© 11, 1;l sans la foi. Marc rapporte cette scĂšne en Ă©crivant : « Voyant leur foi, JĂ©sus dit au paralysé : “Mon fils, tes pĂ©chĂ©s sont pardonnĂ©s.”  Le paralysĂ© ne pouvait attendre plus grande guĂ©rison que celle de ses pĂ©chĂ©s, cause de tous les malheurs, de toutes les divisions, de toutes les paralysies, les aveuglements. DĂ©jĂ , son cƓur est en feu et il brĂ»le de gratitude. Ses amis qui l’accompagnent ne peuvent retenir leurs larmes. Le silence est toujours aussi prĂ©sent, surtout lorsque ce qui est secret se dĂ©voile dans la rĂ©alitĂ© apparente. Le PĂšre est lĂ  dans le secret, il est amour, il veut le bien de tous et ne refuse pas l’Esprit Saint Ă  celui qui le demande.

Dans l’assistance, quelques scribes n’osent briser le silence, mais en eux-mĂȘmes ils raisonnent et leur visage est tout sombre dans cette lumiĂšre : “Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi? Il blasphĂšme. Qui donc peut pardonner les pĂ©chĂ©s, sinon Dieu seul?”

JĂ©sus entend ces raisonnements, cette brĂšche dans le plafond du silence que font ces porteurs de la tradition des anciens qui ne sont que des prĂ©ceptes humains, il entend et il voit Ă  quel point ces scribes se paralysent avec leurs raisonnements. Ils n’entendent rien Ă  la sagesse de Dieu qui vient se livrer en rançon pour prendre sur lui tous les pĂ©chĂ©s. “Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu. Car il est Ă©crit : Je dĂ©truirai la sagesse des sages, et l'intelligence des intelligents je la rejetterai. OĂč est-il, le sage? OĂč est-il, l'homme cultivĂ©? OĂč est-il, le raisonneur de ce siĂšcle? Dieu n'a-t-il pas frappĂ© de folie la sagesse du monde? Puisqu'en effet le monde, par le moyen de la sagesse, n'a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c'est par la folie du message qu'il a plu Ă  Dieu de sauver les croyants. » (1 Co 1, 18-21) JĂ©sus entend bien ces raisonneurs paralysĂ©s dans la mort qui se refusent Ă  la manifestation de la puissance de l’amour de Dieu pour nous libĂ©rer de notre impuissance. Que peut faire le paralysĂ© pour se sortir de sa paralysie, le mort pour ouvrir son tombeau? Dieu seul peut rendre Ă  son monde la libertĂ© de l’origine et donner plus que nous ne pouvons nous imaginer avec toute notre science. ‘Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l'appellera du nom d'Emmanuel, ce qui se traduit : ‘Dieu avec nous’. (Mt 1, 23) La Vierge concevra et enfantera un fils, et en plus elle conservera sa virginitĂ©, elle sera immaculĂ©e puisque le monde nouveau commence avec Celui qui vient parmi nous et qui est sans commencement. ‘OĂč est-il, le sage? OĂč est-il, l'homme cultivĂ©? OĂč est-il, le raisonneur de ce siĂšcle? ’ OĂč est-il le sage devant tant d’amour qui agit dans l’humilitĂ©, dans le secret? OĂč est-il le raisonneur devant la Sagesse Ă©ternelle qui monte sur la croix pour s’offrir en sacrifice de rĂ©conciliation et dĂ©truire le Mur de la haine qui nous divise? OĂč est-il le sage lorsqu’au jour de sa naissance dont il ne souvient pas, il voit le jour pour la premiĂšre fois?

‘Dieu est avec nous.’, Dieu n’est pas contre nous. Toute sa puissance est Ă  notre service pour nous faire ses enfants, ses hĂ©ritiers. Qui peut raisonner tant d’amour, juger tant de bontĂ©, pĂ©cheurs que nous sommes?

JĂ©sus leur dit : «Pourquoi tenir de tels raisonnements? Qu’est-ce qui est le plus facile? De dire au paralysé : < Tes pĂ©chĂ©s sont pardonnĂ©s>, ou bien de dire : < LĂšve-toi, prends ton brancard et marche? »

