8 avril, Lc 1, 26-38, Le désir ardent de Dieu

Avril 07, 2013 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :

Au sixiĂšme mois d’Élisabeth, l’ange Gabriel fut envoyĂ© par Dieu dans une ville de GalilĂ©e, appelĂ©e Nazareth, Ă  une jeune fille, une vierge, accordĂ©e en mariage Ă  un homme de la maison de David, appelĂ© Joseph; et le nom de la jeune fille Ă©tait Marie.

L’Ange entra chez elle et dit : « Je te salue, ComblĂ©e de grĂące, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversĂ©e, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’Ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvĂ© grĂące auprĂšs de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils; tu lui donneras le nom de JĂ©sus. Il sera grand, il sera appelĂ© Fils du TrĂšs-Haut : le Seigneur Dieu lui donnera le trĂŽne de David son pĂšre; il rĂ©gnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son rĂšgne n’aura pas de fin. »

Marie dit Ă  l’Ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge? » L’Ange lui rĂ©pondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du TrĂšs-Haut te prendra sous son ombre; c’est pourquoi celui qui va naitre sera saint, et il sera appelĂ© Fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et elle en est Ă  son sixiĂšme mois alors qu’on l’appelait : < la femme stĂ©rile>. Car rien n’est impossible Ă  Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur; que tout se passe pour moi selon ta parole. »

Alors l’Ange la quitta.

Commentaires :

« Je vous le dis : C'est ainsi qu'il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pĂ©cheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion. » (Lc 15, 7) Cette joie dans le ciel pour un seul pĂ©cheur qui retrouve le chemin de la vie nous donne une mince idĂ©e de la joie qu’il devait y avoir au jour de l’Annonciation. Un si grand jour que le mot grand ne suffit pas pour en rendre compte. JĂ©sus-Christ, le don gratuit de Dieu prenait l’initiative de venir Ă  la rencontre de l’humanitĂ© pour la libĂ©rer de l’emprise du mal et de la mort. La joie que rien ne peut ravir Ă©tincelait partout. Les 50 milliards de planĂštes qui flottent dans la Voie lactĂ©e n’y Ă©chappaient pas, ni les atomes ni les oiseaux. L’univers entier gardait le silence.

Mais qui pouvait accueillir cette incarnation de la personne prĂ©existante du Fils de Dieu, seconde personne de la TrinitĂ©? Dieu devait s’introduire dans l’humanitĂ© sans en briser l’histoire, mais en y participant pour lui assurer son salut, sa rĂ©gĂ©nĂ©rescence. « Celui qui n'a pas connu le pĂ©chĂ©, Dieu l'a pour nous identifiĂ© au pĂ©chĂ© des hommes, afin que, grĂące Ă  lui, nous soyons identifiĂ©s Ă  la justice de Dieu. » (2 Cor 5, 21) Qui pouvait introduire parmi nous le sans pĂ©chĂ© qui s’identifiait au pĂ©chĂ© pour nous justifier?

DĂ©jĂ , dans le jardin de l’origine, Dieu s’était gardĂ© un fruit, non pour ne pas le partager, loin de lĂ . Que pouvait refuser Celui qui n’a besoin de rien, lui qui de rien peut tout crĂ©er? « J'aurais encore beaucoup de choses Ă  vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter. » (Jn 16, 12) Pour l’instant, du fruit de cet arbre au milieu du jardin : « Vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, sinon vous mourrez. »  (Gn 3, 3)

Le pĂšre du mensonge s’infiltre dans cet instant pour leur faire douter de l’amour de Dieu. Un instant et tout chavire, tout est bouleversĂ© jusqu’à la fin des temps. Le pĂ©chĂ© s’est introduit dans la chaine humaine et cela jusqu’à la fin de cette nature. La mort s’installe de maniĂšre indĂ©lĂ©bile dans le cƓur et le corps de l’humanitĂ©.

Pourtant, Dieu dans son grand amour se garde un fruit au milieu du jardin de l’humanitĂ© que le pĂ©chĂ© ne pourra atteindre. DĂ©jĂ , il est empressĂ© de venir nous libĂ©rer de cette emprise et nous ramener Ă  l’amour du PĂšre : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit dĂ©jĂ  allumĂ© !

Je dois recevoir un baptĂȘme, et comme il m'en coute d'attendre qu'il soit accompli ! » (Lc 12, 49-50)

« Maintenant, ne permettons pas qu'il avance la main, qu'il cueille aussi le fruit de l'arbre de vie, qu'il en mange et vive Ă©ternellement ! » (Gn, 3, 22) La temporalitĂ© vaut mieux que l’éternitĂ© dans cet Ă©tat de division.

Le figuier dessĂ©chait rapidement et ses feuilles ne servaient plus qu’à cacher  leur nuditĂ© dĂ©voilĂ©e, consĂ©quence de la sortie de l’unitĂ© avec l’amour du PĂšre.

Croyez-vous que le PĂšre abandonnerait ainsi ses crĂ©atures Ă  un monde de mensonge? Croyez-vous qu’il renoncerait Ă  l’amour pour chuter dans la violence et permettre au mensonge d’accĂ©der Ă  l’ĂȘtre?

Il promet son salut et la lutte de l’amour dans ce monde de tĂ©nĂšbres : « Je mettrai une hostilitĂ© entre la femme et toi, entre sa descendance et ta descendance : sa descendance te meurtrira la tĂȘte, et toi, tu lui meurtriras le talon. » (Gn 3, 15)

« Voici: la jeune fille [ la vierge, almah ] est enceinte et va enfanter un fils qu’elle appellera Emmanuel » (IsaĂŻe, 7, 14); « Un rejeton sort de la souche de JessĂ©, un surgeon pousse de ses racines » (11,I); « Ce jour-lĂ , la racine de JessĂ© se dressera comme le signal des peuples. Elle sera recherchĂ©e par les nations et sa demeure sera glorieuse » (11,10).

La joie dans le ciel est Ă  son comble, la lumiĂšre va descendre dans l’obscuritĂ©, la saintetĂ© dans le pĂ©chĂ©, l’amour dans la haine, l’unitĂ© dans la division, la vĂ©ritĂ© dans le mensonge, la vie dans la mort, le chemin dans l’impasse.

L’ange du Seigneur Ă©tait dĂ©jĂ  venu Ă  la rencontre de Zacharie pour annoncer la naissance du prĂ©curseur. Comment la femme stĂ©rile pourrait-elle enfanter, hĂ©sitait Zacharie? À cet instant, il deviendra muet. La nouvelle de la naissance du Verbe fait chair est si importante pour toute l’humanitĂ© que la foi ne peut dĂ©faillir un seul instant pour ne pas offenser tant d’amour. À vouloir tout connaitre comme au jardin de l’origine, la division demeure. L’enjeu avec la venue du Verbe consiste Ă  gagner ou Ă  perdre la vie Ă©ternelle, car le fruit de l’arbre de vie sera accessible sur l’arbre de la croix. Qui pourra reconnaitre la vie Ă©ternelle dans autant de faiblesse? Tout comme en ce jour de l’Annonciation, il n’y aura que cette femme au pied de la croix pour garder la foi vivante en l’amour de Dieu dans notre humanitĂ©.

Est-ce que Marie doutera un instant, comme Zacharie du message de l’ange [1]? Qu’Élisabeth, la femme stĂ©rile conçoive dans sa vieillesse, voilĂ  un impossible que Dieu dans son amour a dĂ©jĂ  accordĂ© Ă  Sara, la femme d’Abraham, Anne et d’autres.  Que la Vierge conçoive le Fils du TrĂšs-Haut sous l’action de l’Esprit, voilĂ  ce qui pouvait susciter un instant de doute dans le cƓur de Marie!

Devant l’Éternel, un instant a tout son poids. Il n’en faut pas plus pour dire oui ou non et toute l’histoire de l’humanitĂ© est transformĂ©e dans une direction ou dans l’autre. « Quand vous dites 'oui', que ce soit un 'oui', quand vous dites 'non', que ce soit un 'non'. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais. »  (Mt 5, 37)

La joie du ciel est toute prĂ©sente dans la voix de l’ange Gabriel qui s’adresse Ă  cette jeune fille : « Je te salue, ComblĂ©e de grĂące, le Seigneur est avec toi. » Depuis tant d’annĂ©es que ce jour Ă©tait attendu! « Abraham votre pĂšre a tressailli d'allĂ©gresse dans l'espoir de voir mon Jour. Il l'a vu, et il a Ă©tĂ© dans la joie. » (Jn 8, 56) Salue comblĂ©e de grĂące, rĂ©pĂšte inlassablement le silence qui vient jusqu’à nous. Nous pourrions voir dans la question de Marie Ă  la salutation de l’ange un instant de doute. Rien de cela! La servante cherche la signification de cet Ă©loge pour mieux s’empresser d’obĂ©ir Ă  la volontĂ© de Dieu. Aucune complaisance ou suffisance, c’est vraiment la jeune fille gardĂ©e sans pĂ©chĂ© au milieu du jardin de l’humanitĂ©.

« Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvĂ© grĂące auprĂšs de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils; tu lui donneras le nom de JĂ©sus. Il sera grand, il sera appelĂ© Fils du TrĂšs-Haut : le Seigneur Dieu lui donnera le trĂŽne de David son pĂšre; il rĂ©gnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son rĂšgne n’aura pas de fin. » Tout est bien tissĂ© dans la trame de l’histoire sainte pour l’Annonce de ce jour de la conception du Fils du TrĂšs-Haut. Du jardin de l’origine Ă  cette modeste maison de Nazareth, lieu de l’origine du Verbe fait chair qui vient donner accĂšs Ă  l’arbre de vie, se tisse cette tunique sans couture pour couvrir  la jeune fille et la protĂ©ger du mal. Tout se lie dans l’histoire pour qu’advienne Marie dans cette tige de l’arbre de l’humanitĂ©. L’Esprit la couvre de son ombre dĂšs la rupture avec Dieu. Qui pourrait porter le Saint de Dieu sans mourir? Qui peut voir Dieu sans mourir? Seule la comblĂ©e de grĂące peut porter ce Buisson ardent sans se bruler, ĂȘtre sans obstacle pour laisser passer sa lumiĂšre. Le Fils du TrĂšs-Haut vient pour illuminer ceux qui habitent les tĂ©nĂšbres et l'ombre de la mort, *pour conduire nos pas au chemin de la paix. » ( Lc 1, 79)

Marie dit Ă  l’Ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge? » Comment cela va-t-il se faire que je vous obĂ©isse au plus tĂŽt?

La vĂ©ritĂ© des paroles qui se prononcent Ă  ce moment produit ce qu’elles disent. N’est-ce pas le Verbe qui se fait chair selon la volontĂ© du PĂšre par la puissance de l’Esprit-Saint? Tel Abraham, Marie accueille ces hĂŽtes cĂ©lestes pour coopĂ©rer Ă  ce grand dessein d’amour sans autre dĂ©sir que de servir.

Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur; que tout se passe pour moi selon ta parole. »

Si quelqu’un fait silence en ce jour en se cachant Ă  l’ombre de l’Esprit Saint, il pourra entendre cette salutation que nous  n’avons de cesse de rĂ©pĂ©ter pour rĂ©pandre l’amour de Dieu.

Normand Décary-Charpentier


[1] Ce n'est pas un ange quelconque, c'est l'Archange Gabriel qui est envoyé : il convenait que pour annoncer le mystÚre qui est le sommet de toutes choses, un des anges les plus élevés fût envoyé. Gabriel, veut dire : « la force de Dieu » ; il fallait que la force de Dieu annonçùt ce Dieu des vertus qui venait détruire l'empire des esprits mauvais (saint Grégoire le Grand : homélie XXXIV).

7 avril, Jn 20, 19-31 : Dieu ne fait pas l’impossible pour l’impossible, mais pour rendre possible son dessein d’amour envers nous

Avril 06, 2013 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :

C’était aprĂšs la mort de JĂ©sus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillĂ© les portes du lieu oĂč ils Ă©taient, car ils avaient peur des Juifs. JĂ©sus vint, et il Ă©tait lĂ  au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous! » AprĂšs cette parole, il leur montra ses mains et son cĂŽtĂ©. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

JĂ©sus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous! De mĂȘme que le PĂšre m’a envoyĂ©, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlĂ©, il rĂ©pandit sur eux son souffle et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme Ă  qui vous remettrez ses pĂ©chĂ©s, ils lui seront remis;  tout homme Ă  qui vous maintiendrez ses pĂ©chĂ©s, ils lui seront maintenus. »

Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : « Jumeau ») n’était pas avec eux, quand JĂ©sus Ă©tait venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur! » Mais il leur dĂ©clara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt Ă  l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son cĂŽtĂ©, non, je ne croirai pas. »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas Ă©tait avec eux. JĂ©sus vient alors que les portes Ă©taient verrouillĂ©es, et il Ă©tait lĂ  au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous! » Puis il dit Ă  Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains; avance ta main, et mets-la dans mon cĂŽté : cesse d’ĂȘtre incrĂ©dule, sois croyant. » Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu! » JĂ©sus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Il y a encore beaucoup de signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.

Commentaires :

JĂ©sus est mort. Les autoritĂ©s religieuses se frottent les mains de soulagement, tout en levant les yeux au ciel pour remercier Dieu d’avoir gardĂ© la nation et le temple en vie par cette mort : « Il est de votre intĂ©rĂȘt qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne pĂ©risse pas tout entiĂšre. » (Jn 11,50) Pourtant, CaĂŻphe, le grand prĂȘtre cette annĂ©e-lĂ , prophĂ©tisait Ă  son insu que JĂ©sus allait mourir pour la nation afin de la sauver de la mort ainsi que toutes les nations. CaĂŻphe et vous tous, les chefs des prĂȘtres et les scribes, vous pouvez dire avec les lĂšvres ce que SymĂ©on chante avec son cƓur en accueillant JĂ©sus enfant dans ses bras : « Maintenant, Souverain MaĂźtre, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s'en aller en paix; car mes yeux ont vu ton salut, que tu as prĂ©parĂ© Ă  la face de tous les peuples, lumiĂšre pour Ă©clairer les nations et gloire de ton peuple IsraĂ«l. » (Lc 2, 29-32)

Vos yeux n’ont pas vu dans ce JĂ©sus se laissant conduire Ă  la mort pour vous et les nations ce que SymĂ©on voit avec son cƓur dans ce petit enfant fragile dans les bras de sa mĂšre. « Ce peuple m'honore des lĂšvres, mais leur coeur est loin de moi. Vain est le culte qu'ils me rendent : les doctrines qu'ils enseignent ne sont que prĂ©ceptes humains. » (Mt 15, 8-9) Comment voir les rĂ©alitĂ©s d’en haut lorsque nous n’avons d’yeux que pour protĂ©ger nos intĂ©rĂȘts d’en bas? « Cherchez d'abord le Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donnĂ© par surcroĂźt. » (Mt 6, 33) Ils sont aveuglĂ©s par leurs pensĂ©es toutes humaines et ils n’entendent rien Ă  la pensĂ©e de Dieu et Ă  son dessein d’amour.

JĂ©sus est mort et c’est la joie dans le cercle des chefs du temple, une joie qu’ils veulent bien protĂ©ger en demandant Ă  Pilate de poster une garde au tombeau pour s’assurer que les disciples de l’imposteur ne viennent prendre son corps pour faire croire Ă  son retour Ă  la vie. Si les disciples ne comprenaient pas lorsque JĂ©sus parlait de rĂ©surrection, les pharisiens eux connaissaient bien la signification de ce mot et ils croyaient en la rĂ©surrection. Ils n’ignoraient pas les nombreux passages de l'Écriture oĂč IsaĂŻe, Ézekiel, Job, OsĂ©e, Daniel et les psaumes en parlaient.

Ils sont heureux de la mort de JĂ©sus et ils veulent que la mort le garde Ă  jamais et que ce JĂ©sus ne soit pour eux qu’un mauvais souvenir.

Cette attention des autoritĂ©s Ă  bien veiller sur le mort rendait les disciples nerveux. N’importe qui dans la rue pouvait les reconnaĂźtre et les dĂ©noncer. Pierre se souvient bien de la servante, celle qui gardait la porte, qui lui demanda Ă  l’improviste : « N'es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme? » (Jn 18, 17) Il se souvient de sa rĂ©ponse spontanĂ©e qu’il regrette si amĂšrement : « Je n'en suis pas. » Trois fois que lui revient Ă  la bouche ce reniement, trois fois que ses lĂšvres s’éloignent de son cƓur et Ă©dictent le contraire de ce que son cƓur voudrait dire : « J’en suis. » Je suis l’un de ses disciples, je le connais, c’est lui le Messie.

