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Avril 07, 2013
Bloggies
by Normand Decary
Ăvangile :
Au sixiĂšme mois dâĂlisabeth, lâange Gabriel fut envoyĂ© par Dieu dans une ville de GalilĂ©e, appelĂ©e Nazareth, Ă une jeune fille, une vierge, accordĂ©e en mariage Ă un homme de la maison de David, appelĂ© Joseph; et le nom de la jeune fille Ă©tait Marie.
LâAnge entra chez elle et dit : « Je te salue, ComblĂ©e de grĂące, le Seigneur est avec toi. » Ă cette parole, elle fut toute bouleversĂ©e, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. LâAnge lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvĂ© grĂące auprĂšs de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils; tu lui donneras le nom de JĂ©sus. Il sera grand, il sera appelĂ© Fils du TrĂšs-Haut : le Seigneur Dieu lui donnera le trĂŽne de David son pĂšre; il rĂ©gnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son rĂšgne nâaura pas de fin. »
Marie dit Ă lâAnge : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge? » LâAnge lui rĂ©pondit : « LâEsprit Saint viendra sur toi, et la puissance du TrĂšs-Haut te prendra sous son ombre; câest pourquoi celui qui va naitre sera saint, et il sera appelĂ© Fils de Dieu. Et voici quâĂlisabeth, ta cousine, a conçu elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et elle en est Ă son sixiĂšme mois alors quâon lâappelait : < la femme stĂ©rile>. Car rien nâest impossible Ă Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur; que tout se passe pour moi selon ta parole. »
Alors lâAnge la quitta.
Commentaires :
« Je vous le dis : C'est ainsi qu'il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pĂ©cheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion. » (Lc 15, 7) Cette joie dans le ciel pour un seul pĂ©cheur qui retrouve le chemin de la vie nous donne une mince idĂ©e de la joie quâil devait y avoir au jour de lâAnnonciation. Un si grand jour que le mot grand ne suffit pas pour en rendre compte. JĂ©sus-Christ, le don gratuit de Dieu prenait lâinitiative de venir Ă la rencontre de lâhumanitĂ© pour la libĂ©rer de lâemprise du mal et de la mort. La joie que rien ne peut ravir Ă©tincelait partout. Les 50 milliards de planĂštes qui flottent dans la Voie lactĂ©e nây Ă©chappaient pas, ni les atomes ni les oiseaux. Lâunivers entier gardait le silence.
Mais qui pouvait accueillir cette incarnation de la personne prĂ©existante du Fils de Dieu, seconde personne de la TrinitĂ©? Dieu devait sâintroduire dans lâhumanitĂ© sans en briser lâhistoire, mais en y participant pour lui assurer son salut, sa rĂ©gĂ©nĂ©rescence. « Celui qui n'a pas connu le pĂ©chĂ©, Dieu l'a pour nous identifiĂ© au pĂ©chĂ© des hommes, afin que, grĂące Ă lui, nous soyons identifiĂ©s Ă la justice de Dieu. » (2 Cor 5, 21) Qui pouvait introduire parmi nous le sans pĂ©chĂ© qui sâidentifiait au pĂ©chĂ© pour nous justifier?
DĂ©jĂ , dans le jardin de lâorigine, Dieu sâĂ©tait gardĂ© un fruit, non pour ne pas le partager, loin de lĂ . Que pouvait refuser Celui qui nâa besoin de rien, lui qui de rien peut tout crĂ©er? « J'aurais encore beaucoup de choses Ă vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter. » (Jn 16, 12) Pour lâinstant, du fruit de cet arbre au milieu du jardin : « Vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, sinon vous mourrez. » (Gn 3, 3)
Le pĂšre du mensonge sâinfiltre dans cet instant pour leur faire douter de lâamour de Dieu. Un instant et tout chavire, tout est bouleversĂ© jusquâĂ la fin des temps. Le pĂ©chĂ© sâest introduit dans la chaine humaine et cela jusquâĂ la fin de cette nature. La mort sâinstalle de maniĂšre indĂ©lĂ©bile dans le cĆur et le corps de lâhumanitĂ©.
Pourtant, Dieu dans son grand amour se garde un fruit au milieu du jardin de lâhumanitĂ© que le pĂ©chĂ© ne pourra atteindre. DĂ©jĂ , il est empressĂ© de venir nous libĂ©rer de cette emprise et nous ramener Ă lâamour du PĂšre : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit dĂ©jĂ allumĂ© !
Je dois recevoir un baptĂȘme, et comme il m'en coute d'attendre qu'il soit accompli ! » (Lc 12, 49-50)
« Maintenant, ne permettons pas qu'il avance la main, qu'il cueille aussi le fruit de l'arbre de vie, qu'il en mange et vive Ă©ternellement ! » (Gn, 3, 22) La temporalitĂ© vaut mieux que lâĂ©ternitĂ© dans cet Ă©tat de division.
Le figuier dessĂ©chait rapidement et ses feuilles ne servaient plus quâĂ cacher  leur nuditĂ© dĂ©voilĂ©e, consĂ©quence de la sortie de lâunitĂ© avec lâamour du PĂšre.
Croyez-vous que le PĂšre abandonnerait ainsi ses crĂ©atures Ă un monde de mensonge? Croyez-vous quâil renoncerait Ă lâamour pour chuter dans la violence et permettre au mensonge dâaccĂ©der Ă lâĂȘtre?
Il promet son salut et la lutte de lâamour dans ce monde de tĂ©nĂšbres : « Je mettrai une hostilitĂ© entre la femme et toi, entre sa descendance et ta descendance : sa descendance te meurtrira la tĂȘte, et toi, tu lui meurtriras le talon. » (Gn 3, 15)
« Voici: la jeune fille [ la vierge, almah ] est enceinte et va enfanter un fils quâelle appellera Emmanuel » (IsaĂŻe, 7, 14); « Un rejeton sort de la souche de JessĂ©, un surgeon pousse de ses racines » (11,I); « Ce jour-lĂ , la racine de JessĂ© se dressera comme le signal des peuples. Elle sera recherchĂ©e par les nations et sa demeure sera glorieuse » (11,10).
La joie dans le ciel est Ă son comble, la lumiĂšre va descendre dans lâobscuritĂ©, la saintetĂ© dans le pĂ©chĂ©, lâamour dans la haine, lâunitĂ© dans la division, la vĂ©ritĂ© dans le mensonge, la vie dans la mort, le chemin dans lâimpasse.
Lâange du Seigneur Ă©tait dĂ©jĂ venu Ă la rencontre de Zacharie pour annoncer la naissance du prĂ©curseur. Comment la femme stĂ©rile pourrait-elle enfanter, hĂ©sitait Zacharie? Ă cet instant, il deviendra muet. La nouvelle de la naissance du Verbe fait chair est si importante pour toute lâhumanitĂ© que la foi ne peut dĂ©faillir un seul instant pour ne pas offenser tant dâamour. Ă vouloir tout connaitre comme au jardin de lâorigine, la division demeure. Lâenjeu avec la venue du Verbe consiste Ă gagner ou Ă perdre la vie Ă©ternelle, car le fruit de lâarbre de vie sera accessible sur lâarbre de la croix. Qui pourra reconnaitre la vie Ă©ternelle dans autant de faiblesse? Tout comme en ce jour de lâAnnonciation, il nây aura que cette femme au pied de la croix pour garder la foi vivante en lâamour de Dieu dans notre humanitĂ©.
Est-ce que Marie doutera un instant, comme Zacharie du message de lâange [1]? QuâĂlisabeth, la femme stĂ©rile conçoive dans sa vieillesse, voilĂ un impossible que Dieu dans son amour a dĂ©jĂ accordĂ© Ă Sara, la femme dâAbraham, Anne et dâautres. Que la Vierge conçoive le Fils du TrĂšs-Haut sous lâaction de lâEsprit, voilĂ ce qui pouvait susciter un instant de doute dans le cĆur de Marie!
