5 dĂ©c, Lc 5, 17-26 : À l’instant mĂȘme, celui-ci se leva devant eux


Décembre 04, 2011 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :

Un jour que JĂ©sus enseignait, il y avait dans l’assistance des pharisiens et des docteurs de la Loi, venus de tous les villages de GalilĂ©e et de JudĂ©e, ainsi que de JĂ©rusalem; et la puissance du Seigneur Ă©tait Ă  l’Ɠuvre pour lui faire opĂ©rer des guĂ©risons. Arrivent des gens, portant sur une civiĂšre un homme qui Ă©tait paralysĂ©; ils cherchaient Ă  le faire entrer pour le placer devant JĂ©sus. Mais, ne voyant pas comment faire Ă  cause de la foule, ils montĂšrent sur le toit et, en Ă©cartant les tuiles, ils le firent descendre avec sa civiĂšre en plein milieu devant JĂ©sus. Voyant leur foi, il dit : « Tes pĂ©chĂ©s te sont pardonnĂ©s. » Les scribes et les pharisiens se mirent Ă  penser : « Quel est cet homme qui dit des blasphĂšmes? Qui donc peut pardonner les pĂ©chĂ©s, sinon Dieu seul? » Mais JĂ©sus, saisissant leurs raisonnements, leur rĂ©pondit : « Pourquoi tenir ces raisonnements? Qu’est-ce qui est le plus facile? De dire : < Tes pĂ©chĂ©s te sont pardonnĂ©s>, ou bien de dire : < LĂšve-toi et marche>? Eh bien! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur terre le pouvoir de pardonner les pĂ©chĂ©s, je te l’ordonne, dit-il au paralysé : LĂšve-toi, prends ta civiĂšre et retourne chez toi. » À l’instant mĂȘme, celui-ci se leva devant eux, il prit ce qui lui servait de lit et s’en alla chez lui en rendant gloire Ă  Dieu. Tous furent saisis de stupeur et ils rendaient gloire Ă  Dieu. Remplis de crainte, ils disaient : « Aujourd’hui nous avons vu des choses extraordinaires! »

Commentaires :

JĂ©sus gagnait de plus en plus la faveur des gens. Sa parole apaisait les cƓurs, nourrissait les esprits affamĂ©s de justice, de paix, rendait Ă  chacun sans exception sa dignitĂ©, du plus pauvre aux plus exclus. Il y avait un esprit d’unitĂ© qui se crĂ©ait dans la foule qui venait l’entendre, un esprit de famille. Les divisions se dissipaient entre les diffĂ©rents participants. Celui qui se prĂ©tendait pur n’osait refouler celui qu’il considĂ©rait impur. Le rejetĂ© s’approchait en toute confiance, il relevait la tĂȘte.

« Or, la nouvelle se rĂ©pandait de plus en plus Ă  son sujet, et des foules nombreuses s'assemblaient pour l'entendre et se faire guĂ©rir de leurs maladies. Mais lui se tenait retirĂ© dans les dĂ©serts et priait. » (Lc 5, 15-16) Il se retirait pour se rapprocher toujours plus du but de sa venue dans la chair en ce monde. « Dieu a tant aimĂ© le monde qu'il a livrĂ© son Fils unique : afin que tout homme qui croit en lui ne pĂ©rira pas, mais il obtiendra la vie Ă©ternelle » (Jn 3, 16) « Voici l'Agneau de Dieu, Celui qui ĂŽte le pĂ©chĂ© du monde ». (Jn 1, 29) Il ĂŽte le pĂ©chĂ© en le prenant sur lui. JĂ©sus se retirait dans les dĂ©serts pour prier et brĂ»ler de cet amour du PĂšre dans l’Esprit, brĂ»ler d’un feu de vie. Le prophĂšte IsaĂŻe l’avait bien dit : « Vraiment c'Ă©tait nos maladies qu'il portait, et nos douleurs dont il s'Ă©tait chargĂ©... Le chĂątiment qui nous donne la paix a Ă©tĂ© sur lui, et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guĂ©ris. (Is 53, 4-6) JĂ©sus entre dans le feu de nos douleurs pour allumer le feu de l’amour du PĂšre qui nous guidera dans les tĂ©nĂšbres de ce monde vers les chemins de la paix. Qui peut s’unir Ă  lui dans cet amour de don lorsqu’il revient vers les foules de plus en plus nombreuses autour de lui? Qui peut voir ce qu’il voit lorsqu’il regarde cette foule de pĂ©cheurs devant lui? Il n’y a pas de diffĂ©rence entre tous ces gens dans la foule : “Car tous ont pĂ©chĂ© et sont privĂ©s de la gloire de Dieu.” (Ro 3, 23) JĂ©sus voit ces liens qui attachent chacun Ă  l’emprise du mal et de la mort. Il voit l’hypocrisie des pharisiens qui viennent l’écouter, il voit au-delĂ  des belles apparences que veulent donner les sĂ©pulcres blanchis, il voit ces visages Ă  deux faces, ces yeux meurtriers. JĂ©sus voit le pĂ©chĂ© qui nous lie, qui nous empĂȘche de trouver notre libertĂ© et d’entrer dans l’unitĂ© du PĂšre par le Fils et dans l’Esprit. JĂ©sus voit le drame de la nature humaine sans le PĂšre et la catastrophe pour un ĂȘtre humain de perdre Ă  jamais cette relation. Il voit le malheur indicible de l’ñme seule qui cherche Ă  trouver l’impossible libertĂ© au milieu de tous les mensonges, les injustices, les envies, les cupiditĂ©s, les rires. JĂ©sus voit ce qui doit ĂȘtre guĂ©ri en chacun et que c’est par lui qu’ils “sont justifiĂ©s par la faveur de sa grĂące en vertu de la rĂ©demption accomplie dans le Christ JĂ©sus : Car Dieu a exposĂ© le Christ sur la croix afin que, par l'offrande de son sang, il soit le pardon pour ceux qui croient en lui. (
)Telle est sa maniĂšre d'ĂȘtre juste et de rendre juste celui qui met sa foi en JĂ©sus.” (Ro 3, 24-25.26b) JĂ©sus voit ce que sont les vraies souffrances, ces douleurs sans fin qui sont notre hĂ©ritage en nous Ă©loignant de lui et c’est cette maladie en nous qu’il veut prendre sur lui. “Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos pĂ©chĂ©s; car, si vous ne croyez pas que Je suis, vous mourrez dans votre pĂ©chĂ©.” (Jn 8,25) Mourir dans cette rupture avec Dieu, dans cette relation au PĂšre, c’est affronter l’éternitĂ© tout seul, loin de tout lien, de cette solitude dont nous souffrons dĂ©jĂ  en ce monde dans le pĂ©chĂ©. “Si le grain de blĂ© tombĂ© en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perd; celui qui s’en dĂ©tache en ce monde la garde pour la vie Ă©ternelle.” (Jn 12, 24) Il nous invite Ă  nous dĂ©tacher de notre vie de pĂ©cheur pour entrer dans la vie de foi en celui qui nous apporte la grĂące de vivre dans l’unitĂ© avec le PĂšre, dans l’Esprit.