Pierre avec les disciples n’a pas trouvĂ© meilleur moyen que de s’enfermer Ă  clĂ© dans un endroit bien cachĂ© pour vivre leur deuil. Sortir, c’était prendre le risque que la peur prenne le contrĂŽle de leur cƓur et qu’ils renient encore celui qu’ils aimaient.

Si au temple on se rĂ©jouit de la mort de JĂ©sus, au cĂ©nacle c’est la tristesse. Les cƓurs sont si gros de peine, si gros que le silence se fait aussi lourd qu’avant la crĂ©ation. C’est le nĂ©ant dans cette piĂšce, c’est le vide sans JĂ©sus, un vide rempli de silence. Aucun n’échappe en son esprit Ă  la vision d’horreur de la mort de JĂ©sus, de son visage mĂ©connaissable sur la croix, de son cƓur transpercĂ©, de ses mains et ses pieds clouĂ©s. La mort crie sa victoire en eux. JĂ©sus est mort.

VoilĂ  que l’incroyable se produit, l’impossible : JĂ©sus vint, et il Ă©tait lĂ  au milieu d’eux. La stupeur des disciples devant cette prĂ©sence dont ils pleuraient l’absence est innommable. La prĂ©sence et l’absence se mĂȘlent, tout comme la peine et la joie, la splendeur et l’horreur, le possible et l’impossible, le rĂȘve et la rĂ©alitĂ©.

JĂ©sus chasse la peur en disant : « La paix soit avec vous! » Ensuite, il leur montre que c’est bien la rĂ©alitĂ©, ils ne rĂȘvent pas. JĂ©sus leur montra ses mains et ses pieds. Les stigmates sont bien la signature de son identitĂ©. Ce n’est pas un tatouage que porte JĂ©sus, ce sont bien des marques laissĂ©es par les clous, par la lance. Et cette voix pleine de douceur, cette voix qui accomplit ce qu’elle dit, ils la reconnaissent bien. La peur a laissĂ© la place Ă  la paix ! Une nouvelle crĂ©ation se lĂšve en cette piĂšce encore verrouillĂ©e. Une nouvelle vie coule dans les veines des disciples, ils renaissent bien qu’ils soient vieux :

« En vĂ©ritĂ©, en vĂ©ritĂ©, je te le dis, Ă  moins de naĂźtre d'en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » NicodĂšme lui dit : « Comment un homme peut-il naĂźtre, Ă©tant vieux? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mĂšre et naĂźtre? »  JĂ©sus rĂ©pondit : « En vĂ©ritĂ©, en vĂ©ritĂ©, je te le dis, Ă  moins de naĂźtre d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est nĂ© de la chair est chair, ce qui est nĂ© de l'Esprit est esprit. Ne t'Ă©tonne pas, si je t'ai dit : Il vous fait naĂźtre d'en haut. Le vent souffle oĂč il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d'oĂč il vient ni oĂč il va. Ainsi en est-il de quiconque est nĂ© de l'Esprit. » (Jn 3, 3-8) JĂ©sus est revenu de la mort pour nous faire renaĂźtre Ă  la vie Ă©ternelle par l’Esprit.

JĂ©sus dit Ă  nouveau : « La paix soit avec vous. » Et la paix vraiment envahissait les disciples, une paix qui n’a rien Ă  voir avec celle que le monde donne. Une paix qui n’a rien Ă  voir avec la sĂ©curitĂ© ou la tranquillitĂ© que procure la fortune. Il s’agit d’une paix qui garde le cƓur dans le feu de l’amour de celui qui est mort par amour pour nous donner la vie. Ni infortune ou difficultĂ© ou angoisse ou persĂ©cution ou plaisir ou dĂ©plaisir ne peut venir perturber cette paix. Vivre dans un chĂąteau ou dans un taudis, sur une croix ou dans une Ă©table n’y change rien. Rien ne peut troubler cette paix, rien ne peut ravir la joie qui l’habite. Les disciples Ă©taient remplis de joie et JĂ©sus les envoie rĂ©pandre cette paix. Comme il est venu d’en haut, d’auprĂšs du PĂšre pour les faire renaĂźtre par l’Esprit, ainsi il envoie ses disciples rĂ©pandre cette vie nouvelle.

JĂ©sus souffle sur eux, il souffle sur leur cƓur verrouillĂ© pour y entrer et les faire un avec lui qui est un avec le PĂšre. « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon PĂšre l'aimera et vous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui. » (Jn 15, 23) Les disciples l’aiment, celui qui prend sur lui leurs pĂ©chĂ©s afin de les rĂ©concilier avec le PĂšre et se retrouver dans l’unitĂ© avec tous ceux qui vivent dans l’amour : « que tous soient un. Comme toi, PĂšre, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m'as envoyĂ©. Je leur ai donnĂ© la gloire que tu m'as donnĂ©e, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi, afin qu'ils soient parfaits dans l'unitĂ©, et que le monde reconnaisse que tu m'as envoyĂ© et que tu les as aimĂ©s comme tu m'as aimĂ©. » (Jn 17, 21-23)

Les disciples Ă  son souffle reçoivent l’Esprit Saint pour exercer le pouvoir en son nom de remettre les pĂ©chĂ©s qu’il a pris sur lui. Remettre les pĂ©chĂ©s qui font les ruptures et les blessures impossibles Ă  guĂ©rir, les remettre afin que chacun puisse retrouver le chemin de l’unitĂ© dans l’amour.

C’est tellement merveilleux que nous verrouillons les portes de notre cƓur et nous disons que c’est impossible qu’une telle guĂ©rison puisse devenir possible. Qui guĂ©rira cette femme de la blessure du viol qu’elle a subi? Qui rendra la vie Ă  cet enfant enterrĂ© dans un boisĂ© par un criminel? Comment effacer la faute du bourreau?

« Et qui peut ĂȘtre sauvĂ©? » Fixant sur eux son regard, JĂ©sus dit : « Pour les hommes, impossible, mais non pour Dieu : car tout est possible pour Dieu. » (Mt 10, 26-27) Dieu rend l’impossible possible en faisant l’impossible pour nous, en prenant sur lui toutes nos fautes, en prenant sur lui notre mort. « Vraiment, vais-je encore enfanter, alors que je suis devenue vieille? » Y a-t-il rien de trop merveilleux pour YahvĂ©? À la mĂȘme saison l'an prochain, je reviendrai chez toi et Sara aura un fils. » (Gn 18, 14) Y a-t-il rien de trop merveilleux pour le Seigneur afin de nous montrer son amour?

« Depuis son enfance, dit-il; et souvent il l'a jetĂ© soit dans le feu soit dans l'eau pour le faire pĂ©rir. Mais si tu peux quelque chose, viens Ă  notre aide, par pitiĂ© pour nous. » — « Si tu peux!... reprit JĂ©sus; tout est possible Ă  celui qui croit. » AussitĂŽt le pĂšre de l'enfant de s'Ă©crier : « Je crois! Viens en aide Ă  mon peu de foi! » (Mt 9, 21-24) Nous parvenons mal Ă  croire que Dieu puisse faire des merveilles d’amour pour nous.

Heureusement, Marie a cru Ă  l’impossible et JĂ©sus a Ă©tĂ© engendrĂ© en elle par l’Esprit. Plusieurs rient comme Sara en entendant une telle merveille. « Y a-t-il rien de trop merveilleux pour Dieu? »

« Et voici qu'Élisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est Ă  son sixiĂšme mois, elle qu'on appelait la stĂ©rile; car rien n'est impossible Ă  Dieu. » Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur; qu'il m'advienne selon ta parole! » Et l'ange la quitta. » (Lc 1, 36-38) Elle a cru et elle a avancĂ© dans le dessein d’amour de Dieu. « Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de qui lui a Ă©tĂ© dit de la part du Seigneur! » (Lc 1, 45) Oui, rĂ©pondra Marie : car le Tout-Puissant a fait pour moi des merveilles. Saint est son nom, et sa misĂ©ricorde s'Ă©tend d'Ăąge en Ăąge sur ceux qui le craignent. » (Lc 1, 49-50)

Thomas n’avait pas le cƓur verrouillĂ©, il allait çà et lĂ , ne sachant encore oĂč aller. JĂ©sus est mort, il est bel et bien mort. Le tĂ©moignage de ses compagnons n’ébranle pas sa conviction de la mort de JĂ©sus et que celui qu’ils ont vu ne peut ĂȘtre celui qu’ils disent ĂȘtre. Impossible qu’un mort revienne Ă  la vie, impossible qu’une vielle femme puisse avoir une descendance, impossible qu’une vierge puisse engendrer et demeurer vierge, impossible que Dieu fasse de telles merveilles pour nous.