Devant lâĂternel, un instant a tout son poids. Il nâen faut pas plus pour dire oui ou non et toute lâhistoire de lâhumanitĂ© est transformĂ©e dans une direction ou dans lâautre. « Quand vous dites 'oui', que ce soit un 'oui', quand vous dites 'non', que ce soit un 'non'. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais. »  (Mt 5, 37)
La joie du ciel est toute prĂ©sente dans la voix de lâange Gabriel qui sâadresse Ă cette jeune fille : « Je te salue, ComblĂ©e de grĂące, le Seigneur est avec toi. » Depuis tant dâannĂ©es que ce jour Ă©tait attendu! « Abraham votre pĂšre a tressailli d'allĂ©gresse dans l'espoir de voir mon Jour. Il l'a vu, et il a Ă©tĂ© dans la joie. » (Jn 8, 56) Salue comblĂ©e de grĂące, rĂ©pĂšte inlassablement le silence qui vient jusquâĂ nous. Nous pourrions voir dans la question de Marie Ă la salutation de lâange un instant de doute. Rien de cela! La servante cherche la signification de cet Ă©loge pour mieux sâempresser dâobĂ©ir Ă la volontĂ© de Dieu. Aucune complaisance ou suffisance, câest vraiment la jeune fille gardĂ©e sans pĂ©chĂ© au milieu du jardin de lâhumanitĂ©.
« Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvĂ© grĂące auprĂšs de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils; tu lui donneras le nom de JĂ©sus. Il sera grand, il sera appelĂ© Fils du TrĂšs-Haut : le Seigneur Dieu lui donnera le trĂŽne de David son pĂšre; il rĂ©gnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son rĂšgne nâaura pas de fin. » Tout est bien tissĂ© dans la trame de lâhistoire sainte pour lâAnnonce de ce jour de la conception du Fils du TrĂšs-Haut. Du jardin de lâorigine Ă cette modeste maison de Nazareth, lieu de lâorigine du Verbe fait chair qui vient donner accĂšs Ă lâarbre de vie, se tisse cette tunique sans couture pour couvrir la jeune fille et la protĂ©ger du mal. Tout se lie dans lâhistoire pour quâadvienne Marie dans cette tige de lâarbre de lâhumanitĂ©. LâEsprit la couvre de son ombre dĂšs la rupture avec Dieu. Qui pourrait porter le Saint de Dieu sans mourir? Qui peut voir Dieu sans mourir? Seule la comblĂ©e de grĂące peut porter ce Buisson ardent sans se bruler, ĂȘtre sans obstacle pour laisser passer sa lumiĂšre. Le Fils du TrĂšs-Haut vient pour illuminer ceux qui habitent les tĂ©nĂšbres et l'ombre de la mort, *pour conduire nos pas au chemin de la paix. » ( Lc 1, 79)
Marie dit Ă lâAnge : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge? » Comment cela va-t-il se faire que je vous obĂ©isse au plus tĂŽt?
La vĂ©ritĂ© des paroles qui se prononcent Ă ce moment produit ce quâelles disent. Nâest-ce pas le Verbe qui se fait chair selon la volontĂ© du PĂšre par la puissance de lâEsprit-Saint? Tel Abraham, Marie accueille ces hĂŽtes cĂ©lestes pour coopĂ©rer Ă ce grand dessein dâamour sans autre dĂ©sir que de servir.
Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur; que tout se passe pour moi selon ta parole. »
Si quelquâun fait silence en ce jour en se cachant Ă lâombre de lâEsprit Saint, il pourra entendre cette salutation que nous  nâavons de cesse de rĂ©pĂ©ter pour rĂ©pandre lâamour de Dieu.
Normand Décary-Charpentier
[1] Ce n'est pas un ange quelconque, c'est l'Archange Gabriel qui est envoyé : il convenait que pour annoncer le mystÚre qui est le sommet de toutes choses, un des anges les plus élevés fût envoyé. Gabriel, veut dire : « la force de Dieu » ; il fallait que la force de Dieu annonçùt ce Dieu des vertus qui venait détruire l'empire des esprits mauvais (saint Grégoire le Grand : homélie XXXIV).
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Avril 06, 2013
Bloggies
by Normand Decary
Ăvangile :
CâĂ©tait aprĂšs la mort de JĂ©sus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillĂ© les portes du lieu oĂč ils Ă©taient, car ils avaient peur des Juifs. JĂ©sus vint, et il Ă©tait lĂ au milieu dâeux. Il leur dit : « La paix soit avec vous! » AprĂšs cette parole, il leur montra ses mains et son cĂŽtĂ©. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
JĂ©sus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous! De mĂȘme que le PĂšre mâa envoyĂ©, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlĂ©, il rĂ©pandit sur eux son souffle et leur dit : « Recevez lâEsprit Saint. Tout homme Ă qui vous remettrez ses pĂ©chĂ©s, ils lui seront remis; tout homme Ă qui vous maintiendrez ses pĂ©chĂ©s, ils lui seront maintenus. »
Or, lâun des Douze, Thomas (dont le nom signifie : « Jumeau ») nâĂ©tait pas avec eux, quand JĂ©sus Ă©tait venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur! » Mais il leur dĂ©clara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt Ă lâendroit des clous, si je ne mets pas la main dans son cĂŽtĂ©, non, je ne croirai pas. »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas Ă©tait avec eux. JĂ©sus vient alors que les portes Ă©taient verrouillĂ©es, et il Ă©tait lĂ au milieu dâeux. Il dit : « La paix soit avec vous! » Puis il dit Ă Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains; avance ta main, et mets-la dans mon cĂŽté : cesse dâĂȘtre incrĂ©dule, sois croyant. » Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu! » JĂ©sus lui dit : « Parce que tu mâas vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup de signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.
Commentaires :
JĂ©sus est mort. Les autoritĂ©s religieuses se frottent les mains de soulagement, tout en levant les yeux au ciel pour remercier Dieu dâavoir gardĂ© la nation et le temple en vie par cette mort : « Il est de votre intĂ©rĂȘt qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne pĂ©risse pas tout entiĂšre. » (Jn 11,50) Pourtant, CaĂŻphe, le grand prĂȘtre cette annĂ©e-lĂ , prophĂ©tisait Ă son insu que JĂ©sus allait mourir pour la nation afin de la sauver de la mort ainsi que toutes les nations. CaĂŻphe et vous tous, les chefs des prĂȘtres et les scribes, vous pouvez dire avec les lĂšvres ce que SymĂ©on chante avec son cĆur en accueillant JĂ©sus enfant dans ses bras : « Maintenant, Souverain MaĂźtre, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s'en aller en paix; car mes yeux ont vu ton salut, que tu as prĂ©parĂ© Ă la face de tous les peuples, lumiĂšre pour Ă©clairer les nations et gloire de ton peuple IsraĂ«l. » (Lc 2, 29-32)
Vos yeux nâont pas vu dans ce JĂ©sus se laissant conduire Ă la mort pour vous et les nations ce que SymĂ©on voit avec son cĆur dans ce petit enfant fragile dans les bras de sa mĂšre. « Ce peuple m'honore des lĂšvres, mais leur coeur est loin de moi. Vain est le culte qu'ils me rendent : les doctrines qu'ils enseignent ne sont que prĂ©ceptes humains. » (Mt 15, 8-9) Comment voir les rĂ©alitĂ©s dâen haut lorsque nous nâavons dâyeux que pour protĂ©ger nos intĂ©rĂȘts dâen bas? « Cherchez d'abord le Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donnĂ© par surcroĂźt. » (Mt 6, 33) Ils sont aveuglĂ©s par leurs pensĂ©es toutes humaines et ils nâentendent rien Ă la pensĂ©e de Dieu et Ă son dessein dâamour.
JĂ©sus est mort et câest la joie dans le cercle des chefs du temple, une joie quâils veulent bien protĂ©ger en demandant Ă Pilate de poster une garde au tombeau pour sâassurer que les disciples de lâimposteur ne viennent prendre son corps pour faire croire Ă son retour Ă la vie. Si les disciples ne comprenaient pas lorsque JĂ©sus parlait de rĂ©surrection, les pharisiens eux connaissaient bien la signification de ce mot et ils croyaient en la rĂ©surrection. Ils nâignoraient pas les nombreux passages de l'Ăcriture oĂč IsaĂŻe, Ăzekiel, Job, OsĂ©e, Daniel et les psaumes en parlaient.
Ils sont heureux de la mort de JĂ©sus et ils veulent que la mort le garde Ă jamais et que ce JĂ©sus ne soit pour eux quâun mauvais souvenir.
Cette attention des autoritĂ©s Ă bien veiller sur le mort rendait les disciples nerveux. Nâimporte qui dans la rue pouvait les reconnaĂźtre et les dĂ©noncer. Pierre se souvient bien de la servante, celle qui gardait la porte, qui lui demanda Ă lâimproviste : « N'es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme? » (Jn 18, 17) Il se souvient de sa rĂ©ponse spontanĂ©e quâil regrette si amĂšrement : « Je n'en suis pas. » Trois fois que lui revient Ă la bouche ce reniement, trois fois que ses lĂšvres sâĂ©loignent de son cĆur et Ă©dictent le contraire de ce que son cĆur voudrait dire : « Jâen suis. » Je suis lâun de ses disciples, je le connais, câest lui le Messie.