Le paralysĂ© Ă©coute JĂ©sus se demandant Ă  qui il s’adresse dans la foule. Les scribes se taisent toujours. Ils regardent par terre et n’osent relever le dĂ©fi que JĂ©sus lance ouvertement. Ils demeurent paralysĂ©s du cƓur, ils prĂ©fĂšrent les tĂ©nĂšbres de leurs raisonnements. Ils attendent ce qui se passera. Les quatre amis regardent, le paralysĂ© demeure paisiblement dans son grabat. JĂ©sus brise le silence et dit alors : ‘Eh bien! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les pĂ©chĂ©s sur la terre, je te l’ordonne (dit-il au paralysĂ©), lĂšve-toi, prends ton brancard et rentre chez toi.’ L’homme se leva, prit aussitĂŽt son brancard, et sortit devant tout le monde. » Les quatre amis descendent en hĂąte pour retrouver le paralysĂ© guĂ©ri. Les scribes raisonnent et raisonnent! N’est-ce pas eux qui ont affirmĂ© que Dieu seul pouvait remettre les pĂ©chĂ©s et voilĂ  qu’ils tĂ©moignent Ă  leur insu de la divinitĂ© de JĂ©sus devant ce qui vient de se passer?

Tous Ă©taient stupĂ©faits et rendaient gloire Ă  Dieu : ‘Nous n’avons jamais rien vu de pareil.’ Tous Ă©taient dans un Ă©tonnement profond, si profond qu’ils ne pouvaient retenir la louange qui leur venait Ă  la bouche et ils rendaient gloire Ă  Dieu. Dieu seul peut remettre les pĂ©chĂ©s! Eh bien, nous avons vu Dieu agir aujourd’hui dans cette maison au toit percĂ©!

Normand Décary-Charpentier

18 fĂ©v, Mc 9, 2-13 : Tu n’auras plus besoin du soleil, le Seigneur sera ta lumiĂšre!

Février 17, 2012 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :

JĂ©sus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmĂšne, eux seuls, Ă  l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfigurĂ© devant eux. Ses vĂȘtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Élie leur apparut avec MoĂŻse, et ils s’entretenaient avec JĂ©sus. Pierre alors prend la parole et dit Ă  JĂ©sus : « Rabbi, il est heureux que nous soyons ici; dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour MoĂŻse et une pour Élie. » De fait, il ne savait que dire, tant Ă©tait grande leur frayeur. Survint une nuĂ©e qui les couvrit de son ombre, et de la nuĂ©e une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimĂ©. Écoutez-le. » Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que JĂ©sus seul avec eux. En descendant de la montagne, JĂ©sus leur dĂ©fendait de raconter Ă  personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscitĂ© d’entre les morts. Et ils restĂšrent fermement attachĂ©s Ă  cette consigne, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts. » Ils l’interrogeaient : « Pourquoi les scribes disent-ils que le prophĂšte Élie doit venir d’abord? » JĂ©sus leur dit : « Certes, Élie viendra d’abord pour remettre tout en place. Mais alors, pourquoi l’Écriture dit-elle, au sujet du Fils de l’homme, qu’il souffrira beaucoup et sera mĂ©prisĂ©? Eh  bien! Je vous le dĂ©clare : Élie est dĂ©jĂ  venu, et ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu, comme l’Écriture le dit Ă  son sujet. »

Commentaires :