Thomas veut toucher pour croire et JĂ©sus lui accordera de le toucher et lui reprochera son incrĂ©dulitĂ© Ă  sa parole et Ă  la parole de ses compagnons qui l’aiment.

« Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Oui, car nous pouvons voir par la parole d’un autre en le croyant. N’est-ce pas un Ă©loge Ă  sa mĂšre qu’il nous a donnĂ©e comme mĂšre pour nous faire renaĂźtre par l’Esprit?

« Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de qui lui a été dit de la part du Seigneur! » (Lc 1, 45) Oui, répondra Marie : car le Tout-Puissant a fait pour moi des merveilles. Saint est son nom, et sa miséricorde s'étend d'ùge en ùge sur ceux qui le craignent. » (Lc 1, 49-50)

« On raconte Ă  Rome
 que pour son 90e anniversaire, LĂ©on XIII reçut les cardinaux. En guise de vƓux, l’un d’entre eux lui dit : “TrĂšs Saint PĂšre, vous avez 90 ans! On vous en souhaite encore une fois autant.” Et le pape de lui rĂ©pondre : “Pourquoi voulez-vous limiter la toute-puissance divine?... » (Source inconnue)

Normand Décary-Charpentier

6 avril, Mc 16, 9-15 : Les Woody Allen de ce monde et la Résurrection

Avril 05, 2013 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :

RessuscitĂ© de grand matin, le premier jour de la semaine, JĂ©sus apparut d’abord Ă  Marie-Madeleine, de laquelle il avait expulsĂ© les sept dĂ©mons. Celle-ci partit annoncer la nouvelle Ă  ceux qui, ayant vĂ©cu avec lui, s’affligeaient et pleuraient. Quand ils entendirent qu’il Ă©tait vivant et qu’elle l’avait vu, ils refusĂšrent de croire.

AprĂšs cela, il se manifesta sous un aspect inhabituel Ă  deux d’entre eux qui Ă©taient en chemin pour aller Ă  la campagne. Ceux-ci revinrent l’annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus.

Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mĂȘmes pendant qu’ils Ă©taient Ă  table; il leur reprocha leur incrĂ©dulitĂ© et leur endurcissement parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscitĂ©. Puis il leur dit : « Allez dans le monde entier. Proclamer la Bonne Nouvelle Ă  toute la crĂ©ation. »

Commentaires :

« Je t'ai glorifiĂ© sur la terre, en menant Ă  bonne fin l'oeuvre que tu m'as donnĂ© de faire. Et maintenant, PĂšre, glorifie-moi auprĂšs de toi de la gloire que j'avais auprĂšs de toi, avant que fĂ»t le monde. » (Jn 17, 4-5) Cette gloire n’a rien Ă  voir avec la popularitĂ©, cette gloire est la vie, une vie sur laquelle la mort n’a pas d’effet ni rien de ce qui entraĂźne la dĂ©tĂ©rioration de la vie, sa dĂ©gradation, sa corruption. JĂ©sus a glorifiĂ© la vie sur terre, il a combattu la mort et tout ce qui y mĂšne, il a glorifiĂ© Dieu le PĂšre en montrant qu’il dĂ©sirait la vie de tous, qu’il ne voulait en rien la mort du pĂ©cheur. Pour cela, il a envoyĂ© son Fils unique dans notre chair pour libĂ©rer notre chair et nos cƓurs de la corruption, de la dĂ©gradation, de la dĂ©gĂ©nĂ©rescence, de tout ce qui nous entraĂźne vers la mort et contamine les autres de cette mort. Ce JĂ©sus venu d’en haut pour nous, nous l’avons tuĂ© dans sa jeunesse et nous l’avons mis au tombeau pour ne plus l’entendre. Dieu a laissĂ© JĂ©sus descendre dans la mort sous ses yeux et il l’a glorifiĂ© dans la mort et non avant sa mort afin de vaincre la mort pour nous par son abandon libre Ă  son dessein d’amour pour tous. JĂ©sus a pris sur lui notre mort afin que nous participions Ă  sa rĂ©surrection en mourant avec lui et que par lui nous entrions dans la gloire de Dieu, dans cette vie oĂč la mort est morte. Difficile Ă  entendre pour notre raison qu’une telle vie puisse ĂȘtre possible! Pourtant ce dĂ©sir de vivre Ă  jamais est lĂ  au fond de notre cƓur d’humain, il est lĂ , tout comme notre soif d’amour, de santĂ© de l’ñme et du corps. Woody Allen l’exprime Ă  sa maniĂšre, ce dĂ©sir profond inscrit dans notre Ăąme de ne pas mourir Ă  jamais : « Je ne veux pas survivre dans le cƓur de mes concitoyens, je veux survivre dans mon appartement. Je ne veux pas atteindre l’immortalitĂ© grĂące Ă  mes Ă©crits, je veux atteindre l’immortalitĂ© en ne mourant pas. » Woody se moque de la gloire humaine, de l’immortalitĂ© par ses films ou Ă©crits, il veut vivre, il veut se chauffer au soleil, aimer, jouer de la musique. Il exprime ce cri de vivre, mais le croit-il possible? S’il est en nous ce cri ne serait-ce pas parce que nous sommes faits pour la vie Ă©ternelle, pour l’amour qui ne cesse de grandir Ă  chaque instant? S’il est en nous ce dĂ©sir de lumiĂšre, de voir la vĂ©ritĂ©, n’est-ce pas pour nous dire que Dieu nous a créés pour vivre, aimer, aimer, aimer et l’adorer pour tant d’amour? JĂ©sus ne joue pas Ă  la cachette avec nous en venant sur terre. Il nous affirme nettement son identitĂ©. « Je suis la rĂ©surrection. Qui croit en moi, mĂȘme s'il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu? » (Jn11, 25-26) Et pour que nous puissions avec nos moyens, lui donner notre foi, il accomplit les Écritures jusqu’au bout, plus encore il donne sa paix Ă  celui qui l’accueille. Ses Ɠuvres de bontĂ©, de misĂ©ricorde, de rĂ©conciliation tĂ©moignent de sa divinitĂ© autant que les Ɠuvres qu’accomplissent ceux qui agissent en son nom. Il n’omet rien pour donner Ă  notre intelligence, Ă  notre cƓur, ce qu’il faut pour le suivre dans sa mort et sa rĂ©surrection. Il nous donne la foi pour le croire et le suivre par son Esprit qu’il rĂ©pand gĂ©nĂ©reusement Ă  tous ceux qui cherchent la lumiĂšre. « Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cƓur est sans repos tant qu’il ne repose en toi » (St AUGUSTIN, Confessions, I, 1).

Le Pùre est sans reproche dans sa sagesse pour nous ramener à lui, tout comme le Fils dans son amour et l’Esprit dans sa puissance pour nous transformer.

Il faut accueillir avec tout notre cƓur cette foi que Dieu en son Fils nous donne pour le suivre sur le chemin de la vie :

David au contraire de Woody Allen s’en remettait Ă  Dieu pour le tirer du sommeil de la mort et le conduire sur le chemin de la vie Ă©ternelle : « Je voyais sans cesse le Seigneur devant moi, car il est Ă  ma droite, pour que je ne vacille pas. Aussi mon coeur s'est-il rĂ©joui et ma langue a-t-elle jubilĂ©; ma chair elle-mĂȘme reposera dans l'espĂ©rance que tu n'abandonneras pas mon Ăąme Ă  l'HadĂšs et ne laisseras pas ton saint voir la corruption. Tu m'as fait connaĂźtre des chemins de vie, tu me rempliras de joie en ta prĂ©sence. » (Act 2, 25-28)

JĂ©sus dira bien Ă  ses disciples avant son dĂ©part de demeurer dans la foi, de garder la lumiĂšre dans leurs cƓurs en cherchant les biens d’en haut : « Que votre coeur ne se trouble pas! vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon PĂšre, il y a de nombreuses demeures, sinon, je vous l'aurais dit; je vais vous prĂ©parer une place. Et quand je serai allĂ© et que je vous aurai prĂ©parĂ© une place, Ă  nouveau je viendrai et je vous prendrai prĂšs de moi, afin que, lĂ  oĂč je suis, vous aussi, vous soyez. Et du lieu oĂč je vais, vous savez le chemin. » (Jn 14, 1-4)

Jésus a ouvert le chemin et il revient de grand matin pour nous le faire connaßtre, ce chemin qui mÚne aux biens éternels. « Et maintenant, exalté par la droite de Dieu, il a reçu du PÚre l'Esprit Saint, objet de la promesse, et l'a répandu. » (Act 2, 233)

Il apparaĂźt pour mieux disparaĂźtre et rĂ©pandre l’Esprit afin que tous ceux qui croient en lui deviennent des tĂ©moins vivants de ce qu’il est pour construire son Église sur terre. Il est la pierre d’angle, nous en serons les pierres vivantes et tous ceux qui cherchent la vie en ce royaume de la mort pourront y trouver abri et s’abreuver aux sources de la vie.