JĂ©sus voit chacun dans ses liens de mort et de division avec Dieu et les autres, il voit ces entraves aux pieds, ces paralysies pour sourire, ces handicaps pour donner la main, pour se lever pour aller vers l’autre. JĂ©sus voit et il brĂ»le du dĂ©sir de nous soigner et prendre sur lui toutes nos fautes pour nous rendre la libertĂ© des enfants de Dieu, pour donner le pouvoir de devenir enfants de Dieu par lui.

JĂ©sus est revenu de sa priĂšre, il est au milieu de la foule. Dans l’assistance il voit les pharisiens et les docteurs de la Loi, il voit bien dans leurs bouches toutes les vipĂšres, il voit leurs dents de loup prĂȘt Ă  dĂ©vorer, il voit les chaĂźnes d’un autre, la division entre tous dans cette foule.

Ils arrivent des gens, portant sur une civiĂšre un homme qui Ă©tait paralysé  Ces hommes dĂ©cident de percer le toit pour faire descendre le paralysĂ© en plein milieu devant JĂ©sus. JĂ©sus en les voyant, voit leur foi en lui pour guĂ©rir leur ami. Croyez-vous que JĂ©sus s’empressera de guĂ©rir le corps de ce paralysĂ©? Il voudra guĂ©rir l’ensemble des gens qui sont lĂ  et les pharisiens aussi en guĂ©rissant le paralysĂ© de ce qui peut lui faire perdre sa relation Ă  Dieu et Ă  tous les autres pour l’éternitĂ©. Quelle joie pour JĂ©sus de dire Ă  cet homme : “Tes pĂ©chĂ©s te sont pardonnĂ©s.” Quelle joie de lui donner le pouvoir de devenir enfant de Dieu et de l’enlever au pouvoir de la mort!

“Je paierai la rançon de ta dĂ©tention de cette paralysie de ton Ăąme, je brĂ»le de la payer pour que tu retrouves la paix et la libertĂ© du cƓur pour aimer comme un fou.”  JĂ©sus s’attend bien Ă  la rĂ©action des pharisiens, il voit dĂ©jĂ  les vipĂšres bouger, les flĂšches sortir des carquois, il voit les yeux qui s’enflamment, les vocifĂ©rations intĂ©rieures, il entend les chaĂźnes, le crĂ©pitement des feux de la haine.

“Quel est cet homme qui dit des blasphĂšmes? Qui donc peut pardonner les pĂ©chĂ©s, sinon Dieu seul?” Ils devraient ĂȘtre heureux que Dieu envoie son Fils pour prendre sur lui les pĂ©chĂ©s dont la Loi Ă©crite sur la pierre ne peut parvenir Ă  les libĂ©rer. JĂ©sus voit le drame du devenir de ces hommes privĂ©s de sa grĂące que le don de sa vie leur apporte. Il voudrait les supplier de l’entendre. Il posera un geste pour ouvrir le toit de leur esprit. Il passera par le corps de ce paralysĂ©, il le fera au milieu d’eux pour tĂ©moigner que la bontĂ© de Dieu est prĂ©sente parmi eux. Il leur manifestera qu’il vient les libĂ©rer des entraves du pĂ©chĂ© et de ce qui peut leur faire perdre le PĂšre pour l’éternitĂ©.

“Pourquoi tenir ces raisonnements? Qu’est-ce qui est le plus facile? De dire : < Tes pĂ©chĂ©s te sont pardonnĂ©s>, ou bien de dire : < LĂšve-toi et marche>? Le Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les pĂ©chĂ©s, il a ce pouvoir et heureux sommes-nous qu’il le dĂ©tienne, car c’est ainsi que nous avons le pouvoir de devenir enfants de Dieu, de renaĂźtre Ă  la vie de l’Esprit. Quelle merveille! Le Fils de l’homme dĂ©tient ce pouvoir de libĂ©rer l’ĂȘtre humain pour l’éternitĂ©! Quel bonheur! L’éternitĂ© ne suffira pas pour rendre grĂące Ă  Dieu de ce don, de cet amour.

LĂšve-toi et marche, levez-vous de vos tombeaux, de vos sĂ©pulcres blanchis, levez-vous et allez vers les autres annoncez la Bonne Nouvelle que le Royaume de Dieu est parmi vous, en vous. En voyant le paralysĂ© se lever, en contemplant son visage rayonnant de la lumiĂšre du pardon, son sourire, ses yeux brĂ»lant de gratitude envers JĂ©sus, les gens dans la foule Ă©taient saisis d’un Ă©merveillement inattendu. Leur bouche se remplissait de joie, leurs lĂšvres ne pouvaient se retenir de chanter la gloire de Dieu, leurs cƓurs brĂ»laient d’un feu qui les rapprochaient les uns des autres. Devant tant de merveilles dont ils Ă©taient les tĂ©moins, ils ne savaient plus trop quoi faire d’un tel don. Une crainte les envahissait, une crainte d’avoir Ă  se convertir, Ă  se repentir, Ă  se mettre Ă  la suite de cet homme. Ils ne trouvaient qu’à dire : ‘Aujourd’hui nous avons vu des choses extraordinaires! ’

Normand Décary-Charpentier

4 dĂ©c, Mc 1, 1-8 : L’eau de la repentance et l’eau de l’Esprit

Décembre 03, 2011 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :

Commencement de la Bonne Nouvelle de JĂ©sus-Christ, le Fils de Dieu. Il Ă©tait Ă©crit dans le livre d’IsaĂŻe : Voici que j’envoie mon messager devant toi, pour prĂ©parer ta route. À travers le dĂ©sert, une voix crie : PrĂ©parez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Et Jean le Baptiste parut dans le dĂ©sert. Il proclamait un baptĂȘme de conversion pour le pardon des pĂ©chĂ©s.

Toute la JudĂ©e, tout JĂ©rusalem, venait Ă  lui. Tous se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain, en reconnaissant leurs pĂ©chĂ©s. Jean Ă©tait vĂȘtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins, et il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait : « Voici venir derriĂšre moi celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber Ă  ses pieds pour dĂ©faire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisĂ©s dans l’eau; lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint. »

Commentaires :

Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, car « Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumiÚre des hommes. Et la lumiÚre luit dans les ténÚbres et les ténÚbres ne l'ont pas saisie. » (Jn 1, 1-5) Commencement de la Bonne Nouvelle qui vient du Verbe fait chair, de Celui qui est « le Commencement et la Fin. » « Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. Heureux ceux qui lavent leurs robes; ils pourront disposer de l'arbre de Vie, et pénétrer dans la Cité, par les portes. » (Ap 22. 13-14)