JĂ©sus demande : « Pour vous, qui suis-je? » Pierre sans hĂ©sitation prend la parole et rĂ©pond : « Tu es le Messie. »  Pierre avec ses yeux d’homme voit en JĂ©sus le Messie. Il voit un homme comme les autres hommes, mais son cƓur s’écrie Ă  la question de JĂ©sus : « Tu es le Messie. » Comment peut-il ne pas affirmer cela? Pierre a bien vu la mer se calmer Ă  la parole de JĂ©sus, il a senti le vent violent devenir brise. Il a vu son filet se remplir de poissons Ă  son ordre. Il avait bien pĂȘchĂ© toute la nuit sans rien perdre. « Qui est-il celui-lĂ  qui calme la mer et fait cesser le vent? » disait Pierre et les autres disciples. « Qui est-il celui-lĂ  Ă  qui les esprits mauvais obĂ©issent? » Vraiment, Pierre ne peut retenir son affirmation Ă  la question de JĂ©sus : « Qui suis-je pour vous? » : « Tu es le Messie. » « Celui dont MoĂŻse a Ă©crit dans la Loi, ainsi que les prophĂštes, nous l'avons trouvé : JĂ©sus, le fils de Joseph, de Nazareth. » (Jn 1, 45) Celui qui est attendu depuis des milliers d’annĂ©es, il est lĂ  en ce jeune homme et Pierre de s’écrier Ă  sa question : « Tu es le Messie » comme Élisabeth Ă  la salutation de Marie : « BĂ©nie es-tu entre les femmes, et bĂ©ni le fruit de ton sein! Et comment m'est-il donnĂ© que vienne Ă  moi la mĂšre de mon Seigneur? » (Lc 1, 42) Comment nous est-il donnĂ© que le Seigneur, le CrĂ©ateur du ciel et de la terre, vienne jusqu’à nous? Comment nous est-il donnĂ© que le Seigneur de l’univers se revĂȘte de notre chair? Impensable merveille pour les ĂȘtres mortels que nous sommes que l’Éternel puisse entrer dans notre nature, insoutenable idĂ©e que l’Infini prendre corps dans la nature finie qui est la nĂŽtre. Devant la pĂȘche miraculeuse, Pierre ne tenait plus debout et ressentait son indignitĂ© de se trouver prĂšs de celui Ă  qui les poissons obĂ©issent : « Simon-Pierre se jeta aux genoux de JĂ©sus, en disant : “Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pĂ©cheur!” » (Luc 5:8) Pourtant qu’est-ce que la soumission des poissons Ă  sa parole devant l’incarnation de celui qui est sans commencement dans une nature qui a un commencement? Qu’est-ce que l’arrĂȘt du vent en comparaison avec la prĂ©sence de l’Éternel dans notre nature temporelle? Peut-on mettre le soleil dans le coeur d’un enfant? Peut-on verser les ocĂ©ans dans le creux de sa main? Pourtant c’est bien le Dieu Infini, l’Éternel, le Sans Commencement qui a Ă©tĂ© engendrĂ© en Marie par l’Esprit Saint, c’est bien la lumiĂšre de la vie, la lumiĂšre de la lumiĂšre : « Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. Ce qui fut en lui Ă©tait la vie, et la vie Ă©tait la lumiĂšre des hommes. Et la lumiĂšre luit dans les tĂ©nĂšbres et les tĂ©nĂšbres ne l'ont pas saisie. » (Jn 1, 3-5) L’Éternel est prĂ©sent parmi nous et les ĂȘtres temporels que nous sommes ne peuvent le saisir, le reconnaĂźtre? Qui pourrait avoir le cƓur assez grand pour accueillir cet ocĂ©an infini d’amour et le reconnaĂźtre? Il n’y a que la foi pour Ă©largir le cƓur Ă  de telles dimensions par la grĂące de celui qui vient dans notre chair

« Tu es le Messie », dĂ©clare Pierre. Il aperçoit dans les yeux de JĂ©sus cette lumiĂšre divine dont il ne sent point digne d’accompagner. Pierre voudrait le porter dans ses bras pour que son pied ne heurte pas les pierres, il voudrait le protĂ©ger de tous les gens qui se prĂ©cipitent sur lui pour le toucher et recevoir de cette lumiĂšre de vie. Il voudrait que JĂ©sus soit reconnu au plus tĂŽt, que les autoritĂ©s religieuses l’accueillent comme Roi. Lorsqu’il entend JĂ©sus leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejetĂ© par les anciens, les chefs des prĂȘtres et les scribes, qu’il soit tuĂ©, et que, trois jours aprĂšs, il ressuscite. Pierre ne peut supporter que JĂ©sus, le Fils de Dieu, le Messie attendu puisse passer par un tel chemin. Comment est-ce possible que le Seigneur de l’univers, l’Éternel puisse mourir assassinĂ©? Il est si jeune. JĂ©sus fera taire Pierre trĂšs vivement pour le ramener Ă  la pensĂ©e de Dieu, Ă  l’amour de Dieu. Aucun cerveau en ce monde ne peut contenir la sagesse Ă©ternelle, aucun cƓur ne peut saisir l’amour infini de Dieu et ce n’est qu’en nous recrĂ©ant qu’il rendra possible de nous approcher de ce dont nous ne pouvons approcher sans mourir. JĂ©sus dĂ©posera le soleil dans nos cƓurs, dans nos esprits. Il mettra dans notre petite main l’amour de l’univers entier, dans nos esprits le feu qui ne s’éteint pas
 « Tu n'auras plus besoin du soleil pour t'Ă©clairer ni de la lune pour t'illuminer, mais le Seigneur ton Dieu sera ta lumiĂšre pour toujours » (Is 60,19).

AprĂšs avoir ramenĂ© les pieds sur terre Ă  Pierre en l’interpellant vivement : « Passe derriĂšre moi, Satan! Tes pensĂ©es ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » JĂ©sus le prend avec lui, ainsi que Jacques et Jean et il les emmĂšne sur une haute montagne.