Pourquoi apparaĂźtre Ă  l’un et Ă  l’autre et pas Ă  tous afin de briser tous les doutes? Voici l’explication que JĂ©sus donne Ă  Paul comme suite Ă  son renversement de sa mentalitĂ© meurtriĂšre Ă  l’égard de l’Église de JĂ©sus : « Car voici pourquoi je te suis apparu, pour t'Ă©tablir serviteur et tĂ©moin de la vision dans laquelle tu viens de me voir et de celles oĂč je me montrerai encore Ă  toi. C'est pour cela que je te dĂ©livrerai du peuple et des nations paĂŻennes, vers lesquelles je t'envoie, moi, pour leur ouvrir les yeux, afin qu'elles reviennent des tĂ©nĂšbres Ă  la lumiĂšre et de l'empire de Satan Ă  Dieu, et qu'elles obtiennent, par la foi en moi, la rĂ©mission de leurs pĂ©chĂ©s et une part d'hĂ©ritage avec les sanctifiĂ©s. » (Act 26, 16-18) Dieu s’est fait homme afin que l’ĂȘtre humain soit transformĂ© par son humanitĂ© et que son cƓur puisse avancer sur le chemin de l’amour dont il a Ă©tĂ© aimĂ© et tĂ©moigner ainsi du Christ vivant en lui.

JĂ©sus choisit l’un et non l’autre, non parce qu’il aime plus l’un que l’autre, mais parce qu’il veut que l’un soit tĂ©moin du Christ vivant pour l’autre et le conduise Ă  la vie comme il l’a Ă©tĂ©, en l’invitant Ă  croire en JĂ©sus. JĂ©sus connaĂźt bien nos manques dans nos cƓurs, il souffre de nous voir entasser les biens de la terre pour vaincre nos peurs. Il souffre que nous ne discernions pas les vraies richesses qui donnent la vie et que nous transformions les biens de la terre en richesse qui sĂšme la mort. Il n’y a que la foi en lui pour purifier notre Ăąme et la rendre libre pour reconnaĂźtre en l’autre quelqu’un qui fait parti de nous en Dieu et se savoir responsable de partager les richesses qui nous sont confiĂ©es : « Car j'ai eu faim et vous m'avez donnĂ© Ă  manger, j'ai eu soif et vous m'avez donnĂ© Ă  boire, j'Ă©tais un Ă©tranger et vous m'avez accueilli, nu, et vous m'avez vĂȘtu, malade, et vous m'avez visitĂ©, prisonnier et vous ĂȘtes venus me voir. » Alors les justes lui rĂ©pondront : « Seigneur, quand nous est-il arrivĂ© de te voir affamĂ© et de te nourrir, assoiffĂ©, et de te dĂ©saltĂ©rer, Ă©tranger, et de t'accueillir, nu, et de te vĂȘtir, malade ou prisonnier et de venir te voir? » Et le Roi leur fera cette rĂ©ponse : « En vĂ©ritĂ© je vous le dis, dans la mesure oĂč vous l'avez fait Ă  l'un de ces plus petits de mes frĂšres, c'est Ă  moi que vous l'avez fait. » (Mt 25, 35-40) Celui qui est nu n’a pas moins de dignitĂ© que celui qui est vĂȘtu. L’un est autant une crĂ©ature de Dieu que l’autre, pourtant Dieu remet Ă  l’un pour vĂȘtir l’autre jusqu’au jour oĂč lui-mĂȘme rendra justice Ă  tous selon la loi de son amour.

Le temps du partage est arrivĂ©, le temps de considĂ©rer chacun comme un autre soi-mĂȘme est lĂ  et c’est Ă  chacun d’avoir le souci de donner le meilleur Ă  l’autre comme il se donne Ă  lui-mĂȘme.

Il est difficile de croire en l’autre, surtout celui qui nous est semblable. Nous voudrions que le ciel s’ouvre pour recevoir de Dieu directement et non d’un autre comme nous.

« JĂ©sus leur reprocha leur incrĂ©dulitĂ© et leur endurcissement parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscitĂ©. » C’est Ă  l’amour que nous aurons entre nous, cette foi les uns dans les autres que nous pourrons recevoir la foi de celui qui s’est fait l’un des nĂŽtres pour nous donner un cƓur nouveau.

JĂ©sus nous confie les uns aux autres pour faire avancer l’amour qu’il est venu semer en nous par son Esprit et rĂ©pandre la bonne nouvelle de la vie Ă©ternelle pour tous.

« Soutenu par la protection de Dieu, j'ai continué jusqu'à ce jour à rendre mon témoignage devant petits et grands, sans jamais rien dire en dehors de ce que les ProphÚtes et Moïse avaient déclaré devoir arriver, que le Christ souffrirait et que, ressuscité le premier d'entre les morts, il annoncerait la lumiÚre au peuple et aux nations païennes. » (Act 26, 22-23)

« Allez dans le monde entier. Proclamer la Bonne Nouvelle à toute la création. »

Il faudrait annoncer cette Bonne Nouvelle Ă  tous les Woody Allen de ce monde.

Normand Décary-Charpentier

5 avril, Jn 21, 1-14 : Jésus et les sonars

Avril 04, 2013 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :

JĂ©sus se manifesta encore aux disciples sur le bord du lac de TibĂ©riade, et voici comment. Il y avait Simon-Pierre, avec Thomas, dont le nom signifie « Jumeau », NathanaĂ«l, de Cana en GalilĂ©e, les fils de ZĂ©bĂ©dĂ©e, et deux autres disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais Ă  la pĂȘche. » Ils lui rĂ©pondent : « Nous allons avec toi. » Ils partirent et montĂšrent dans la barque; or, ils passĂšrent la nuit sans rien prendre.

Au lever du jour, JĂ©sus Ă©tait lĂ , sur le rivage, mais les disciples ne le savaient pas que c’était JĂ©sus. Il les appelle : « Les enfants, auriez-vous un peu de poisson? » Ils lui rĂ©pondent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet Ă  la droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetĂšrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas Ă  le ramener tellement il y avait de poisson.

Alors le disciple que JĂ©sus aimait dit Ă  Pierre : « C’est le Seigneur! » Quand Simon-Pierre l’entendit dĂ©clarer que c’était le Seigneur, il passa un vĂȘtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta Ă  l’eau.

Les autres disciples arrivent en barque, tirant le filet plein de poissons : la terre n’était qu’à une centaine de mĂštres. En dĂ©barquant sur le rivage, ils voient un feu de braise avec du poisson posĂ© dessus, et du pain. JĂ©sus leur dit : « Apportez donc de ce poisson que vous venez de prendre. » Simon-Pierre monta dans la barque et amena jusqu’à la terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgrĂ© cette quantitĂ©, le filet ne s’était pas dĂ©chirĂ©.

JĂ©sus dit alors : « Venez dĂ©jeuner. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu? » Ils savaient que c’était le Seigneur. JĂ©sus s’approche, prend le pain et le leur donne, ainsi que le poisson.

C’était la troisiĂšme fois que JĂ©sus ressuscitĂ© d’entre les morts se manifestait Ă  ses disciples.

Commentaires :

Aujourd’hui, lorsque les marins-pĂȘcheurs partent en mer, ils sont Ă©quipĂ©s de sonars pour dĂ©tecter les bancs de poissons et bien choisir l’endroit oĂč jeter les filets. Le poisson devient aussi visible qu’un troupeau de rennes dans une vaste plaine. Nous ne parlons plus de jeter les filets dans ce cas-ci, mais de les Ă©tendre comme une immense frontiĂšre encerclant les bancs de poissons. Le gigantesque filet formĂ© d’un rĂ©seau de mailles entrecroisĂ©es ne laissera Ă©chapper aucun individu lorsque la frontiĂšre s’avancera pour retourner au bateau. Avec ces Ă©quipements, les grandes surfaces de pĂȘche se vident de poisson et les pĂ©nuries seront inĂ©vitables dans les temps Ă  venir. Le poisson sera un vague souvenir dans les gĂ©nĂ©rations futures.