Pierre avec les disciples nâa pas trouvĂ© meilleur moyen que de sâenfermer Ă clĂ© dans un endroit bien cachĂ© pour vivre leur deuil. Sortir, câĂ©tait prendre le risque que la peur prenne le contrĂŽle de leur cĆur et quâils renient encore celui quâils aimaient.
Si au temple on se rĂ©jouit de la mort de JĂ©sus, au cĂ©nacle câest la tristesse. Les cĆurs sont si gros de peine, si gros que le silence se fait aussi lourd quâavant la crĂ©ation. Câest le nĂ©ant dans cette piĂšce, câest le vide sans JĂ©sus, un vide rempli de silence. Aucun nâĂ©chappe en son esprit Ă la vision dâhorreur de la mort de JĂ©sus, de son visage mĂ©connaissable sur la croix, de son cĆur transpercĂ©, de ses mains et ses pieds clouĂ©s. La mort crie sa victoire en eux. JĂ©sus est mort.
VoilĂ que lâincroyable se produit, lâimpossible : JĂ©sus vint, et il Ă©tait lĂ au milieu dâeux. La stupeur des disciples devant cette prĂ©sence dont ils pleuraient lâabsence est innommable. La prĂ©sence et lâabsence se mĂȘlent, tout comme la peine et la joie, la splendeur et lâhorreur, le possible et lâimpossible, le rĂȘve et la rĂ©alitĂ©.
JĂ©sus chasse la peur en disant : « La paix soit avec vous! » Ensuite, il leur montre que câest bien la rĂ©alitĂ©, ils ne rĂȘvent pas. JĂ©sus leur montra ses mains et ses pieds. Les stigmates sont bien la signature de son identitĂ©. Ce nâest pas un tatouage que porte JĂ©sus, ce sont bien des marques laissĂ©es par les clous, par la lance. Et cette voix pleine de douceur, cette voix qui accomplit ce quâelle dit, ils la reconnaissent bien. La peur a laissĂ© la place Ă la paix ! Une nouvelle crĂ©ation se lĂšve en cette piĂšce encore verrouillĂ©e. Une nouvelle vie coule dans les veines des disciples, ils renaissent bien quâils soient vieux :
« En vĂ©ritĂ©, en vĂ©ritĂ©, je te le dis, Ă moins de naĂźtre d'en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » NicodĂšme lui dit : « Comment un homme peut-il naĂźtre, Ă©tant vieux? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mĂšre et naĂźtre? »  JĂ©sus rĂ©pondit : « En vĂ©ritĂ©, en vĂ©ritĂ©, je te le dis, Ă moins de naĂźtre d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est nĂ© de la chair est chair, ce qui est nĂ© de l'Esprit est esprit. Ne t'Ă©tonne pas, si je t'ai dit : Il vous fait naĂźtre d'en haut. Le vent souffle oĂč il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d'oĂč il vient ni oĂč il va. Ainsi en est-il de quiconque est nĂ© de l'Esprit. » (Jn 3, 3-8) JĂ©sus est revenu de la mort pour nous faire renaĂźtre Ă la vie Ă©ternelle par lâEsprit.
JĂ©sus dit Ă nouveau : « La paix soit avec vous. » Et la paix vraiment envahissait les disciples, une paix qui nâa rien Ă voir avec celle que le monde donne. Une paix qui nâa rien Ă voir avec la sĂ©curitĂ© ou la tranquillitĂ© que procure la fortune. Il sâagit dâune paix qui garde le cĆur dans le feu de lâamour de celui qui est mort par amour pour nous donner la vie. Ni infortune ou difficultĂ© ou angoisse ou persĂ©cution ou plaisir ou dĂ©plaisir ne peut venir perturber cette paix. Vivre dans un chĂąteau ou dans un taudis, sur une croix ou dans une Ă©table nây change rien. Rien ne peut troubler cette paix, rien ne peut ravir la joie qui lâhabite. Les disciples Ă©taient remplis de joie et JĂ©sus les envoie rĂ©pandre cette paix. Comme il est venu dâen haut, dâauprĂšs du PĂšre pour les faire renaĂźtre par lâEsprit, ainsi il envoie ses disciples rĂ©pandre cette vie nouvelle.
JĂ©sus souffle sur eux, il souffle sur leur cĆur verrouillĂ© pour y entrer et les faire un avec lui qui est un avec le PĂšre. « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon PĂšre l'aimera et vous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui. » (Jn 15, 23) Les disciples lâaiment, celui qui prend sur lui leurs pĂ©chĂ©s afin de les rĂ©concilier avec le PĂšre et se retrouver dans lâunitĂ© avec tous ceux qui vivent dans lâamour : « que tous soient un. Comme toi, PĂšre, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m'as envoyĂ©. Je leur ai donnĂ© la gloire que tu m'as donnĂ©e, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi, afin qu'ils soient parfaits dans l'unitĂ©, et que le monde reconnaisse que tu m'as envoyĂ© et que tu les as aimĂ©s comme tu m'as aimĂ©. » (Jn 17, 21-23)
Les disciples Ă son souffle reçoivent lâEsprit Saint pour exercer le pouvoir en son nom de remettre les pĂ©chĂ©s quâil a pris sur lui. Remettre les pĂ©chĂ©s qui font les ruptures et les blessures impossibles Ă guĂ©rir, les remettre afin que chacun puisse retrouver le chemin de lâunitĂ© dans lâamour.
Câest tellement merveilleux que nous verrouillons les portes de notre cĆur et nous disons que câest impossible quâune telle guĂ©rison puisse devenir possible. Qui guĂ©rira cette femme de la blessure du viol quâelle a subi? Qui rendra la vie Ă cet enfant enterrĂ© dans un boisĂ© par un criminel? Comment effacer la faute du bourreau?
« Et qui peut ĂȘtre sauvĂ©? » Fixant sur eux son regard, JĂ©sus dit : « Pour les hommes, impossible, mais non pour Dieu : car tout est possible pour Dieu. » (Mt 10, 26-27) Dieu rend lâimpossible possible en faisant lâimpossible pour nous, en prenant sur lui toutes nos fautes, en prenant sur lui notre mort. « Vraiment, vais-je encore enfanter, alors que je suis devenue vieille? » Y a-t-il rien de trop merveilleux pour YahvĂ©? Ă la mĂȘme saison l'an prochain, je reviendrai chez toi et Sara aura un fils. » (Gn 18, 14) Y a-t-il rien de trop merveilleux pour le Seigneur afin de nous montrer son amour?
« Depuis son enfance, dit-il; et souvent il l'a jetĂ© soit dans le feu soit dans l'eau pour le faire pĂ©rir. Mais si tu peux quelque chose, viens Ă notre aide, par pitiĂ© pour nous. » â « Si tu peux!... reprit JĂ©sus; tout est possible Ă celui qui croit. » AussitĂŽt le pĂšre de l'enfant de s'Ă©crier : « Je crois! Viens en aide Ă mon peu de foi! » (Mt 9, 21-24) Nous parvenons mal Ă croire que Dieu puisse faire des merveilles dâamour pour nous.
Heureusement, Marie a cru Ă lâimpossible et JĂ©sus a Ă©tĂ© engendrĂ© en elle par lâEsprit. Plusieurs rient comme Sara en entendant une telle merveille. « Y a-t-il rien de trop merveilleux pour Dieu? »
« Et voici qu'Ălisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est Ă son sixiĂšme mois, elle qu'on appelait la stĂ©rile; car rien n'est impossible Ă Dieu. » Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur; qu'il m'advienne selon ta parole! » Et l'ange la quitta. » (Lc 1, 36-38) Elle a cru et elle a avancĂ© dans le dessein dâamour de Dieu. « Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de qui lui a Ă©tĂ© dit de la part du Seigneur! » (Lc 1, 45) Oui, rĂ©pondra Marie : car le Tout-Puissant a fait pour moi des merveilles. Saint est son nom, et sa misĂ©ricorde s'Ă©tend d'Ăąge en Ăąge sur ceux qui le craignent. » (Lc 1, 49-50)
Thomas nâavait pas le cĆur verrouillĂ©, il allait çà et lĂ , ne sachant encore oĂč aller. JĂ©sus est mort, il est bel et bien mort. Le tĂ©moignage de ses compagnons nâĂ©branle pas sa conviction de la mort de JĂ©sus et que celui quâils ont vu ne peut ĂȘtre celui quâils disent ĂȘtre. Impossible quâun mort revienne Ă la vie, impossible quâune vielle femme puisse avoir une descendance, impossible quâune vierge puisse engendrer et demeurer vierge, impossible que Dieu fasse de telles merveilles pour nous.