Comment se fait-il que cette Bonne Nouvelle des bonnes nouvelles, la seule bonne nouvelle qui puisse ĂȘtre, puisqu’elle donne de renaĂźtre Ă  la vie Ă©ternelle et d’entrer en communion avec tous dans la paix et la joie, comment se fait-il que les tĂ©nĂšbres n’aient pas saisi cette Bonne Nouvelle? « Il Ă©tait dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas accueilli. » (Jn 1, 10-11) Comment se fait-il que le monde ne parvienne pas Ă  reconnaĂźtre et accueillir celui qui est leur commencement? Comment ceux qui ne sont pas Ă  l’origine du monde peuvent-ils s’approprier le monde et s’en faire les maĂźtres? Comment ceux qui ont une fin dĂšs leur naissance peuvent-ils se faire croire qu’ils sont les rois d’un univers sans fin? Comment peuvent-ils ĂȘtre si aveugles et si hostiles Ă  celui qui vient leur « donner le pouvoir de devenir enfants de Dieu »? (Jn 1, 12) Comment peuvent-ils ignorer celui « qui ne fut engendrĂ© ni du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu. » (Jn 1, 13) Je ne dis pas « pourquoi » ils n’arrivent pas Ă  reconnaĂźtre celui qui vient au nom de Dieu, je dis « comment », car tout en mis en place pour que nous parvenions Ă  le reconnaĂźtre dans les merveilles de l’histoire sainte qu’il vit avec nous Ă  chaque instant. Comment ne pas entrevoir Dieu avec son intelligence en contemplant sa crĂ©ation : « Ce qu'il a d'invisible depuis la crĂ©ation du monde se laisse voir Ă  l'intelligence Ă  travers ses oeuvres, son Ă©ternelle puissance et sa divinitĂ©, en sorte qu'ils sont inexcusables; puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme Ă  un Dieu gloire ou actions de grĂąces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur coeur inintelligent s'est entĂ©nĂ©bré : dans leur prĂ©tention Ă  la sagesse, ils sont devenus fous et ils ont changĂ© la gloire du Dieu incorruptible contre une reprĂ©sentation, simple image d'hommes corruptibles, d'oiseaux, de quadrupĂšdes, de reptiles. » (Ro 1, 20-23) Comment ne pas accueillir celui qui vient au nom de Dieu en s’abreuvant de l’histoire sainte dans les Écritures? « O. coeurs sans intelligence, lents Ă  croire Ă  tout ce qu'ont annoncĂ© les ProphĂštes! Ne fallait-il pas que le Christ endurĂąt ces souffrances pour entrer dans sa gloire? »  Et, commençant par MoĂŻse et parcourant tous les ProphĂštes, il leur interprĂ©ta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. » (Lc 24, 25-27)

Comment et pourquoi sommes-nous si rĂ©sistants Ă  la Bonne Nouvelle de JĂ©sus-Christ, le Fils de Dieu qui vient nous donner le pouvoir de devenir enfants de Dieu? Tout comme les gens Ă  l’époque de JĂ©sus, nous n’avons plus le sentiment du pĂ©chĂ©, de cette rupture avec la vie, l’amour, l’unitĂ© dans la paix. Tout comme les pharisiens, nous pensons ĂȘtre justes, nous pensons ĂȘtre de grands raisonneurs, des savants et que nous n’avons pas besoin de sauveur. « OĂč est-il, le sage? OĂč est-il, l'homme cultivĂ©? OĂč est-il, le raisonneur de ce siĂšcle? Dieu n'a-t-il pas frappĂ© de folie la sagesse du monde? Puisque le monde, avec toute sa sagesse, n'a pas su reconnaĂźtre Dieu Ă  travers les oeuvres de la sagesse de Dieu, il a plu Ă  Dieu de sauver les croyants par cette folie qu'est la proclamation de l'Évangile.

Alors que les Juifs rĂ©clament les signes du Messie, et que le monde grec recherche une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifiĂ©, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples paĂŻens. » (1Co 1, 21-23) Cette folie d’amour s’adresse au cƓur dont l’intelligence est pĂ©trie de l’amour de l’Évangile. « Et il advint, comme il Ă©tait Ă  table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bĂ©nĂ©diction, puis le rompit et le leur donna. Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. » (Lc 24, 30) AprĂšs leur avoir interprĂ©tĂ© dans toutes les Écritures ce qui le concernait, Ă  la fraction du pain leurs yeux s’ouvrent. « Lorsque je serai Ă©levĂ© de terre, j’attirerai tous les hommes Ă  moi. » (Jn 12,32) Lorsque mon cƓur sera fracturĂ©, fendu en deux, les yeux s’ouvriront : « Celui-ci Ă©tait vraiment le Fils de Dieu, » (Mt 27, 54) dĂ©clare le centurion en retirant sa lance. Son cƓur est devenu tout brĂ»lant en voyant le sang et l’eau jaillir du cƓur de JĂ©sus, en contemplant sa maman qui s’offrait avec lui pour le nouveau commencement, la nouvelle crĂ©ation. « Notre coeur n'Ă©tait-il pas tout brĂ»lant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures? » (Lc 24, 32) « Je te bĂ©nis, PĂšre, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir cachĂ© cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir rĂ©vĂ©lĂ© aux tout-petits. Oui, PĂšre, car tel a Ă©tĂ© ton bon plaisir. »  (Lc 10,21) Il bĂ©nit le PĂšre d’avoir rĂ©vĂ©lĂ© cela aux petits, ceux-lĂ  qui reconnaissent leurs fautes et qui cherchent le bain qui pourra les laver Ă  jamais de ce qui leur empĂȘche d’ĂȘtre parfaits dans l’amour, dans la justice, dans la paix, dans la vĂ©ritĂ©.

Au commencement de la Bonne Nouvelle de JĂ©sus-Christ, le Fils de Dieu, il y a Jean Baptiste, ce Jean que le livre d’IsaĂŻe, 600 ans auparavant, annonçait comme le messager qui viendrait prĂ©parer la route au Seigneur. Il serait vĂȘtu de maniĂšre Ă  vous sortir de la paralysie des apparences pour vous faire prendre conscience de votre misĂšre intĂ©rieure. « Engeance de vipĂšres, qui vous a suggĂ©rĂ© d'Ă©chapper Ă  la ColĂšre prochaine? Produisez donc des fruits dignes du repentir, et n'allez pas dire en vous-mĂȘmes : “Nous avons pour pĂšre Abraham.” Car je vous dis que Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants Ă  Abraham. » (Lc 1, 7-8) Le baptĂȘme de Jean vient prĂ©parer les cƓurs Ă  se faire petits, invite Ă  renverser cette mentalitĂ© Ă  se prendre pour des justes parce que nous observons quelques lois purificatrices qui ne changent rien Ă  notre cƓur. « Malheur Ă  vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui purifiez l'extĂ©rieur de la coupe et de l'Ă©cuelle, quand l'intĂ©rieur en est rempli par rapine et intempĂ©rance! » (Mt 23, 25) « Vous aussi, maintenant encore, vous ĂȘtes sans intelligence? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui pĂ©nĂštre dans la bouche passe dans le ventre, puis s'Ă©vacue aux lieux d'aisance, tandis que ce qui sort de la bouche procĂšde du coeur, et c'est cela qui souille l'homme? » (Lc 15, 16-18)

C’est du dedans que viennent nos rĂ©sistances Ă  entendre la Bonne Nouvelle de JĂ©sus-Christ, c’est du dedans que nous pouvons faire l’intelligence de notre petitesse et que nous pouvons nous repentir de notre suffisance. C’est en faisant pĂ©nitence que nous maintenons en nous cette humilitĂ© qui permet de demeurer dans la veille et la priĂšre. « PĂ©nitence, pĂ©nitence » proclame Marie dans ces apparitions. Des mots d’amour que nous entendons comme des reproches. PĂ©nitence, PĂ©nitence, mes enfants et vous entendrez la Bonne Nouvelle de JĂ©sus-Christ, vous comprendrez les richesses et le bonheur que JĂ©sus apporte en se livrant pour vous.