L’esprit de l’homme a planĂ© sur les eaux et il a trouvĂ© moyen de les vider pour son intĂ©rĂȘt immĂ©diat et de s’en fĂ©liciter. Avec sa technologie, il se croyait exempt d’implorer l’Esprit qui planait sur les eaux pour y dĂ©poser la vie en abondance, il se croyait libre de le reconnaitre sur le rivage pour trouver la juste mesure pour agir avec justice envers tous.

Aujourd’hui, le rire de ces vampires d’ocĂ©ans ne se fait plus entendre, car dans une mer vide, leurs filets sont aussi vides que leurs profits. Les pĂȘcheurs Ă  haute technologie sont maintenant devant un problĂšme plus important que lorsqu’ils se rendaient en mer en se remettant Ă  leur expĂ©rience. Ils doivent trouver les moyens pour redonner vie Ă  l’ocĂ©an qui leur fournit la nourriture pour vivre. Ce qui fait l’ampleur de ce problĂšme, c’est que personne ne peut tirer profit d’une telle dĂ©marche pour soi, cela doit profiter Ă  tous.

À pĂȘcher le poisson pour nourrir leurs coffres, ils ont transformĂ© la mer en « caverne de voleurs ». « Il est Ă©crit : Ma maison sera appelĂ©e une maison de priĂšre. Mais vous, vous en faites un repaire de brigands! » (Mt 21,13) Qu’avez-vous fait de la terre et de la mer et du ciel?

Qu’avez-vous fait? « YahvĂ© vit que la mĂ©chancetĂ© de l'homme Ă©tait grande sur la terre et que son coeur ne formait que de mauvais desseins Ă  longueur de journĂ©e. YahvĂ© se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre et il s'affligea dans son coeur. Et YahvĂ© dit : “Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j'ai créés — et avec les hommes, les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel —, car je me repens de les avoir faits. Mais NoĂ© avait trouvĂ© grĂące aux yeux de YahvĂ©.” (Gn 6, 5-7)

Dieu trouvait toujours moyen en son cƓur pour arrĂȘter son bras et ne pas laisser l’ĂȘtre humain s’autodĂ©truire par ses convoitises. NoĂ© trouva grĂące et Abraham, Isaac, Jacob et combien d’autres Ă  travers l’histoire. Ils sont tous morts et enterrĂ©s ces justes par la foi, engloutis dans les eaux de la mort.

Voici ce que Dieu, lui, a dĂ©cidĂ© de faire dans son grand amour gratuit et pour la multitude, sans oublier le plus petit. Il dĂ©cida d’engendrer son Fils unique dans la chair par la puissance de l’Esprit, cet Esprit qui planait sur les eaux Ă  l’origine de l’univers, pour recrĂ©er l’univers et la multitude de ces habitants, morts et vivants. Ce Fils, son unique, son bien-aimĂ©, en qui il a mis tout son amour : “à tous ceux qui l'ont accueilli, il a donnĂ© pouvoir de devenir enfants de Dieu, Ă  ceux qui croient en son nom, lui qui ne fut engendrĂ© ni du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu.” (Jn 1, 12-13) “Et le Verbe s'est fait chair et il a habitĂ© parmi nous, nous avons contemplĂ© sa gloire, gloire qu'il tient de son PĂšre comme Fils unique, plein de grĂące et de vĂ©ritĂ©.” (Jn 1, 14) “Oui, de sa plĂ©nitude nous avons tous reçu, et grĂące pour grĂące.” (Jn 1, 16)

Dieu a dĂ©cidĂ© de se faire l’un des nĂŽtres afin que la vie revienne et non seulement une longue vie, mais la vie Ă©ternelle. “Car Dieu a tant aimĂ© le monde qu'il a donnĂ© son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie Ă©ternelle. Car Dieu n'a pas envoyĂ© son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvĂ© par lui.” (Jn 3, 16-17) Il ne vient pas juger le pĂȘcheur qui se transforme en brigand pour vider l’ocĂ©an, il est venu lui redonner vie au moment oĂč il se meurt ainsi qu’à la terre nourriciĂšre.

Sept disciples retournent Ă  la pĂȘche Ă  l’invitation de Simon-Pierre. Toute la nuit, ils lancent les filets et les ramĂšnent sans rien prendre.

Au lever du jour, le courage baisse en eux devant les filets vides. JĂ©sus, le Fils de Dieu, le Verbe fait chair Ă©tait lĂ  sur le rivage. Il Ă©tait venu pour ĂȘtre lĂ  au milieu de nous, toujours pour ramener la vie et le courage devant le vide, la mort, le nĂ©ant. Il Ă©tait lĂ  sur le rivage aprĂšs avoir Ă©tĂ© sur les rivages de la mort faire lever l’aube nouvelle pour tous les NoĂ© et Abraham et les autres qui l’attendaient.

JĂ©sus Ă©tait lĂ , celui qui Ă©tait mort sur la croix, celui qui Ă©tait sorti vainqueur du tombeau par la puissance de l’Esprit de vie, il Ă©tait lĂ  et les disciples ne savaient pas que c’était lui. Le Fils de Dieu sur le rivage, lui qui marche sur les eaux, lui qui est le crĂ©ateur des eaux, qui pourrait croire que le Fils de Dieu, l’Éternel se promĂšne sans vĂȘtements rutilants comme les rois, sans armĂ©es, sans gardes, sans serviteurs. Il est lĂ , Ă  les appeler du rivage, sans artifice, sans apparence. Cette humilitĂ© crie la saintetĂ© de Dieu et sa justice : “Notre PĂšre qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifiĂ©.” Vraiment, comment pourrions-nous craindre un Dieu si humble, si doux, un Dieu qui se fait si petit, un Dieu qui prend sur lui nos condamnations, nos blessures? Y a-t-il quelque chose qui peut crier plus fort de vĂ©ritĂ© que cette humilitĂ©, cette douceur de celui qui Ă©tait avant que le monde soit? “Je ne suis nĂ©, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre tĂ©moignage Ă  la vĂ©ritĂ©. Quiconque est de la vĂ©ritĂ© Ă©coute ma voix.” Pilate lui dit : “Qu'est-ce que la vĂ©ritĂ©?” (Jn 18, 37-38) La vĂ©ritĂ© est amour de don, elle est humilitĂ©, douceur, bontĂ©, misĂ©ricorde, elle est vie : “Le voleur ne vient que pour voler, Ă©gorger et faire pĂ©rir. Moi, je suis venu pour qu'on ait la vie et qu'on l'ait surabondante.” (Jn 10, 10) La vĂ©ritĂ© est lumiĂšre et tout comme la lumiĂšre, elle s’impose sans bruit et en silence, sans dire un mot : “Moi, lumiĂšre, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les tĂ©nĂšbres. (Jn 12, 46) JĂ©sus est venu pour nous faire voir que nous ne voyons pas, mĂȘme avec nos sonars et que pour voir c’est par lui que nous le pourrons afin de demeurer en vie et donner la vie : ‘C'est pour un discernement que je suis venu en ce monde : pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles.’ (Jn 9, 39)

JĂ©sus voit que les disciples rentrent bredouille de la pĂȘche et pourtant, pour se faire reconnaitre en ouvrant leur regard de foi, il leur dit : ‘Les enfants, auriez-vous un peu de poisson? ’ Ils lui rĂ©pondent : ‘Non.’ À cette rĂ©ponse, JĂ©sus les invite Ă  ouvrir les yeux de la foi : ‘Jetez le filet Ă  la droite de la barque, et vous trouverez.’

Sans hĂ©siter, se relevant de la fatigue de la nuit, ils jettent le filet, lĂ  oĂč ils sont et cette fois le filet se remplit Ă  rebord.

Celui qui est mort et qui est revenu Ă  la vie ramĂšne la vie dans les ocĂ©ans vides et Jean  reconnait JĂ©sus, celui qui a allumĂ© ce feu qui brule en lui, ce feu de sa rĂ©surrection aprĂšs sa mort horrible. ‘Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que dĂ©jĂ  il fĂ»t allumĂ©! Je dois ĂȘtre baptisĂ© d'un baptĂȘme, et quelle n'est pas mon angoisse jusqu'Ă  ce qu'il soit consommĂ©! ’ (Lc 12, 49-50)

Pierre se jette nu dans la mer de larmes qu’il a versĂ©es pour aller vers JĂ©sus. Il n’a aucune crainte de se retrouver en sa prĂ©sence, malgrĂ© son reniement, il se sait aimĂ© d’un amour dont il veut aimer et mourir d’amour pour aller le rejoindre.