Thomas veut toucher pour croire et JĂ©sus lui accordera de le toucher et lui reprochera son incrĂ©dulitĂ© Ă sa parole et Ă la parole de ses compagnons qui lâaiment.
« Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Oui, car nous pouvons voir par la parole dâun autre en le croyant. Nâest-ce pas un Ă©loge Ă sa mĂšre quâil nous a donnĂ©e comme mĂšre pour nous faire renaĂźtre par lâEsprit?
« Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de qui lui a été dit de la part du Seigneur! » (Lc 1, 45) Oui, répondra Marie : car le Tout-Puissant a fait pour moi des merveilles. Saint est son nom, et sa miséricorde s'étend d'ùge en ùge sur ceux qui le craignent. » (Lc 1, 49-50)
« On raconte Ă Rome⊠que pour son 90e anniversaire, LĂ©on XIII reçut les cardinaux. En guise de vĆux, lâun dâentre eux lui dit : âTrĂšs Saint PĂšre, vous avez 90 ans! On vous en souhaite encore une fois autant.â Et le pape de lui rĂ©pondre : âPourquoi voulez-vous limiter la toute-puissance divine?... » (Source inconnue)
Normand Décary-Charpentier
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Avril 05, 2013
Bloggies
by Normand Decary
Ăvangile :
RessuscitĂ© de grand matin, le premier jour de la semaine, JĂ©sus apparut dâabord Ă Marie-Madeleine, de laquelle il avait expulsĂ© les sept dĂ©mons. Celle-ci partit annoncer la nouvelle Ă ceux qui, ayant vĂ©cu avec lui, sâaffligeaient et pleuraient. Quand ils entendirent quâil Ă©tait vivant et quâelle lâavait vu, ils refusĂšrent de croire.
AprĂšs cela, il se manifesta sous un aspect inhabituel Ă deux dâentre eux qui Ă©taient en chemin pour aller Ă la campagne. Ceux-ci revinrent lâannoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus.
Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mĂȘmes pendant quâils Ă©taient Ă table; il leur reprocha leur incrĂ©dulitĂ© et leur endurcissement parce quâils nâavaient pas cru ceux qui lâavaient vu ressuscitĂ©. Puis il leur dit : « Allez dans le monde entier. Proclamer la Bonne Nouvelle Ă toute la crĂ©ation. »
Commentaires :
« Je t'ai glorifiĂ© sur la terre, en menant Ă bonne fin l'oeuvre que tu m'as donnĂ© de faire. Et maintenant, PĂšre, glorifie-moi auprĂšs de toi de la gloire que j'avais auprĂšs de toi, avant que fĂ»t le monde. » (Jn 17, 4-5) Cette gloire nâa rien Ă voir avec la popularitĂ©, cette gloire est la vie, une vie sur laquelle la mort nâa pas dâeffet ni rien de ce qui entraĂźne la dĂ©tĂ©rioration de la vie, sa dĂ©gradation, sa corruption. JĂ©sus a glorifiĂ© la vie sur terre, il a combattu la mort et tout ce qui y mĂšne, il a glorifiĂ© Dieu le PĂšre en montrant quâil dĂ©sirait la vie de tous, quâil ne voulait en rien la mort du pĂ©cheur. Pour cela, il a envoyĂ© son Fils unique dans notre chair pour libĂ©rer notre chair et nos cĆurs de la corruption, de la dĂ©gradation, de la dĂ©gĂ©nĂ©rescence, de tout ce qui nous entraĂźne vers la mort et contamine les autres de cette mort. Ce JĂ©sus venu dâen haut pour nous, nous lâavons tuĂ© dans sa jeunesse et nous lâavons mis au tombeau pour ne plus lâentendre. Dieu a laissĂ© JĂ©sus descendre dans la mort sous ses yeux et il lâa glorifiĂ© dans la mort et non avant sa mort afin de vaincre la mort pour nous par son abandon libre Ă son dessein dâamour pour tous. JĂ©sus a pris sur lui notre mort afin que nous participions Ă sa rĂ©surrection en mourant avec lui et que par lui nous entrions dans la gloire de Dieu, dans cette vie oĂč la mort est morte. Difficile Ă entendre pour notre raison quâune telle vie puisse ĂȘtre possible! Pourtant ce dĂ©sir de vivre Ă jamais est lĂ au fond de notre cĆur dâhumain, il est lĂ , tout comme notre soif dâamour, de santĂ© de lâĂąme et du corps. Woody Allen lâexprime Ă sa maniĂšre, ce dĂ©sir profond inscrit dans notre Ăąme de ne pas mourir Ă jamais : « Je ne veux pas survivre dans le cĆur de mes concitoyens, je veux survivre dans mon appartement. Je ne veux pas atteindre lâimmortalitĂ© grĂące Ă mes Ă©crits, je veux atteindre lâimmortalitĂ© en ne mourant pas. » Woody se moque de la gloire humaine, de lâimmortalitĂ© par ses films ou Ă©crits, il veut vivre, il veut se chauffer au soleil, aimer, jouer de la musique. Il exprime ce cri de vivre, mais le croit-il possible? Sâil est en nous ce cri ne serait-ce pas parce que nous sommes faits pour la vie Ă©ternelle, pour lâamour qui ne cesse de grandir Ă chaque instant? Sâil est en nous ce dĂ©sir de lumiĂšre, de voir la vĂ©ritĂ©, nâest-ce pas pour nous dire que Dieu nous a créés pour vivre, aimer, aimer, aimer et lâadorer pour tant dâamour? JĂ©sus ne joue pas Ă la cachette avec nous en venant sur terre. Il nous affirme nettement son identitĂ©. « Je suis la rĂ©surrection. Qui croit en moi, mĂȘme s'il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu? » (Jn11, 25-26) Et pour que nous puissions avec nos moyens, lui donner notre foi, il accomplit les Ăcritures jusquâau bout, plus encore il donne sa paix Ă celui qui lâaccueille. Ses Ćuvres de bontĂ©, de misĂ©ricorde, de rĂ©conciliation tĂ©moignent de sa divinitĂ© autant que les Ćuvres quâaccomplissent ceux qui agissent en son nom. Il nâomet rien pour donner Ă notre intelligence, Ă notre cĆur, ce quâil faut pour le suivre dans sa mort et sa rĂ©surrection. Il nous donne la foi pour le croire et le suivre par son Esprit quâil rĂ©pand gĂ©nĂ©reusement Ă tous ceux qui cherchent la lumiĂšre. « Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cĆur est sans repos tant quâil ne repose en toi » (St AUGUSTIN, Confessions, I, 1).
Le PĂšre est sans reproche dans sa sagesse pour nous ramener Ă lui, tout comme le Fils dans son amour et lâEsprit dans sa puissance pour nous transformer.
Il faut accueillir avec tout notre cĆur cette foi que Dieu en son Fils nous donne pour le suivre sur le chemin de la vie :
David au contraire de Woody Allen sâen remettait Ă Dieu pour le tirer du sommeil de la mort et le conduire sur le chemin de la vie Ă©ternelle : « Je voyais sans cesse le Seigneur devant moi, car il est Ă ma droite, pour que je ne vacille pas. Aussi mon coeur s'est-il rĂ©joui et ma langue a-t-elle jubilĂ©; ma chair elle-mĂȘme reposera dans l'espĂ©rance que tu n'abandonneras pas mon Ăąme Ă l'HadĂšs et ne laisseras pas ton saint voir la corruption. Tu m'as fait connaĂźtre des chemins de vie, tu me rempliras de joie en ta prĂ©sence. » (Act 2, 25-28)
JĂ©sus dira bien Ă ses disciples avant son dĂ©part de demeurer dans la foi, de garder la lumiĂšre dans leurs cĆurs en cherchant les biens dâen haut : « Que votre coeur ne se trouble pas! vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon PĂšre, il y a de nombreuses demeures, sinon, je vous l'aurais dit; je vais vous prĂ©parer une place. Et quand je serai allĂ© et que je vous aurai prĂ©parĂ© une place, Ă nouveau je viendrai et je vous prendrai prĂšs de moi, afin que, lĂ oĂč je suis, vous aussi, vous soyez. Et du lieu oĂč je vais, vous savez le chemin. » (Jn 14, 1-4)
Jésus a ouvert le chemin et il revient de grand matin pour nous le faire connaßtre, ce chemin qui mÚne aux biens éternels. « Et maintenant, exalté par la droite de Dieu, il a reçu du PÚre l'Esprit Saint, objet de la promesse, et l'a répandu. » (Act 2, 233)
Il apparaĂźt pour mieux disparaĂźtre et rĂ©pandre lâEsprit afin que tous ceux qui croient en lui deviennent des tĂ©moins vivants de ce quâil est pour construire son Ăglise sur terre. Il est la pierre dâangle, nous en serons les pierres vivantes et tous ceux qui cherchent la vie en ce royaume de la mort pourront y trouver abri et sâabreuver aux sources de la vie.