Jean avait bien entendu le message de Marie lorsque JĂ©sus Ă©tait dans les eaux de son sein virginal, les eaux de la nouvelle crĂ©ation oĂč l’Esprit a engendrĂ© le Fils de Dieu, il a entendu sa salutation, cette voix tout humble. Il a entendu avec sa mĂšre et il a tressailli dans son sein. DĂ©jĂ , il renonçait Ă  toutes les richesses de ce monde, il tressaillait de l’esprit d’Élie, de se faire celui qui prĂ©parerait le chemin Ă  cet enfant divin.

« Et il advint, dĂšs qu'Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l'enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d'Esprit Saint. Alors elle poussa un grand cri et dit : “BĂ©nie es-tu entre les femmes, et bĂ©ni le fruit de ton sein! Et comment m'est-il donnĂ© que vienne Ă  moi la mĂšre de mon Seigneur? Car, vois-tu, dĂšs l'instant oĂč ta salutation a frappĂ© mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allĂ©gresse en mon sein. Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de qui lui a Ă©tĂ© dit de la part du Seigneur!” (Lc 1, 39-45) Jean a entendu le Magnificat, lĂ  oĂč Marie fait l’éloge des petits et annonce le renversement des superbes et des riches des faux biens. Il a entendu et il a vu Ă  travers le ventre de sa mĂšre celui qui venait dans le sein de Marie, il a vu sans voir comme au moment de la fraction du pain pour les disciples d’EmmaĂŒs. Le craquement du pain dans les mains de JĂ©sus ouvre leurs yeux, la voix de sa maman et celle de Marie ouvrent ses yeux Ă  se couvrir d’humilitĂ© pour prĂ©parer le chemin du Fils de Dieu. “Il a dĂ©ployĂ© la force de son bras, il a dispersĂ© les hommes au coeur superbe. Il a renversĂ© les potentats de leurs trĂŽnes et Ă©levĂ© les humbles, Il a comblĂ© de biens les affamĂ©s et renvoyĂ© les riches les mains vides.” (Lc 1, 51-53) Le poil de chameau sera son vĂȘtement, la sauterelle sa nourriture, le dĂ©sert son abri. Il ne veut perdre en rien de la richesse de ce qu’il entendu, il ne veut en rien s’élever pour accueillir la grandeur de celui qui se fait si petit pour sauver la multitude en toute gratuitĂ© et bontĂ©. Jean ne sera jamais assez dĂ©pouillĂ© pour atteindre le dĂ©pouillement du Fils de Dieu qui se fait l’Agneau de Dieu.

“Voici venir derriĂšre moi celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber Ă  ses pieds pour dĂ©faire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisĂ©s dans l’eau; lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint.”

L’eau douce ou salĂ©e ne lave pas de la maladie.

L’eau de la psychologie ne lave pas l’esprit, elle donne une idĂ©e de ses misĂšres.

L’eau du plaisir ne lave pas les remords et ne nettoie pas de l’ennui.

L’eau de la violence ne lave pas des guerres et n’instaure pas la justice.

L’eau de la Loi ne rend pas juste, ce qui rend juste c’est la foi en

l’eau qui jaillit du cƓur de JĂ©sus pour nous fait renaĂźtre Ă  la vie Ă©ternelle dans l’Esprit Saint.

Normand Décary-Charpentier

3 déc, Mt 9,35-38,1. 6-8: La Bonne Nouvelle pour les itinérants

Décembre 02, 2011 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :

Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité.
Voyant les foules, il eut pitié d'elles parce qu'elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger.
Il dit alors à ses disciples : « La moisson est abondante, et les ouvriers sont peu nombreux.
Priez donc le maßtre de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson. »
Alors Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir d'expulser les esprits mauvais et de guérir toute maladie et toute infirmité.
Allez plutÎt vers les brebis perdues de la maison d'Israël.
Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche.
Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement.

Commentaires :

Une brebis sans berger est une brebis qui devient vite mĂ©connaissable. Sans berger, elle erre sur la route et dans les forĂȘts, son corps se couvre de boue, une gadoue que le soleil cuit et qui devient aussi dure que la pierre sur sa toison blanche. Sa laine se couvre de cette mixture de terre, de sable oĂč les petites pierres se font un nid. Elle devient mĂ©connaissable sous ce masque de saletĂ©s. Si elle croise un passant au hasard de son errance, elle s’effraie et la peur lui monte Ă  la gorge. Elle fuit aussitĂŽt vers nulle part, le premier creux de rocher qui se prĂ©sente dans sa course devient son abri. Le marcheur a l’impression de voir un monceau de gravats se dĂ©placer en hĂąte puis disparaĂźtre dans un rocher. Elle court inutilement, car qui voudrait de cet animal qui inspire le dĂ©goĂ»t plus que la pitiĂ©. Le promeneur se demande comment dans une telle condition a pu survivre cette bĂȘte inconnue. En la voyant s’éloigner dans sa robe de boue, il lui souhaite de mourir pour se libĂ©rer de cette mĂ©diocre existence. Le loup, son prĂ©dateur, n’en veut mĂȘme pas tellement elle n’a rien d’autre sur le corps que cette fange durcie et les os.

Y a-t-il un berger qui voudrait accueillir cette brebis immonde? À la voir dans cet Ă©tat, elle paraĂźt irrĂ©cupĂ©rable Ă  toute personne raisonnable. Est-ce possible de laver cette pauvre bĂȘte de sa cuirasse de boue, de lui rendre sa dignitĂ©, de lui faire retrouver sa blancheur, sa joie de vivre? Parviendra-t-elle Ă  se laisser apprivoiser et retrouver sa place dans un troupeau? Tout ce travail pour rĂ©cupĂ©rer cette brebis couverte d’immondices nĂ©cessite un prix et il est Ă©levĂ© pour une brebis qui a perdu toute valeur. Le berger ne peut trouver son compte en la soignant, ce ne serait que pure perte que de la prendre Ă  sa charge et de lui redonner vie. La mort est le meilleur remĂšde pour les brebis dans cette condition, c’est bien elle qui la menait paĂźtre dans la poussiĂšre pour mieux la dĂ©vorer, lui voler son nom et la plonger dans l’oubli. C’est bien la mort qui la couvrait de son linceul d’obscuritĂ© sur la route, de cette boue qui cache le visage de la crĂ©ature de Dieu. Il en est ainsi pour les ĂȘtres humains qui se perdent sur les routes en ne sachant oĂč aller. La poussiĂšre les Ă©touffe et ils perdent le sens de leur dignitĂ©. OĂč est-il le berger de l’ĂȘtre humain créé Ă  l’image de Dieu, oĂč est-il celui qui le relĂšvera de la poussiĂšre?