En dĂ©barquant sur le rivage, lui le pĂȘcheur sans poisson pour se nourrir, voit un feu de braise, ce cƓur de braise de JĂ©sus qui dĂ©jĂ  a dressĂ© la table pour se donner en nourriture afin que nous participions Ă  sa vie. Il y a tant Ă  comprendre sur l’amour pour nos pauvres cƓurs qui aiment si mal, si pauvrement, il y a tant d’amour Ă  recevoir que nous n’y parvenons pas sans sa grĂące pour nous permettre de recevoir cet amour. Le pain, le poisson, le feu de braise, le filet dĂ©bordant de poissons, le filet qui ne dĂ©chire pas, il y a tant d’amour. ‘Apportez donc de ce poisson que vous venez de prendre.’ dit JĂ©sus. Mais c’est lui qui a pris ce poisson, eux ils rentraient Ă  la maison aprĂšs avoir renoncĂ© Ă  jeter les filets. Quelle humilitĂ© de la part de celui qui a pris sur lui toutes nos blessures et qui a fait de ses blessures, des ocĂ©ans de guĂ©rison pour les nĂŽtres!

‘Venez dĂ©jeuner.’ Devant tant de saintetĂ©, les disciples sont muets, car ils voient que c’est lui qui vient encore se donner et nous donner. Aucun reproche dans sa bouche pour leur fuite, pour leur difficultĂ© Ă  le reconnaitre.

JĂ©sus prend le poisson et le pain et il les servait. Encore une fois, il est lĂ  Ă  servir et Ă  donner, Ă  se donner, tout comme il le fait dans l’Eucharistie des milliers de fois par jour Ă  travers le monde. ‘Si donc je vous ai lavĂ© les pieds, moi le Seigneur et le Maitre, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.’ (Jn 13, 14) Si donc, je prĂ©pare pour vous le repas, vous devez vous aussi servir les autres avec la nourriture que je vous donne. ‘Que vos reins soient ceints et vos lampes allumĂ©es.’ (Lc 12, 35)

‘C’était la troisiĂšme fois que JĂ©sus ressuscitĂ© d’entre les morts se manifestait Ă  ses disciples.’ JĂ©sus devenait de plus en plus prĂ©sent aux yeux des disciples dans leurs cƓurs. La vie nouvelle courait en eux et la lumiĂšre de la rĂ©surrection, ils la voyaient de plus en plus, en chaque feuille, chaque goutte d’eau de la mer, chaque Ă©caille du poisson, chaque miette de pain, chaque cheveu tombĂ© de leur tĂȘte. Rien ne pouvait plus les sĂ©parer de l’amour dont ils Ă©taient aimĂ©s et tout devenait prĂ©texte Ă  vivre de cet amour et Ă  faire comme JĂ©sus faisait pour eux.

Normand Décary-Charpentier

4 avril, Lc 24, 35-48 : Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire!

Avril 04, 2013 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :

Les disciples qui rentraient d’EmmaĂŒs racontaient aux onze ApĂŽtres et Ă  leurs compagnons ce qui s’était passĂ© sur la route, et comment ils avaient reconnu le Seigneur quand il avait rompu le pain.

Comme ils en parlaient encore, lui-mĂȘme Ă©tait lĂ  au milieu d’eux, et il leur dit : « La paix soit avec vous. » FrappĂ©s de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. JĂ©sus leur dit : « Pourquoi ĂȘtes-vous bouleversĂ©s? Et pourquoi ces pensĂ©es qui surgissent en vous? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. » AprĂšs cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement.

JĂ©sus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose Ă  manger? » Ils lui offrirent un morceau de poisson grillĂ©. Il le prit et le mangea devant eux. Puis il dĂ©clara : « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : il fallait que s’accomplisse tout ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit de moi dans la Loi de MoĂŻse, les ProphĂštes et les Psaumes. »

Alors il leur ouvrit l’esprit Ă  l’intelligence des Écritures. Il conclut : « C’est bien ce qui Ă©tait annoncĂ© par l’Écriture : les souffrances du Messie, sa rĂ©surrection d’entre les morts le troisiĂšme jour, et la conversion proclamĂ©e en son nom pour le pardon des pĂ©chĂ©s, Ă  toutes les nations, en commençant par JĂ©rusalem. C’est vous qui en ĂȘtes les tĂ©moins. »

Commentaires :

Les disciples qui rentraient d’EmmaĂŒs racontaient tout joyeux aux onze ApĂŽtres et à leurs compagnons encore sous l’emprise de la tristesse ce qui s’était passĂ© sur la route. Ils n’ont pas le cƓur Ă  la fĂȘte et pourtant, Ă  les entendre, ils frissonnent d’émoi, leurs yeux se remplissent d’étoiles et se mĂȘlent aux larmes encore prĂ©sentes dans le coin de leurs yeux. La maniĂšre dont ils racontent l’avoir reconnu les transporte au soir de la derniĂšre CĂšne lorsque JĂ©sus : « prenant du pain, il rendit grĂąces, le rompit et le leur donna, en disant : “Ceci est mon corps, donnĂ© pour vous; faites cela en mĂ©moire de moi.” Il fit de mĂȘme pour la coupe aprĂšs le repas, disant : “Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, versĂ© pour vous.” » (Jn 22, 19-20) Il n’y a que JĂ©sus qui puisse faire ce geste et c’est bien Ă  ce moment que les disciples le reconnaissent et qu’en mĂȘme temps JĂ©sus disparaĂźt. « N’est-ce pas sa prĂ©sence nouvelle parmi eux maintenant »? se disent les uns en eux-mĂȘmes. Des Ă©tincelles de lumiĂšre frappent leurs raisons. Les regards se lĂšvent comme ceux de l’esclave qui retrouve sa libertĂ©. Les yeux s’éclairent d’une lumiĂšre nouvelle, l’eau salĂ©e des larmes se dissout et une rosĂ©e de joie baigne les yeux dans cette aube. La commissure des lĂšvres se fend pour laisser apparaĂźtre les premiers traits de sourire comme si la bouche arrivait mal Ă  retenir la joie qui voulait jaillir.

Pierre, Jacques et Jean se lancent un regard furtif. Ils comprennent qu’ils ont le mĂȘme souvenir en tĂȘte. Ce jour oĂč JĂ©sus a Ă©tĂ© transfigurĂ© et de l’ordre qu’il leur a adressĂ© Ă  ce sujet : « Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter Ă  personne ce qu'ils avaient vu, si ce n'est quand le Fils de l'homme serait ressuscitĂ© d'entre les morts. Ils gardĂšrent la recommandation, tout en se demandant entre eux ce que signifiait “ressusciter d'entre les morts” ». (Mc 9, 9-10) La rĂ©surrection des morts! Ils leur semblaient comprendre ce mot de rĂ©surrection cette fois, mais la raison ne suivait pas. Ils avaient pourtant vu le pain se multiplier et le poisson, ils avaient vu JĂ©sus marcher sur les eaux, remplir leurs filets, redonner vie Ă  Lazare qui dĂ©gageait les odeurs de la mort, il l’avait vu transfigurĂ©, mais lĂ , de revenir de la mort Ă  la vie, c’était inconcevable Ă  un mortel. Abraham, tout comme MoĂŻse, les prophĂštes et tous les justes sont toujours sous terre et rien ne peut les en sortir.

Tant que le malheur ne nous est pas arrivĂ©, nous croyons toujours qu’il n’est que pour les autres. Alors, imaginons Ă  quel point nous avons de la difficultĂ© Ă  croire ce que personne n’a vĂ©cu sur cette terre. Les disciples ne se refusent pas d’y croire, c’est la tĂȘte qui ne suit pas le cƓur qui, lui, veut y croire. De lĂ , tout le danger de perdre la tĂȘte devant une telle nouvelle et se faire croire des choses pour Ă©loigner la peine de la perte d’un ĂȘtre cher ou encore l’angoisse de la mort.

Pourtant chez les ApĂŽtres, devant le tĂ©moignage ardent des disciples, le doute persiste. C’est tellement incroyable. NathanaĂ«l se souvient lorsque JĂ©sus lui avait dit : « Parce que je t'ai dit : “Je t'ai vu sous le figuier”, tu crois! Tu verras mieux encore. » Et il lui dit : « En vĂ©ritĂ©, en vĂ©ritĂ©, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme. » (Jn 1, 50-51)

La croix, se dit-il, ne serait-ce pas cette Ă©chelle qui ouvre le ciel et oĂč les anges montent et descendent au-dessus du Fils de l’homme pour apporter au PĂšre la moindre goutte de son sang, la moindre sueur, la moindre larme, la plus petite Ă©corchure de sa chair et l’offrir pour nous racheter Ă  la mort?