Pourquoi apparaĂźtre Ă lâun et Ă lâautre et pas Ă tous afin de briser tous les doutes? Voici lâexplication que JĂ©sus donne Ă Paul comme suite Ă son renversement de sa mentalitĂ© meurtriĂšre Ă lâĂ©gard de lâĂglise de JĂ©sus : « Car voici pourquoi je te suis apparu, pour t'Ă©tablir serviteur et tĂ©moin de la vision dans laquelle tu viens de me voir et de celles oĂč je me montrerai encore Ă toi. C'est pour cela que je te dĂ©livrerai du peuple et des nations paĂŻennes, vers lesquelles je t'envoie, moi, pour leur ouvrir les yeux, afin qu'elles reviennent des tĂ©nĂšbres Ă la lumiĂšre et de l'empire de Satan Ă Dieu, et qu'elles obtiennent, par la foi en moi, la rĂ©mission de leurs pĂ©chĂ©s et une part d'hĂ©ritage avec les sanctifiĂ©s. » (Act 26, 16-18) Dieu sâest fait homme afin que lâĂȘtre humain soit transformĂ© par son humanitĂ© et que son cĆur puisse avancer sur le chemin de lâamour dont il a Ă©tĂ© aimĂ© et tĂ©moigner ainsi du Christ vivant en lui.
JĂ©sus choisit lâun et non lâautre, non parce quâil aime plus lâun que lâautre, mais parce quâil veut que lâun soit tĂ©moin du Christ vivant pour lâautre et le conduise Ă la vie comme il lâa Ă©tĂ©, en lâinvitant Ă croire en JĂ©sus. JĂ©sus connaĂźt bien nos manques dans nos cĆurs, il souffre de nous voir entasser les biens de la terre pour vaincre nos peurs. Il souffre que nous ne discernions pas les vraies richesses qui donnent la vie et que nous transformions les biens de la terre en richesse qui sĂšme la mort. Il nây a que la foi en lui pour purifier notre Ăąme et la rendre libre pour reconnaĂźtre en lâautre quelquâun qui fait parti de nous en Dieu et se savoir responsable de partager les richesses qui nous sont confiĂ©es : « Car j'ai eu faim et vous m'avez donnĂ© Ă manger, j'ai eu soif et vous m'avez donnĂ© Ă boire, j'Ă©tais un Ă©tranger et vous m'avez accueilli, nu, et vous m'avez vĂȘtu, malade, et vous m'avez visitĂ©, prisonnier et vous ĂȘtes venus me voir. » Alors les justes lui rĂ©pondront : « Seigneur, quand nous est-il arrivĂ© de te voir affamĂ© et de te nourrir, assoiffĂ©, et de te dĂ©saltĂ©rer, Ă©tranger, et de t'accueillir, nu, et de te vĂȘtir, malade ou prisonnier et de venir te voir? » Et le Roi leur fera cette rĂ©ponse : « En vĂ©ritĂ© je vous le dis, dans la mesure oĂč vous l'avez fait Ă l'un de ces plus petits de mes frĂšres, c'est Ă moi que vous l'avez fait. » (Mt 25, 35-40) Celui qui est nu nâa pas moins de dignitĂ© que celui qui est vĂȘtu. Lâun est autant une crĂ©ature de Dieu que lâautre, pourtant Dieu remet Ă lâun pour vĂȘtir lâautre jusquâau jour oĂč lui-mĂȘme rendra justice Ă tous selon la loi de son amour.
Le temps du partage est arrivĂ©, le temps de considĂ©rer chacun comme un autre soi-mĂȘme est lĂ et câest Ă chacun dâavoir le souci de donner le meilleur Ă lâautre comme il se donne Ă lui-mĂȘme.
Il est difficile de croire en lâautre, surtout celui qui nous est semblable. Nous voudrions que le ciel sâouvre pour recevoir de Dieu directement et non dâun autre comme nous.
« JĂ©sus leur reprocha leur incrĂ©dulitĂ© et leur endurcissement parce quâils nâavaient pas cru ceux qui lâavaient vu ressuscitĂ©. » Câest Ă lâamour que nous aurons entre nous, cette foi les uns dans les autres que nous pourrons recevoir la foi de celui qui sâest fait lâun des nĂŽtres pour nous donner un cĆur nouveau.
JĂ©sus nous confie les uns aux autres pour faire avancer lâamour quâil est venu semer en nous par son Esprit et rĂ©pandre la bonne nouvelle de la vie Ă©ternelle pour tous.
« Soutenu par la protection de Dieu, j'ai continué jusqu'à ce jour à rendre mon témoignage devant petits et grands, sans jamais rien dire en dehors de ce que les ProphÚtes et Moïse avaient déclaré devoir arriver, que le Christ souffrirait et que, ressuscité le premier d'entre les morts, il annoncerait la lumiÚre au peuple et aux nations païennes. » (Act 26, 22-23)
« Allez dans le monde entier. Proclamer la Bonne Nouvelle à toute la création. »
Il faudrait annoncer cette Bonne Nouvelle Ă tous les Woody Allen de ce monde.
Normand Décary-Charpentier
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Avril 04, 2013
Bloggies
by Normand Decary
Ăvangile :
JĂ©sus se manifesta encore aux disciples sur le bord du lac de TibĂ©riade, et voici comment. Il y avait Simon-Pierre, avec Thomas, dont le nom signifie « Jumeau », NathanaĂ«l, de Cana en GalilĂ©e, les fils de ZĂ©bĂ©dĂ©e, et deux autres disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je mâen vais Ă la pĂȘche. » Ils lui rĂ©pondent : « Nous allons avec toi. » Ils partirent et montĂšrent dans la barque; or, ils passĂšrent la nuit sans rien prendre.
Au lever du jour, JĂ©sus Ă©tait lĂ , sur le rivage, mais les disciples ne le savaient pas que câĂ©tait JĂ©sus. Il les appelle : « Les enfants, auriez-vous un peu de poisson? » Ils lui rĂ©pondent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet Ă la droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetĂšrent donc le filet, et cette fois ils nâarrivaient pas Ă le ramener tellement il y avait de poisson.
Alors le disciple que JĂ©sus aimait dit Ă Pierre : « Câest le Seigneur! » Quand Simon-Pierre lâentendit dĂ©clarer que câĂ©tait le Seigneur, il passa un vĂȘtement, car il nâavait rien sur lui, et il se jeta Ă lâeau.
Les autres disciples arrivent en barque, tirant le filet plein de poissons : la terre nâĂ©tait quâĂ une centaine de mĂštres. En dĂ©barquant sur le rivage, ils voient un feu de braise avec du poisson posĂ© dessus, et du pain. JĂ©sus leur dit : « Apportez donc de ce poisson que vous venez de prendre. » Simon-Pierre monta dans la barque et amena jusquâĂ la terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgrĂ© cette quantitĂ©, le filet ne sâĂ©tait pas dĂ©chirĂ©.
JĂ©sus dit alors : « Venez dĂ©jeuner. » Aucun des disciples nâosait lui demander : « Qui es-tu? » Ils savaient que câĂ©tait le Seigneur. JĂ©sus sâapproche, prend le pain et le leur donne, ainsi que le poisson.
CâĂ©tait la troisiĂšme fois que JĂ©sus ressuscitĂ© dâentre les morts se manifestait Ă ses disciples.
Commentaires :
Aujourdâhui, lorsque les marins-pĂȘcheurs partent en mer, ils sont Ă©quipĂ©s de sonars pour dĂ©tecter les bancs de poissons et bien choisir lâendroit oĂč jeter les filets. Le poisson devient aussi visible quâun troupeau de rennes dans une vaste plaine. Nous ne parlons plus de jeter les filets dans ce cas-ci, mais de les Ă©tendre comme une immense frontiĂšre encerclant les bancs de poissons. Le gigantesque filet formĂ© dâun rĂ©seau de mailles entrecroisĂ©es ne laissera Ă©chapper aucun individu lorsque la frontiĂšre sâavancera pour retourner au bateau. Avec ces Ă©quipements, les grandes surfaces de pĂȘche se vident de poisson et les pĂ©nuries seront inĂ©vitables dans les temps Ă venir. Le poisson sera un vague souvenir dans les gĂ©nĂ©rations futures.