« Les flots de la Mort m'enveloppaient, les torrents de BĂ©lial m'Ă©pouvantaient; les filets du ShĂ©ol me cernaient, les piĂšges de la Mort m'attendaient. Dans mon angoisse j'invoquai le Seigneur, vers mon Dieu je lançai mon cri; il entendit de son temple ma voix et mon cri parvint Ă  ses oreilles. Et la terre s'Ă©branla et chancela, les assises des montagnes frĂ©mirent  » (Ps 18, 5-8)

La terre s’ébranla Ă  la rĂ©ponse du Seigneur, Ă  sa tendresse, Ă  son humilité : « Et toi, BethlĂ©em, terre de Juda, tu n'es nullement le moindre des clans de Juda; car de toi sortira un chef qui sera pasteur de mon peuple IsraĂ«l. » (Mi 5, 14) « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l'appellera du nom d'Emmanuel, ce qui se traduit : “Dieu avec nous.”  (Mt 1, 23)

« Car ainsi parle le Seigneur, l’Eternel : Voici, j’aurai soin moi-mĂȘme de mes brebis, et j’en ferai la revue. (
) C’est moi qui ferai paĂźtre mes brebis, c’est moi qui les ferai reposer, dit le Seigneur, l’Eternel. Je chercherai celle qui Ă©tait perdue, je ramĂšnerai celle qui Ă©tait Ă©garĂ©e, je panserai celle qui est blessĂ©e, et je fortifierai celle qui est malade. (
) Vous, mes brebis, brebis de mon pĂąturage, vous ĂȘtes des hommes; moi, je suis votre Dieu, dit le Seigneur, l’Eternel. » (Ez 34, 11.15-16.31)

Nous sommes Ă  l’image de Dieu et JĂ©sus vient pour nous donner sa ressemblance et nous Ă©lever Ă  la dignitĂ© d’enfants de Dieu, d’hĂ©ritiers de son Royaume. Il vient nous enlever ce masque de pierre qu’il prendra sur lui pour nous rendre notre visage de vivant et nous donner sa dignitĂ© de Fils de Dieu.

L’enthousiasme de JĂ©sus Ă  rĂ©pandre cette Bonne Nouvelle monte sans cesse en lui. Il parcourt inlassablement toutes les villes et les villages, il enseigne et proclame la Bonne Nouvelle du jour nouveau qui se lĂšve. Dieu vient lui-mĂȘme dans la chair en son Fils pour prendre sur lui toute cette boue qui dĂ©figure ses enfants et les mĂšne Ă  la mort. Il vient prendre sur lui de les racheter de cet Ă©tat, d’y descendre pour bien les soigner, les laver et rendre Ă  chacun de ses enfants son intĂ©gritĂ©. JĂ©sus n’est pas dĂ©goĂ»tĂ© devant notre Ă©tat misĂ©rable, nos errances, il a pitiĂ© et il se livre pour nous, gratuitement, sans rien attendre en retour, en pardonnant dĂ©jĂ  Ă  ceux qui lui cracheront au visage


JĂ©sus a pitiĂ© des foules, il ressent leurs fatigues et leurs abattements, il voit l’isolement de chacun dans sa relation Ă  l’autre, sa solitude comme cette brebis qui court vers nulle part, mĂ©connaissable sous son habit de gravats.

« Nous Ă©tions tous errants comme des brebis, chacun suivait sa propre voie; et l’Éternel a fait retomber sur lui l’iniquitĂ© de nous tous. » (Is 53, 6) Qui peut comprendre l’abĂźme d’amour du cƓur de JĂ©sus envers chacun ?  Y a-t-il quelqu’un dans la foule qui puisse entendre les battements de son cƓur pour eux, y a-t-il quelqu’un parmi ses disciples qui se chauffe Ă  ce feu ? Qui peut comprendre son cƓur qui dĂ©jĂ  veut s’ouvrir pour purifier, sanctifier, guĂ©rir, abreuver, nourrir et faire advenir l’ĂȘtre nouveau. Un ĂȘtre libre de cette fange qui lui cache son identitĂ©, son appel Ă  devenir enfant de Dieu par le Fils du PĂšre qui vient mourir pour eux afin de les inviter Ă  ĂȘtre baptisĂ© dans sa mort pour ressusciter avec lui.

JĂ©sus a pitiĂ©, une pitiĂ© qui n’a rien Ă  voir avec de la condescendance puisqu’il se fait petit, si petit qu’il se dĂ©pose dans les mains de chacun et s’offre en nourriture comme pain de vie. VoilĂ  un amour dont nous ne pouvons avoir idĂ©e sans qu’il nous donne de son amour pour lui offrir son amour et lui en rendre grĂące. N’est-ce pas cet amour qui nous fait passer de la mort Ă  la vie?

« Comme un surgeon il a grandi devant lui, comme une racine en terre aride; sans beautĂ© ni Ă©clat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eĂ»t sĂ©duits; objet de mĂ©pris, abandonnĂ© des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu'un devant qui on se voile la face, mĂ©prisĂ©, nous n'en faisions aucun cas. Or ce sont nos souffrances qu'il portait et nos douleurs dont il Ă©tait chargĂ©. Et nous, nous le considĂ©rions comme puni, frappĂ© par Dieu et humiliĂ©. Mais lui, il a Ă©tĂ© transpercĂ© Ă  cause de nos crimes, Ă©crasĂ© Ă  cause de nos fautes. Le chĂątiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guĂ©rison. » (Is 53, 2-5) Une pitiĂ© qui vient nous soigner par ses blessures. Vraiment, nous Ă©tions errants et nous le sommes et serons toujours sans lui, car oĂč puiser de cet amour qui donne un sens Ă  la vie, un amour qui ramĂšne Ă  l’unitĂ© avec tous les autres. « Vous Ă©tiez errants comme des brebis; mais Ă  prĂ©sent vous ĂȘtes revenus vers le berger qui veille sur vous. » (1 P 2,25)

JĂ©sus dit alors Ă  ses disciples : « La moisson est abondante, et les ouvriers sont peu nombreux. »  Peu nombreux sont ceux qui veulent prendre sur eux avec lui, la fatigue et l’abattement des autres et y mettre fin par la foi en la puissance de l’amour de Dieu pour l’humanitĂ©. Personne sans lui ne peut boire Ă  cette coupe de l’amour qui n’est qu’amour. Peu nombreux sont ceux qui comprennent la grandeur, la profondeur, la hauteur, la largeur de cet amour. Il y a bien Marie, qui est lĂ , en silence. Elle « offre sa personne et sa vie en sacrifice saint, capable de plaire Ă  Dieu : c'est lĂ  pour nous l'adoration vĂ©ritable. » (Ro 12,1) Il y a bien Marie qui dĂ©jĂ  travaille Ă  la moisson avec lui. Elle le prie d’envoyer des ouvriers Ă  sa moisson pour tirer la multitude de cette boue.