Les esprits des ApĂŽtres s’enfoncent dans le passĂ©, les paroles vivantes de JĂ©sus reviennent Ă  la mĂ©moire et crient en eux : « De mĂȘme que le PĂšre, qui est vivant, m'a envoyĂ© et que je vis par le PĂšre, de mĂȘme celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Voici le pain descendu du ciel; il n'est pas comme celui qu'ont mangĂ© les pĂšres et ils sont morts; qui mange ce pain vivra Ă  jamais. » (Jn 6, 57-58) « Je suis la rĂ©surrection. Qui croit en moi, mĂȘme s'il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu? » (Jn 11, 25-26)

Un tourbillon d’interrogations, de souvenirs, de paroles semblait les emporter dans une discussion sans fin. Ils ne parvenaient pas Ă  se donner une preuve palpable afin de s’accrocher et de se donner du courage pour aller au-dehors l’annoncer. Ils touchaient Ă  une rĂ©alitĂ©, ils le sentaient bien, mais elle dĂ©bordait les apparences, elle demeurait invisible.

Tout Ă  coup, sans avertissement, JĂ©sus est au milieu d’eux, tout comme il Ă©tait devant eux dans la tempĂȘte, marchant sur les eaux. Comment ne pas ĂȘtre pris de stupeur et de crainte devant l’impossible? La raison, mĂȘme en le voyant, ne peut croire Ă  ce qui dĂ©borde ses lois. Une pierre lancĂ©e retombe par terre, elle ne continue pas sa course Ă  l’infini. Un homme mort depuis trois jours, qui a Ă©tĂ© dĂ©posĂ© dans un tombeau fermĂ© par une grosse pierre et en plus gardĂ© par des soldats pour que ce corps y reste, cet homme ne peut pas ĂȘtre lĂ  devant eux.

Les disciples ont bien reconnu la voix de JĂ©sus et ces mots qui revenaient sans cesse Ă  sa bouche : « La paix soit avec vous. »  La stupeur ne vient pas seulement du fait qu’un mort soit lĂ  devant eux Ă  leur parler. Mais que JĂ©sus revienne vers eux avec des paroles de paix. Ils l’ont abandonnĂ©, reniĂ©, trahi. Ils Ă©taient convaincus que JĂ©sus avait perdu aux mains des autoritĂ©s et de la mort et que leur sort pouvait ĂȘtre le mĂȘme s’ils ne se cachaient pas.

Moralement, ils ne sont pas trùs fiers d’eux, mais leur amour pour lui ne fait pas de doute, c’est pourquoi ils sont toujours là à se rassembler en son nom, mais avec la peur comme compagne.

À voir JĂ©sus au milieu d’eux, c’est la stupeur qui s’ajoute Ă  la peur. La stupeur est un Ă©tat de relĂąchement et d’insensibilitĂ© profonde dĂ» Ă  une paralysie gĂ©nĂ©rale devant un fait. Devant JĂ©sus au milieu d’eux, ils se croient dans un monde irrĂ©el. Ils ne bougent plus, ils ne pensent plus, ils ne ressentent plus rien, ils sont figĂ©s comme des statues. La seule explication qui vient Ă  leur esprit pour se rassurer c’est qu’ils se trouvent devant un esprit. Dieu est Esprit, mais il a pris chair par l’Esprit de Dieu afin venir donner le pouvoir aux ĂȘtres de chair que nous sommes de devenir enfants de Dieu. Cette chair de Dieu qui a grandi dans le sein de la vierge Marie est bien rĂ©elle et c’est toute une grĂące pour nous qu’il en soit ainsi. Les disciples ne voient pas encore cette plĂ©nitude de grĂące en JĂ©sus ressuscitĂ©, ils le verront bientĂŽt et ce jour-lĂ , ils ne craindront plus la mort et ceux qui la donnent. Écoutez Jean chanter la gloire du Verbe fait chair : « Mais Ă  tous ceux qui l'ont accueilli, il a donnĂ© pouvoir de devenir enfants de Dieu, Ă  ceux qui croient en son nom, lui qui ne fut engendrĂ© ni du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu. Et le Verbe s'est fait chair et il a habitĂ© parmi nous, et nous avons contemplĂ© sa gloire, gloire qu'il tient de son PĂšre comme Fils unique, plein de grĂące et de vĂ©ritĂ©. » (Jn 1, 12-14)

« Pourquoi ĂȘtes-vous bouleversĂ©s? Et pourquoi ces pensĂ©es qui surgissent en vous? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. »

Touchez-moi, c’est pour vous que j’ai pris cette chair afin que je puisse l’offrir pour vous et vos enfants et rendre la vie Ă  vos corps mortels, les introduire dans la vie Ă©ternelle et vous rendre vos bras pour vous Ă©treindre, vos lĂšvres pour vous embrasser, vos yeux pour vous Ă©merveiller, vos cƓurs pour brĂ»ler d’amour.

Touchez-moi, regardez les marques sur mes mains, mes pieds, mon cƓur, ces marques qui sont la signature de mon identitĂ© de Fils de l’homme se livrant en rançon pour vous.

Les disciples ne parviennent pas Ă  sortir de leur engourdissement, ils sont toujours profondĂ©ment insensibles, sans mouvement. Ils n’osent le toucher, ils n’arrivent pas Ă  croire ce qu’ils voient. Ils sont paralysĂ©s d’étonnement.

JĂ©sus, pour les libĂ©rer de cette stupeur, leur demande quelque chose Ă  manger afin de leur faire franchir la distance entre lui et eux dans la rĂ©alitĂ©. Il demande du poisson. Ils toucheront le poisson qui est bien dans la rĂ©alitĂ© et ils le donneront Ă  JĂ©sus qu’ils verront le manger, ce poisson. Cela donne au cƓur le pont de la raison pour traverser vers l’impossible, rendu possible par la puissance de Dieu. Devant JĂ©sus qui mange le poisson, les esprits des disciples reprennent de la vitalitĂ©. Alors JĂ©sus leur ouvre l’esprit Ă  l’intelligence des Écritures, que tout ce qui s’est passĂ©, son incarnation, ses souffrances, sa mort, sa rĂ©surrection, Ă©taient annoncĂ© par l’Écriture. Tout ce qui se dĂ©roule devant vous, c’est la rĂ©alitĂ© et la raison y trouvera la plĂ©nitude de la joie lorsque l’Amour Ă©tablira son rĂšgne par JĂ©sus venu dans ce monde. Pour un temps, ce sera avec un regard de foi, mais viendra le temps du jugement oĂč le premier-nĂ© d’entre les morts dĂ©voilera sa gloire sur le trĂŽne de Dieu comme Agneau ImmolĂ©. Personne ne pourra demeurer debout devant cet amour et chacun y trouvera la mesure de la justice qu’il a exercĂ©e envers les autres.

« La charitĂ© ne passe jamais. Les prophĂ©ties? elles disparaĂźtront. Les langues? elles se tairont. La science? elle disparaĂźtra. Car partielle est notre science, partielle aussi notre prophĂ©tie. Mais quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaĂźtra. Lorsque j'Ă©tais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant; une fois devenu homme, j'ai fait disparaĂźtre ce qui Ă©tait de l'enfant. Car nous voyons, Ă  prĂ©sent, dans un miroir, en Ă©nigme, mais alors ce sera face Ă  face. À prĂ©sent, je connais d'une maniĂšre partielle; mais alors je connaĂźtrai comme je suis connu. Maintenant donc demeurent foi, espĂ©rance, charitĂ©, ces trois choses, mais la plus grande d'entre elles, c'est la charitĂ©. » (1 Cor 13, 8-13)

« C’est vous qui en ĂȘtes les tĂ©moins, » de cet amour bien rĂ©el!

« Seigneur, quand nous est-il arrivĂ© de te voir affamĂ© et de te nourrir, assoiffĂ©, et de te dĂ©saltĂ©rer, Ă©tranger, et de t'accueillir, nu, et de te vĂȘtir, malade ou prisonnier, et de venir te voir? » Et le Roi leur fera cette rĂ©ponse : « En vĂ©ritĂ© je vous le dis, dans la mesure oĂč vous l'avez fait Ă  l'un de ces plus petits de mes frĂšres, c'est Ă  moi que vous l'avez fait. » (Mt 25, 37-40)

Normand Décary-Charpentier


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