Lâesprit de lâhomme a planĂ© sur les eaux et il a trouvĂ© moyen de les vider pour son intĂ©rĂȘt immĂ©diat et de sâen fĂ©liciter. Avec sa technologie, il se croyait exempt dâimplorer lâEsprit qui planait sur les eaux pour y dĂ©poser la vie en abondance, il se croyait libre de le reconnaitre sur le rivage pour trouver la juste mesure pour agir avec justice envers tous.
Aujourdâhui, le rire de ces vampires dâocĂ©ans ne se fait plus entendre, car dans une mer vide, leurs filets sont aussi vides que leurs profits. Les pĂȘcheurs Ă haute technologie sont maintenant devant un problĂšme plus important que lorsquâils se rendaient en mer en se remettant Ă leur expĂ©rience. Ils doivent trouver les moyens pour redonner vie Ă lâocĂ©an qui leur fournit la nourriture pour vivre. Ce qui fait lâampleur de ce problĂšme, câest que personne ne peut tirer profit dâune telle dĂ©marche pour soi, cela doit profiter Ă tous.
Ă pĂȘcher le poisson pour nourrir leurs coffres, ils ont transformĂ© la mer en « caverne de voleurs ». « Il est Ă©crit : Ma maison sera appelĂ©e une maison de priĂšre. Mais vous, vous en faites un repaire de brigands! » (Mt 21,13) Quâavez-vous fait de la terre et de la mer et du ciel?
Quâavez-vous fait? « YahvĂ© vit que la mĂ©chancetĂ© de l'homme Ă©tait grande sur la terre et que son coeur ne formait que de mauvais desseins Ă longueur de journĂ©e. YahvĂ© se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre et il s'affligea dans son coeur. Et YahvĂ© dit : âJe vais effacer de la surface du sol les hommes que j'ai créés â et avec les hommes, les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel â, car je me repens de les avoir faits. Mais NoĂ© avait trouvĂ© grĂące aux yeux de YahvĂ©.â (Gn 6, 5-7)
Dieu trouvait toujours moyen en son cĆur pour arrĂȘter son bras et ne pas laisser lâĂȘtre humain sâautodĂ©truire par ses convoitises. NoĂ© trouva grĂące et Abraham, Isaac, Jacob et combien dâautres Ă travers lâhistoire. Ils sont tous morts et enterrĂ©s ces justes par la foi, engloutis dans les eaux de la mort.
Voici ce que Dieu, lui, a dĂ©cidĂ© de faire dans son grand amour gratuit et pour la multitude, sans oublier le plus petit. Il dĂ©cida dâengendrer son Fils unique dans la chair par la puissance de lâEsprit, cet Esprit qui planait sur les eaux Ă lâorigine de lâunivers, pour recrĂ©er lâunivers et la multitude de ces habitants, morts et vivants. Ce Fils, son unique, son bien-aimĂ©, en qui il a mis tout son amour : âĂ tous ceux qui l'ont accueilli, il a donnĂ© pouvoir de devenir enfants de Dieu, Ă ceux qui croient en son nom, lui qui ne fut engendrĂ© ni du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu.â (Jn 1, 12-13) âEt le Verbe s'est fait chair et il a habitĂ© parmi nous, nous avons contemplĂ© sa gloire, gloire qu'il tient de son PĂšre comme Fils unique, plein de grĂące et de vĂ©ritĂ©.â (Jn 1, 14) âOui, de sa plĂ©nitude nous avons tous reçu, et grĂące pour grĂące.â (Jn 1, 16)
Dieu a dĂ©cidĂ© de se faire lâun des nĂŽtres afin que la vie revienne et non seulement une longue vie, mais la vie Ă©ternelle. âCar Dieu a tant aimĂ© le monde qu'il a donnĂ© son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie Ă©ternelle. Car Dieu n'a pas envoyĂ© son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvĂ© par lui.â (Jn 3, 16-17) Il ne vient pas juger le pĂȘcheur qui se transforme en brigand pour vider lâocĂ©an, il est venu lui redonner vie au moment oĂč il se meurt ainsi quâĂ la terre nourriciĂšre.
Sept disciples retournent Ă la pĂȘche Ă lâinvitation de Simon-Pierre. Toute la nuit, ils lancent les filets et les ramĂšnent sans rien prendre.
Au lever du jour, le courage baisse en eux devant les filets vides. JĂ©sus, le Fils de Dieu, le Verbe fait chair Ă©tait lĂ sur le rivage. Il Ă©tait venu pour ĂȘtre lĂ au milieu de nous, toujours pour ramener la vie et le courage devant le vide, la mort, le nĂ©ant. Il Ă©tait lĂ sur le rivage aprĂšs avoir Ă©tĂ© sur les rivages de la mort faire lever lâaube nouvelle pour tous les NoĂ© et Abraham et les autres qui lâattendaient.
JĂ©sus Ă©tait lĂ , celui qui Ă©tait mort sur la croix, celui qui Ă©tait sorti vainqueur du tombeau par la puissance de lâEsprit de vie, il Ă©tait lĂ et les disciples ne savaient pas que câĂ©tait lui. Le Fils de Dieu sur le rivage, lui qui marche sur les eaux, lui qui est le crĂ©ateur des eaux, qui pourrait croire que le Fils de Dieu, lâĂternel se promĂšne sans vĂȘtements rutilants comme les rois, sans armĂ©es, sans gardes, sans serviteurs. Il est lĂ , Ă les appeler du rivage, sans artifice, sans apparence. Cette humilitĂ© crie la saintetĂ© de Dieu et sa justice : âNotre PĂšre qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifiĂ©.â Vraiment, comment pourrions-nous craindre un Dieu si humble, si doux, un Dieu qui se fait si petit, un Dieu qui prend sur lui nos condamnations, nos blessures? Y a-t-il quelque chose qui peut crier plus fort de vĂ©ritĂ© que cette humilitĂ©, cette douceur de celui qui Ă©tait avant que le monde soit? âJe ne suis nĂ©, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre tĂ©moignage Ă la vĂ©ritĂ©. Quiconque est de la vĂ©ritĂ© Ă©coute ma voix.â Pilate lui dit : âQu'est-ce que la vĂ©ritĂ©?â (Jn 18, 37-38) La vĂ©ritĂ© est amour de don, elle est humilitĂ©, douceur, bontĂ©, misĂ©ricorde, elle est vie : âLe voleur ne vient que pour voler, Ă©gorger et faire pĂ©rir. Moi, je suis venu pour qu'on ait la vie et qu'on l'ait surabondante.â (Jn 10, 10) La vĂ©ritĂ© est lumiĂšre et tout comme la lumiĂšre, elle sâimpose sans bruit et en silence, sans dire un mot : âMoi, lumiĂšre, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les tĂ©nĂšbres. (Jn 12, 46) JĂ©sus est venu pour nous faire voir que nous ne voyons pas, mĂȘme avec nos sonars et que pour voir câest par lui que nous le pourrons afin de demeurer en vie et donner la vie : âC'est pour un discernement que je suis venu en ce monde : pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles.â (Jn 9, 39)
JĂ©sus voit que les disciples rentrent bredouille de la pĂȘche et pourtant, pour se faire reconnaitre en ouvrant leur regard de foi, il leur dit : âLes enfants, auriez-vous un peu de poisson? â Ils lui rĂ©pondent : âNon.â Ă cette rĂ©ponse, JĂ©sus les invite Ă ouvrir les yeux de la foi : âJetez le filet Ă la droite de la barque, et vous trouverez.â
Sans hĂ©siter, se relevant de la fatigue de la nuit, ils jettent le filet, lĂ oĂč ils sont et cette fois le filet se remplit Ă rebord.
Celui qui est mort et qui est revenu Ă la vie ramĂšne la vie dans les ocĂ©ans vides et Jean reconnait JĂ©sus, celui qui a allumĂ© ce feu qui brule en lui, ce feu de sa rĂ©surrection aprĂšs sa mort horrible. âJe suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que dĂ©jĂ il fĂ»t allumĂ©! Je dois ĂȘtre baptisĂ© d'un baptĂȘme, et quelle n'est pas mon angoisse jusqu'Ă ce qu'il soit consommĂ©! â (Lc 12, 49-50)
Pierre se jette nu dans la mer de larmes quâil a versĂ©es pour aller vers JĂ©sus. Il nâa aucune crainte de se retrouver en sa prĂ©sence, malgrĂ© son reniement, il se sait aimĂ© dâun amour dont il veut aimer et mourir dâamour pour aller le rejoindre.