JĂ©sus appelle ses douze disciples et les investit de ses pouvoirs pour aller par les chemins Ă  la rencontre de tous les enfants de Dieu et leur dire que Dieu les aime et qu’il vient les libĂ©rer Ă  jamais de toute larme, de tout mal, de tout ce qui est mort.

« Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. »

Normand Décary-Charpentier

2 déc, Mt 9, 27-31: Les deux aveugles et la foi.

Décembre 01, 2011 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :

JĂ©sus Ă©tait en route; deux aveugles le suivirent en criant : « Aie pitiĂ© de nous, fils de David. » Quand il fut dans la maison, les aveugles l’abordĂšrent, et JĂ©sus leur dit : « Croyez-vous que je peux faire cela? » Ils rĂ©pondirent : « Oui, Seigneur. » Alors il leur toucha les yeux en disant : « Que tout se fasse pour vous selon votre foi! » Leurs yeux s’ouvrirent, et JĂ©sus leur dit sĂ©vĂšrement : « Attention! Que personne ne le sache! »

Commentaires :

JĂ©sus Ă©tait en route, deux aveugles se mirent Ă  sa suite en entendant dire dans la foule que c’était JĂ©sus qui passait. Rien de plus laborieux pour un aveugle que de poursuivre quelqu’un pour s'en approcher et lui adresser la parole. Les deux aveugles n’ont pas le choix de crier pour espĂ©rer attirer l’attention de JĂ©sus. Ils crient : « Aie pitiĂ© de nous, fils de David. »  Ils ne peuvent voir si JĂ©sus se retourne pour les regarder, s'il s’arrĂȘte et montre de l’attention Ă  leurs cris? Ils ignorent totalement ce qui se passe. Ils sont dans l’obscuritĂ© la plus complĂšte, dans cette nuit interminable et sans lune oĂč ils vivent depuis l’enfance.

Habituellement, ils sont dans leur routine quotidienne, ces automatismes soigneusement Ă©laborĂ©s pour se dĂ©placer, circuler au milieu des gens, se retrouver. Avec cette venue de JĂ©sus, ils doivent se dĂ©placer hors des sentiers habituels. Incapables de voir JĂ©sus, ils crient et avancent en tĂątonnant, dĂ©terminĂ©s Ă  le rencontrer. Leur cĂ©citĂ© Ă©tait sans espoir. Ils avaient refoulĂ© toute idĂ©e de guĂ©rison. Ils se considĂ©raient condamnĂ©s Ă  la mendicitĂ© et Ă  l’exclusion. VoilĂ  que se prĂ©sente celui dont on dit qu’il peut les guĂ©rir et les sortir de ces tĂ©nĂšbres. Imaginez la volontĂ© qu’ils ont de lui demander secours. « Aie pitiĂ© de nous, fils de David. », « Aie pitiĂ© de nous, fils de David. »  Ils ne voient pas si JĂ©sus les entend et ils ne renoncent pas pour autant Ă  crier : « Aie pitiĂ© de nous, fils de David. »

Ils entendent les gens dire que JĂ©sus est entrĂ© dans une maison. Cet arrĂȘt de JĂ©sus dans une demeure les aidera Ă  se diriger vers lui. Ils se faufilent entre les gens stationnĂ©s devant la maison et parviennent Ă  la porte. Ils s'interrogent sur l'endroit oĂč se trouve JĂ©sus dans ce logis. Ils demeurent sur le seuil et ils avancent tout doucement. Ils sentent les odeurs qui Ă©manent de la maison, ils touchent la porte, ils entendent un silence respectueux qui circule dans l’air. Ils savent qu’ils sont tout prĂšs, que JĂ©sus n’est pas loin, ils ressentent une grande paix.

JĂ©sus s’adressera Ă  eux pour leur signifier qu’ils sont bien en sa prĂ©sence. Il les touchera sur l’épaule pour qu’ils se situent par rapport Ă  lui. Il leur parlera le premier. À leur grand Ă©tonnement, JĂ©sus leur pose une question sur la guĂ©rison qu'ils attendent de lui : « Croyez-vous que je peux faire cela? »  Ils sont bouleversĂ©s Ă  cette parole de JĂ©sus. Ils se sentent reconnus comme personne en sa prĂ©sence. Ils ne sont pas des aveugles, ils ont un nom, une identitĂ©, ils ne sont pas une maladie. Ils vivent l’inexprimable en cet instant. Cette attention de JĂ©sus Ă  leurs personnes fait lever en eux une lumiĂšre nouvelle. Ils ressentent qu'une guĂ©rison se produit en eux. Ils ont le coeur brĂ»lant.

AssurĂ©ment, se disent-ils, ce JĂ©sus est plus que le fils de David pour ainsi nous accueillir et savoir ce que nous voulons lui demander avant mĂȘme de l’exprimer. Les deux rĂ©pondront en chƓur Ă  la question de JĂ©sus s'il pouvait les guĂ©rir: « Oui, Seigneur. »  Oui, Seigneur Dieu, crĂ©ateur du ciel et de la terre. Oui, tendresse infinie qui n’oublie aucun de ses enfants, qui connaĂźt chacun par son nom vĂ©ritable. Oui, oui, oui! S’exclament les deux hommes. Jamais ils n’ont vu avec autant de clartĂ© et pourtant ils ne voient pas encore. Ils savent que devant eux se tient le Seigneur. « Oui, Seigneur, tu le peux.»

« Si nous savons que nous sommes passĂ©s de la mort Ă  la vie, c’est que nous aimons nos frĂšres. » (1Jn 3,14) Ils savent qu’ils sont en prĂ©sence de celui qui est amour, de celui qui les fait sortir de l'ombre de la mort, de celui qui leur rend leur dignitĂ©. Ils n’oublieront jamais cette main sur leurs Ă©paules, cette douceur dans ses propos, cette paix dans leur coeur, cette tendresse dans l'attention qu'il leur donne. DĂ©jĂ , le plus grand des miracles est fait. Ils voient l’invisible, ils voient celui qui vient rendre la vue aux aveugles que nous sommes tous pour nous sauver de l’emprise des tĂ©nĂšbres et de la mort si obscure. Ils voient l’essentiel et ils sont toujours aveugles. Ils en oublient de lui demander de leur rendre la vue du monde visible au plus tĂŽt.

Alors JĂ©sus leur touche les yeux et leur dit : « Que tout se fasse pour vous selon votre foi! »  JĂ©sus vient tout juste de leur donner cette foi qui leur permettra de transporter la montagne de leur aveuglement. Il vient Ă  l'instant de leur donner de voir les rĂ©alitĂ©s qu’on ne peut voir et de reconnaĂźtre la lumiĂšre qui peut nous guider sur le chemin de la paix. Alors leurs yeux s'ouvrent et ils contemplent de leurs yeux le Seigneur. Les yeux grands ouverts, ils voient celui qu’ils poursuivaient dans l'espoir de voir. Ils voient les yeux de JĂ©sus qui les regardent dans les yeux, ils sont muets. Le temps s'arrĂȘte devant l'Éternel. Ils voudraient demeurer dans la lumiĂšre du visage de JĂ©sus et de son regard. Ils voient cette aube nouvelle qui se lĂšve sur le monde des tĂ©nĂšbres. Comme Pierre sur la montagne lors de la transfiguration, ils voudraient demeurer lĂ , le suivre partout oĂč il ira. 