JĂ©sus leur fera voir cette lumiĂšre de vie dont il est la source et l’origine. Ce ne sera pas seulement Ă  travers ses yeux que Pierre pourra voir qu’il est le Messie, mais dans tout son corps : « Et le Verbe s'est fait chair et il a habitĂ© parmi nous, et nous avons contemplĂ© sa gloire, gloire qu'il tient de son PĂšre comme Fils unique, plein de grĂące et de vĂ©ritĂ©. » (Jn 1, 14) Cette gloire de vie se manifeste aux yeux des ĂȘtres de chair, car c’est cette gloire qu’il vient leur faire partager et pour cela il ira dans nos souffrances pour les prendre sur lui, il se rendra dans les profondeurs de la mort pour ouvrir les portes de la vie, les portes de Sion. « PĂšre, glorifie-moi de la gloire que j'avais auprĂšs de toi, avant que le monde soit créé » (Jn 17,5) JĂ©sus se transfigure devant les disciples. Comment dans cette gloire d’avant les siĂšcles, le PĂšre ne se ferait-il pas entendre pour dire son amour, pour dire qu’il n’est qu’amour et que son amour vient recrĂ©er son monde : « Celui-ci est mon Fils bien-aimĂ©. Écoutez-le. » Pierre entend bien le PĂšre lui dire d’écouter son Fils bien-aimĂ©. Comment le passĂ© ne se rendrait-il pas prĂ©sent Ă  ce moment, car l’Éternel manifeste sa prĂ©sence dans le temps et tous les temps se rassemblent Ă  ce moment? MoĂŻse celui qui s’est rendu sur la montagne pour recevoir la loi est lĂ , tout comme le prophĂšte Élie, celui dont l’esprit Ă©tait sur Jean Baptiste, ils sont lĂ  prĂšs de celui qui vient revĂȘtir notre chair de son corps glorieux, ils sont lĂ  pour contempler le vĂȘtement blanc dont il vient couvrir notre pĂ©chĂ© pour nous faire entrer au festin du Royaume des cieux.

Pierre qui ne sait quoi dire dans ses sandales temporelles devant l’Éternel demande de dresser une tente pour chacun des personnages se manifestant dans cette lumiĂšre. Il voudrait tant que les autres, tous les autres comprennent que JĂ©sus est le Messie. Y aurait-il preuve plus grande pour faire taire ceux qui veulent tuer JĂ©sus? Une telle pensĂ©e n’a rien Ă  voir avec la pensĂ©e du PĂšre qui envoie son Fils descendre dans ce monde pour le sauver, non seulement ceux qui sont sur terre Ă  ce moment, mais tous ceux qui sont morts, comme tous ceux qui viendront jusqu’à la fin des temps.

Pierre relĂšve les yeux et il ne voit plus que JĂ©sus, vĂȘtu de son modeste vĂȘtement sans lumiĂšre. Pierre, Jean et Jacques ont encore le visage tout resplendissant de cette lumiĂšre d’en haut. Ils voudraient dĂ©jĂ  ĂȘtre en bas pour tĂ©moigner haut et fort de cette merveille, de cette voix du PĂšre, de la prĂ©sence de MoĂŻse et d’Élie. JĂ©sus leur dĂ©fend de le raconter, et ce jusqu’au moment oĂč la gloire de Dieu le ramĂšnera de la mort avec le corps nouveau dont il vient nous revĂȘtir. Ils ne comprennent pas ce que peut signifier la rĂ©surrection des morts. Comment pourraient-ils, aprĂšs cette manifestation de vie, de lumiĂšre, donner quelque place dans leurs esprits Ă  la mort? Ils ne comprennent pas.

Ils interrogeaient JĂ©sus pour en saisir le sens. Leurs cƓurs ne pouvaient contenir l’ocĂ©an de cet amour. Leurs esprits ne parvenaient pas Ă  faire les liens avec les Écritures. Le dessein d’amour de Dieu Ă©tait Ă©crit sur des siĂšcles et pour les ĂȘtres mortels que nous sommes, il est difficile d’étendre les ailes de notre raison sur autant d’espace et de temps pour entendre la suite de l’idĂ©e de Dieu Ă  travers ses silences et ses paroles par les prophĂštes Ă  travers les siĂšcles. D’Abraham Ă  Pierre, Jacques et Jean, il y a bien deux mille ans? Pourquoi Élie doit-il venir, pourquoi l’Écriture dit-elle que le Fils de l’homme doit souffrir, pourquoi? Les temps sont accomplis dit JĂ©sus. Élie est venu et le Christ entre Ă  JĂ©rusalem pour ĂȘtre jugĂ© et condamnĂ©, lui qui ne vient pas pour juger, mais pour sauver.

« Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 16-17)

Normand Décary-Charpentier


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