En dĂ©barquant sur le rivage, lui le pĂȘcheur sans poisson pour se nourrir, voit un feu de braise, ce cĆur de braise de JĂ©sus qui dĂ©jĂ a dressĂ© la table pour se donner en nourriture afin que nous participions Ă sa vie. Il y a tant Ă comprendre sur lâamour pour nos pauvres cĆurs qui aiment si mal, si pauvrement, il y a tant dâamour Ă recevoir que nous nây parvenons pas sans sa grĂące pour nous permettre de recevoir cet amour. Le pain, le poisson, le feu de braise, le filet dĂ©bordant de poissons, le filet qui ne dĂ©chire pas, il y a tant dâamour. âApportez donc de ce poisson que vous venez de prendre.â dit JĂ©sus. Mais câest lui qui a pris ce poisson, eux ils rentraient Ă la maison aprĂšs avoir renoncĂ© Ă jeter les filets. Quelle humilitĂ© de la part de celui qui a pris sur lui toutes nos blessures et qui a fait de ses blessures, des ocĂ©ans de guĂ©rison pour les nĂŽtres!
âVenez dĂ©jeuner.â Devant tant de saintetĂ©, les disciples sont muets, car ils voient que câest lui qui vient encore se donner et nous donner. Aucun reproche dans sa bouche pour leur fuite, pour leur difficultĂ© Ă le reconnaitre.
JĂ©sus prend le poisson et le pain et il les servait. Encore une fois, il est lĂ Ă servir et Ă donner, Ă se donner, tout comme il le fait dans lâEucharistie des milliers de fois par jour Ă travers le monde. âSi donc je vous ai lavĂ© les pieds, moi le Seigneur et le Maitre, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.â (Jn 13, 14) Si donc, je prĂ©pare pour vous le repas, vous devez vous aussi servir les autres avec la nourriture que je vous donne. âQue vos reins soient ceints et vos lampes allumĂ©es.â (Lc 12, 35)
âCâĂ©tait la troisiĂšme fois que JĂ©sus ressuscitĂ© dâentre les morts se manifestait Ă ses disciples.â JĂ©sus devenait de plus en plus prĂ©sent aux yeux des disciples dans leurs cĆurs. La vie nouvelle courait en eux et la lumiĂšre de la rĂ©surrection, ils la voyaient de plus en plus, en chaque feuille, chaque goutte dâeau de la mer, chaque Ă©caille du poisson, chaque miette de pain, chaque cheveu tombĂ© de leur tĂȘte. Rien ne pouvait plus les sĂ©parer de lâamour dont ils Ă©taient aimĂ©s et tout devenait prĂ©texte Ă vivre de cet amour et Ă faire comme JĂ©sus faisait pour eux.
Normand Décary-Charpentier
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Avril 04, 2013
Bloggies
by Normand Decary
Ăvangile :
Les disciples qui rentraient dâEmmaĂŒs racontaient aux onze ApĂŽtres et Ă leurs compagnons ce qui sâĂ©tait passĂ© sur la route, et comment ils avaient reconnu le Seigneur quand il avait rompu le pain.
Comme ils en parlaient encore, lui-mĂȘme Ă©tait lĂ au milieu dâeux, et il leur dit : « La paix soit avec vous. » FrappĂ©s de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. JĂ©sus leur dit : « Pourquoi ĂȘtes-vous bouleversĂ©s? Et pourquoi ces pensĂ©es qui surgissent en vous? Voyez mes mains et mes pieds : câest bien moi! Touchez-moi, regardez : un esprit nâa pas de chair ni dâos, et vous constatez que jâen ai. » AprĂšs cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils nâosaient pas encore y croire, et restaient saisis dâĂ©tonnement.
JĂ©sus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose Ă manger? » Ils lui offrirent un morceau de poisson grillĂ©. Il le prit et le mangea devant eux. Puis il dĂ©clara : « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand jâĂ©tais encore avec vous : il fallait que sâaccomplisse tout ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit de moi dans la Loi de MoĂŻse, les ProphĂštes et les Psaumes. »
Alors il leur ouvrit lâesprit Ă lâintelligence des Ăcritures. Il conclut : « Câest bien ce qui Ă©tait annoncĂ© par lâĂcriture : les souffrances du Messie, sa rĂ©surrection dâentre les morts le troisiĂšme jour, et la conversion proclamĂ©e en son nom pour le pardon des pĂ©chĂ©s, Ă toutes les nations, en commençant par JĂ©rusalem. Câest vous qui en ĂȘtes les tĂ©moins. »
Commentaires :
Les disciples qui rentraient dâEmmaĂŒs racontaient tout joyeux aux onze ApĂŽtres et Ă Â leurs compagnons encore sous lâemprise de la tristesse ce qui sâĂ©tait passĂ© sur la route. Ils nâont pas le cĆur Ă la fĂȘte et pourtant, Ă les entendre, ils frissonnent dâĂ©moi, leurs yeux se remplissent dâĂ©toiles et se mĂȘlent aux larmes encore prĂ©sentes dans le coin de leurs yeux. La maniĂšre dont ils racontent lâavoir reconnu les transporte au soir de la derniĂšre CĂšne lorsque JĂ©sus : « prenant du pain, il rendit grĂąces, le rompit et le leur donna, en disant : âCeci est mon corps, donnĂ© pour vous; faites cela en mĂ©moire de moi.â Il fit de mĂȘme pour la coupe aprĂšs le repas, disant : âCette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, versĂ© pour vous.â » (Jn 22, 19-20) Il nây a que JĂ©sus qui puisse faire ce geste et câest bien Ă ce moment que les disciples le reconnaissent et quâen mĂȘme temps JĂ©sus disparaĂźt. « Nâest-ce pas sa prĂ©sence nouvelle parmi eux maintenant »? se disent les uns en eux-mĂȘmes. Des Ă©tincelles de lumiĂšre frappent leurs raisons. Les regards se lĂšvent comme ceux de lâesclave qui retrouve sa libertĂ©. Les yeux sâĂ©clairent dâune lumiĂšre nouvelle, lâeau salĂ©e des larmes se dissout et une rosĂ©e de joie baigne les yeux dans cette aube. La commissure des lĂšvres se fend pour laisser apparaĂźtre les premiers traits de sourire comme si la bouche arrivait mal Ă retenir la joie qui voulait jaillir.
Pierre, Jacques et Jean se lancent un regard furtif. Ils comprennent quâils ont le mĂȘme souvenir en tĂȘte. Ce jour oĂč JĂ©sus a Ă©tĂ© transfigurĂ© et de lâordre quâil leur a adressĂ© Ă ce sujet : « Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter Ă personne ce qu'ils avaient vu, si ce n'est quand le Fils de l'homme serait ressuscitĂ© d'entre les morts. Ils gardĂšrent la recommandation, tout en se demandant entre eux ce que signifiait âressusciter d'entre les mortsâ ». (Mc 9, 9-10) La rĂ©surrection des morts! Ils leur semblaient comprendre ce mot de rĂ©surrection cette fois, mais la raison ne suivait pas. Ils avaient pourtant vu le pain se multiplier et le poisson, ils avaient vu JĂ©sus marcher sur les eaux, remplir leurs filets, redonner vie Ă Lazare qui dĂ©gageait les odeurs de la mort, il lâavait vu transfigurĂ©, mais lĂ , de revenir de la mort Ă la vie, câĂ©tait inconcevable Ă un mortel. Abraham, tout comme MoĂŻse, les prophĂštes et tous les justes sont toujours sous terre et rien ne peut les en sortir.
Tant que le malheur ne nous est pas arrivĂ©, nous croyons toujours quâil nâest que pour les autres. Alors, imaginons Ă quel point nous avons de la difficultĂ© Ă croire ce que personne nâa vĂ©cu sur cette terre. Les disciples ne se refusent pas dây croire, câest la tĂȘte qui ne suit pas le cĆur qui, lui, veut y croire. De lĂ , tout le danger de perdre la tĂȘte devant une telle nouvelle et se faire croire des choses pour Ă©loigner la peine de la perte dâun ĂȘtre cher ou encore lâangoisse de la mort.