Alors JĂ©sus leur dit sĂ©vĂšrement : « Attention! Que personne ne le sache! » Que personne ne sache pour ce miracle qui vous donne de voir le visible, l’important est de tĂ©moigner que vous voyez maintenant la rĂ©alitĂ© non apparente avec la foi, que vous reconnaissez celui qui vient sauver la multitude de l'ombre de la mort et de l'emprise du mal. C’est ce regard du cƓur retrouvĂ© que vous devez annoncer et vivre dans cette lumiĂšre qui garde dans l'amour.

Normand Décary-Charpentier

1 déc, Mt 7,21. 24-27: La volonté du PÚre est amour plus fort que la mort.

Novembre 30, 2011 0 Comments Bloggies by Normand Decary

Évangile :
Comme les disciples s'Ă©taient rassemblĂ©s autour de JĂ©sus, sur la montagne, il leur disait : « Il ne suffit pas de me dire : “Seigneur, Seigneur!”, pour entrer dans le Royaume des cieux; mais il faut faire la volontĂ© de mon PĂšre qui est aux cieux. Tout homme qui Ă©coute ce que je vous dis lĂ  et le met en pratique est comparable Ă  un homme prĂ©voyant qui a bĂąti sa maison sur le roc. ‹La pluie est tombĂ©e, les torrents ont dĂ©valĂ©, la tempĂȘte a soufflĂ© et s'est abattue sur cette maison; la maison ne s'est pas Ă©croulĂ©e, car elle Ă©tait fondĂ©e sur le roc. ‹Et tout homme qui Ă©coute ce que je vous dis lĂ  sans le mettre en pratique est comparable Ă  un homme insensĂ© qui a bĂąti sa maison sur le sable. ‹La pluie est tombĂ©e, les torrents ont dĂ©valĂ©, la tempĂȘte a soufflĂ©, elle a secouĂ© cette maison; la maison s'est Ă©croulĂ©e, et son Ă©croulement a Ă©tĂ© complet. »

Commentaires :

Les disciples Ă©taient rassemblĂ©s autour de JĂ©sus, il leur disait ce Ă  quoi ils ne s’attendaient pas d’entendre. Ils se croyaient bien Ă©tablis auprĂšs de JĂ©sus et prĂȘts Ă  se construire une place bien confortable Ă  ses cĂŽtes. Cette histoire de maison sur le sable et sur le roc Ă©tait tout Ă  fait imprĂ©visible pour eux. Ils se sentaient en droit de se battre pour les premiĂšres places auprĂšs de JĂ©sus et le demander avec insistance sans souci des autres : « MaĂźtre, nous voulons que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander. »  Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous? » — « Accorde-nous, lui dirent-ils, de siĂ©ger, l'un Ă  ta droite et l'autre Ă  ta gauche, dans ta gloire.»  JĂ©sus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. (
) Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent Ă  s'indigner contre Jacques et Jean. » (Mc 10, 36-38.41) Ils Ă©taient tout Ă  fait Ă  l’aise pour demander Ă  JĂ©sus ce que serait leur rĂ©compense pour l’avoir suivi : « Voici que nous, nous avons tout laissĂ© et nous t'avons suivi, quelle sera donc notre part? » (Mt 19, 27) Ils dĂ©fendaient tout autant l’exclusivitĂ© sur JĂ©sus et voulaient que personne n’utilise le nom de JĂ©sus : « MaĂźtre, nous avons vu quelqu'un expulser des dĂ©mons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empĂȘcher, parce qu'il ne nous suivait pas. » (Mc 9, 38) Ils ne voulaient pas seulement l’exclusivitĂ© des pouvoirs qui se rattachent au nom de JĂ©sus, ils voulaient dĂ©truire ceux qui refusaient de les accueillir comme dans ce bourg de Samarie lorsque l’on refusa de l’accueillir parce que JĂ©sus montait Ă  JĂ©rusalem : ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer? » Mais, se retournant, il les rĂ©primanda. Et ils se mirent en route pour un autre village. » (Mt 9, 54-56) Et que dire de Pierre lorsque JĂ©sus annonce pour la premiĂšre fois sa passion et sa rĂ©surrection : « Le Fils de l'homme doit beaucoup souffrir, ĂȘtre rejetĂ© par les anciens, les grands prĂȘtres et les scribes, ĂȘtre tuĂ© et, aprĂšs trois jours, ressusciter »; et c'est ouvertement qu'il disait ces choses. Pierre, le tirant Ă  lui, se mit Ă  le morigĂ©ner. Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, admonesta Pierre et dit : « Passe derriĂšre moi, Satan! car tes pensĂ©es ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes! » (Mc 8, 31-33)

Les disciples sont rassemblĂ©s autour de JĂ©sus et ils le regardent comme si JĂ©sus Ă©tait leur propriĂ©tĂ©, comme s’il Ă©tait leur passeport vers la rĂ©ussite, leur billet gagnant Ă  la loterie, leur rĂ©ussite sociale.

Ils attendent fiĂ©vreusement ce que JĂ©sus dira. Ils sont anxieux que sa royautĂ© soit reconnue, ils sont empressĂ©s que son royaume s’établisse pour devenir des fonctionnaires privilĂ©giĂ©s de cette royautĂ©.

JĂ©sus leur dit : « Il ne suffit pas de me dire : “Seigneur, Seigneur!”, pour entrer dans le Royaume des cieux; mais il faut faire la volontĂ© de mon PĂšre qui est aux cieux. » Beaucoup seront Ă©tonnĂ©s en voulant entrer dans le Royaume de se voir refuser l‘entrĂ©e. Ils seront fĂąchĂ©s de ne pas ĂȘtre reconnu et s’exclameront : « Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que nous avons prophĂ©tisĂ©? En ton nom que nous avons chassĂ© les dĂ©mons? En ton nom que nous avons fait bien des miracles? » Alors je leur dirai en face : « Jamais je ne vous ai connus; Ă©cartez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquitĂ©. » (Mt 7, 22-23) L’étonnement est entier dans les yeux des disciples et ils s’interrogent : comment pouvons-nous faire des miracles et ne pas ĂȘtre dans la volontĂ© de Dieu, comment pouvons-nous agir en son nom et ne pas ĂȘtre connu de celui dont nous utilisons le nom? JĂ©sus ne connaĂźt pas celui qui agit en son nom par sa propre volontĂ©, car celui-lĂ  ne peut le reconnaĂźtre dans la mangeoire ou sur la croix, il ne peut le connaĂźtre et marcher avec lui sur le chemin de la croix et construire sa maison sur le roc de son offrande. Il ne peut reconnaĂźtre la sagesse de Dieu qui est folie aux yeux des hommes.