Pourtant chez les ApĂŽtres, devant le tĂ©moignage ardent des disciples, le doute persiste. Câest tellement incroyable. NathanaĂ«l se souvient lorsque JĂ©sus lui avait dit : « Parce que je t'ai dit : âJe t'ai vu sous le figuierâ, tu crois! Tu verras mieux encore. » Et il lui dit : « En vĂ©ritĂ©, en vĂ©ritĂ©, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme. » (Jn 1, 50-51)
La croix, se dit-il, ne serait-ce pas cette Ă©chelle qui ouvre le ciel et oĂč les anges montent et descendent au-dessus du Fils de lâhomme pour apporter au PĂšre la moindre goutte de son sang, la moindre sueur, la moindre larme, la plus petite Ă©corchure de sa chair et lâoffrir pour nous racheter Ă la mort?
Les esprits des ApĂŽtres sâenfoncent dans le passĂ©, les paroles vivantes de JĂ©sus reviennent Ă la mĂ©moire et crient en eux : « De mĂȘme que le PĂšre, qui est vivant, m'a envoyĂ© et que je vis par le PĂšre, de mĂȘme celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Voici le pain descendu du ciel; il n'est pas comme celui qu'ont mangĂ© les pĂšres et ils sont morts; qui mange ce pain vivra Ă jamais. » (Jn 6, 57-58) « Je suis la rĂ©surrection. Qui croit en moi, mĂȘme s'il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu? » (Jn 11, 25-26)
Un tourbillon dâinterrogations, de souvenirs, de paroles semblait les emporter dans une discussion sans fin. Ils ne parvenaient pas Ă se donner une preuve palpable afin de sâaccrocher et de se donner du courage pour aller au-dehors lâannoncer. Ils touchaient Ă une rĂ©alitĂ©, ils le sentaient bien, mais elle dĂ©bordait les apparences, elle demeurait invisible.
Tout Ă coup, sans avertissement, JĂ©sus est au milieu dâeux, tout comme il Ă©tait devant eux dans la tempĂȘte, marchant sur les eaux. Comment ne pas ĂȘtre pris de stupeur et de crainte devant lâimpossible? La raison, mĂȘme en le voyant, ne peut croire Ă ce qui dĂ©borde ses lois. Une pierre lancĂ©e retombe par terre, elle ne continue pas sa course Ă lâinfini. Un homme mort depuis trois jours, qui a Ă©tĂ© dĂ©posĂ© dans un tombeau fermĂ© par une grosse pierre et en plus gardĂ© par des soldats pour que ce corps y reste, cet homme ne peut pas ĂȘtre lĂ devant eux.
Les disciples ont bien reconnu la voix de JĂ©sus et ces mots qui revenaient sans cesse Ă sa bouche : « La paix soit avec vous. » La stupeur ne vient pas seulement du fait quâun mort soit lĂ devant eux Ă leur parler. Mais que JĂ©sus revienne vers eux avec des paroles de paix. Ils lâont abandonnĂ©, reniĂ©, trahi. Ils Ă©taient convaincus que JĂ©sus avait perdu aux mains des autoritĂ©s et de la mort et que leur sort pouvait ĂȘtre le mĂȘme sâils ne se cachaient pas.
Moralement, ils ne sont pas trĂšs fiers dâeux, mais leur amour pour lui ne fait pas de doute, câest pourquoi ils sont toujours lĂ Ă se rassembler en son nom, mais avec la peur comme compagne.
Ă voir JĂ©sus au milieu dâeux, câest la stupeur qui sâajoute Ă la peur. La stupeur est un Ă©tat de relĂąchement et dâinsensibilitĂ© profonde dĂ» Ă une paralysie gĂ©nĂ©rale devant un fait. Devant JĂ©sus au milieu dâeux, ils se croient dans un monde irrĂ©el. Ils ne bougent plus, ils ne pensent plus, ils ne ressentent plus rien, ils sont figĂ©s comme des statues. La seule explication qui vient Ă leur esprit pour se rassurer câest quâils se trouvent devant un esprit. Dieu est Esprit, mais il a pris chair par lâEsprit de Dieu afin venir donner le pouvoir aux ĂȘtres de chair que nous sommes de devenir enfants de Dieu. Cette chair de Dieu qui a grandi dans le sein de la vierge Marie est bien rĂ©elle et câest toute une grĂące pour nous quâil en soit ainsi. Les disciples ne voient pas encore cette plĂ©nitude de grĂące en JĂ©sus ressuscitĂ©, ils le verront bientĂŽt et ce jour-lĂ , ils ne craindront plus la mort et ceux qui la donnent. Ăcoutez Jean chanter la gloire du Verbe fait chair : « Mais Ă tous ceux qui l'ont accueilli, il a donnĂ© pouvoir de devenir enfants de Dieu, Ă ceux qui croient en son nom, lui qui ne fut engendrĂ© ni du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu. Et le Verbe s'est fait chair et il a habitĂ© parmi nous, et nous avons contemplĂ© sa gloire, gloire qu'il tient de son PĂšre comme Fils unique, plein de grĂące et de vĂ©ritĂ©. » (Jn 1, 12-14)
« Pourquoi ĂȘtes-vous bouleversĂ©s? Et pourquoi ces pensĂ©es qui surgissent en vous? Voyez mes mains et mes pieds : câest bien moi! Touchez-moi, regardez : un esprit nâa pas de chair ni dâos, et vous constatez que jâen ai. »
Touchez-moi, câest pour vous que jâai pris cette chair afin que je puisse lâoffrir pour vous et vos enfants et rendre la vie Ă vos corps mortels, les introduire dans la vie Ă©ternelle et vous rendre vos bras pour vous Ă©treindre, vos lĂšvres pour vous embrasser, vos yeux pour vous Ă©merveiller, vos cĆurs pour brĂ»ler dâamour.
Touchez-moi, regardez les marques sur mes mains, mes pieds, mon cĆur, ces marques qui sont la signature de mon identitĂ© de Fils de lâhomme se livrant en rançon pour vous.
Les disciples ne parviennent pas Ă sortir de leur engourdissement, ils sont toujours profondĂ©ment insensibles, sans mouvement. Ils nâosent le toucher, ils nâarrivent pas Ă croire ce quâils voient. Ils sont paralysĂ©s dâĂ©tonnement.
JĂ©sus, pour les libĂ©rer de cette stupeur, leur demande quelque chose Ă manger afin de leur faire franchir la distance entre lui et eux dans la rĂ©alitĂ©. Il demande du poisson. Ils toucheront le poisson qui est bien dans la rĂ©alitĂ© et ils le donneront Ă JĂ©sus quâils verront le manger, ce poisson. Cela donne au cĆur le pont de la raison pour traverser vers lâimpossible, rendu possible par la puissance de Dieu. Devant JĂ©sus qui mange le poisson, les esprits des disciples reprennent de la vitalitĂ©. Alors JĂ©sus leur ouvre lâesprit Ă lâintelligence des Ăcritures, que tout ce qui sâest passĂ©, son incarnation, ses souffrances, sa mort, sa rĂ©surrection, Ă©taient annoncĂ© par lâĂcriture. Tout ce qui se dĂ©roule devant vous, câest la rĂ©alitĂ© et la raison y trouvera la plĂ©nitude de la joie lorsque lâAmour Ă©tablira son rĂšgne par JĂ©sus venu dans ce monde. Pour un temps, ce sera avec un regard de foi, mais viendra le temps du jugement oĂč le premier-nĂ© dâentre les morts dĂ©voilera sa gloire sur le trĂŽne de Dieu comme Agneau ImmolĂ©. Personne ne pourra demeurer debout devant cet amour et chacun y trouvera la mesure de la justice quâil a exercĂ©e envers les autres.
« La charité ne passe jamais. Les prophéties? elles disparaßtront. Les langues? elles se tairont. La science? elle disparaßtra. Car partielle est notre science, partielle aussi notre prophétie. Mais quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaßtra. Lorsque j'étais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant; une fois devenu homme, j'ai fait disparaßtre ce qui était de l'enfant. Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. à présent, je connais d'une maniÚre partielle; mais alors je connaßtrai comme je suis connu. Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d'entre elles, c'est la charité. » (1 Cor 13, 8-13)
« Câest vous qui en ĂȘtes les tĂ©moins, » de cet amour bien rĂ©el!
« Seigneur, quand nous est-il arrivĂ© de te voir affamĂ© et de te nourrir, assoiffĂ©, et de te dĂ©saltĂ©rer, Ă©tranger, et de t'accueillir, nu, et de te vĂȘtir, malade ou prisonnier, et de venir te voir? » Et le Roi leur fera cette rĂ©ponse : « En vĂ©ritĂ© je vous le dis, dans la mesure oĂč vous l'avez fait Ă l'un de ces plus petits de mes frĂšres, c'est Ă moi que vous l'avez fait. » (Mt 25, 37-40)
Normand Décary-Charpentier
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