Pour faire la volontĂ© du PĂšre, il faut se dĂ©faire de sa propre volontĂ©. « Celui qui veut marcher Ă  ma suite, » nous dit JĂ©sus, « qu’il renonce Ă  lui-mĂȘme, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive. » (Mt 16, 24) Il n’y a qu’ainsi que nous pouvons entrer dans le mouvement de l’Esprit et ĂȘtre poussĂ©s lĂ  oĂč l’on doit ĂȘtre et devenir l’instrument de Dieu pour les autres. Propos difficiles Ă  entendre pour les disciples et tout autant aujourd’hui oĂč l’individualisme, la recherche de plaisirs, l’indĂ©pendance se proposent comme guides suprĂȘmes pour se rĂ©aliser. Comment rendre justice Ă  ce que JĂ©sus propose lorsque tous les boucliers se lĂšvent pour se dĂ©fendre d’accueillir cette parole de vie? Elle est vraiment comme un glaive la parole de JĂ©sus. Elle vient transpercer la maniĂšre habituelle de voir et invite Ă  bĂątir sa vie sur ce qui engloutit la mort plutĂŽt que de se procurer le plus de plaisirs possible avant la mort, tout en se rĂ©signant. JĂ©sus demande de s’investir sur ce qui ne passe pas, sur ce qui rĂ©siste Ă  ce monde qui passe. Qui a le langage le plus triste entre JĂ©sus et le monde? N’est-ce pas l’esprit du monde qui nous dit d’oublier tout ce qui est triste, de ne pas y songer nous assurant qu’il n’y a pas de rĂ©ponse et que tout est vide? N’est-ce pas l’esprit du monde qui est tristesse? Il nous fait perdre l’esprit en nous proposant toutes sortes de distractions pour tuer le temps dans le plaisir et nous bousculer dans le tombeau. L’esprit de ce monde arrive maintenant Ă  nous proposer de nous soulager de l’angoisse de la mort et de son passage. Cette joie ne peut ĂȘtre une vraie joie, car peu de gens peuvent y avoir accĂšs. La plupart sont condamnĂ©s Ă  une vie brĂšve et souffrante sur cette planĂšte. JĂ©sus propose d’abriter tout le monde dans la joie, ceux qui sont morts y compris, ceux qui sont malades, estropiĂ©s, handicapĂ©s. Il demande un renoncement accessible au plus pauvre comme au plus riche, au plus intelligent comme Ă  celui souffre d’un handicap mental. Il affirme que les plus faibles, les plus petits entendent cette parole et l’accueillent avec joie.

« N'exposez donc pas votre privilĂšge Ă  l'outrage. Car le rĂšgne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint. » (Ro 14:16 -17) La justice ne s’achĂšte pas, ni la joie. Nous pouvons bien nous procurer des plaisirs pour Ă©chapper Ă  la tristesse de la perte d’un proche, cela ne le ramĂšne pas. JĂ©sus pleure la mort de son ami Lazare malgrĂ© qu’il a le pouvoir de le ramener Ă  la vie, il pleure avec tous ceux qui pleureront la mort d’un proche. Il lui tarde de vaincre la mort et apporter cette paix qui fait vivre dans l’espĂ©rance de retrouver ceux que la mort retient. « Nous ne voulons pas, frĂšres, que vous soyez ignorants au sujet des morts; il ne faut pas que vous vous dĂ©soliez comme les autres, qui n'ont pas d'espĂ©rance. Puisque nous croyons que JĂ©sus est mort et qu'il est ressuscitĂ©, de mĂȘme, ceux qui se sont endormis en JĂ©sus, Dieu les emmĂšnera avec lui» ( 1 Thess 4, 13-14)

JĂ©sus nous assure cette paix, cette joie et il vient la fonder sur sa propre mort, son obĂ©issance Ă  la volontĂ© d’amour du PĂšre pour tous. Il est temps de nous laisser lever de nos tombeaux par l’Esprit du PĂšre, il est temps de dire non Ă  cet esprit qui nous convainc que nous sommes faits pour la mort. C’est Ă  cet Ă©tat d’esprit qu’il faut mourir pour entrer dans la volontĂ© du PĂšre qui nous veut debout et vivants, debout et plein de joie, debout et plein de vie Ă  jamais.

« Et c'est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l'oblation du corps de Jésus Christ, une fois pour toutes. » (Hébreux 10:10)

JĂ©sus est mort pour nous, non simplement mort, mais tuer Ă  mort et il disait en regardant ceux qui prenaient sa vie : « PĂšre, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. Ils se partagĂšrent ses vĂȘtements, en tirant au sort. » (Luc 23,34) Dieu posait sur cette terre de mortel le roc oĂč construire sa maison, un roc d’un amour infini qu’aucune mort ne pourra fracasser. Dieu dans sa bontĂ© se livrait Ă  nos mains de poussiĂšres, Ă  nos mains criminelles pour nous sortir de cette poussiĂšre et nous couvrir du vĂȘtement blanc achetĂ© au prix du sang de son Fils.

La volontĂ© du PĂšre est renoncement Ă  tout ce qui est haine, Ă  tout ce qui est Ă©goĂŻsme, Ă  tout ce qui mort, Ă  tout ce qui divise, Ă  tout ce qui fait abandonner le moindre de ses enfants dans l’étreinte de la mort.

Qui mieux que Marie peut nous enseigner la volontĂ© du PĂšre en ce monde? Qui mieux qu’elle entre dans le mouvement de l’Esprit de Dieu et se fait la servante inflexible de sa parole? DĂšs le moment de l’engendrement du Fils en son sein, une condamnation Ă  la lapidation se pose sur elle! Dans la plus grande confiance et en silence, elle avance dans l’adoration et la priĂšre. DĂšs la naissance de son Fils, elle est poursuivie par le puissant HĂ©rode pour tuer son enfant. Marie s’abandonne Ă  l’Esprit dans la confiance, sans dire un mot de haine Ă  l’égard de son poursuivant, sans chercher dĂ©fense. Elle construit sur le roc de la volontĂ© du PĂšre. Les menaces, les meurtriers, le froid, la faim, rien ne l’ébranle. Elle passera trente annĂ©es dans le silence d’un atelier de charpentier, dans une vie modeste et cachĂ©e sans rien demander, sans s’insurger des lenteurs de Dieu pour faire rĂ©gner son Fils. Elle construit sur le roc. Elle verra son Fils insultĂ©, poursuivi pour ĂȘtre tuĂ©, rejetĂ© de son village, harcelĂ© par les autoritĂ©s religieuses, condamnĂ©, crucifiĂ©, elle demeurera dans le silence et la paix. Marie construit sur le roc. Elle verra son Fils ressuscitĂ© bien avant tous les autres, elle ne court pas au tombeau, elle sait que la mort ne pourra retenir son Fils.

Marie a bien mis en pratique la parole de Dieu et elle s’est remise entiĂšrement Ă  la volontĂ© du PĂšre, en ne doutant jamais de sa prĂ©sence, de sa puissance, de son amour dans tous les Ă©vĂ©nements traversĂ©s. Avant et aprĂšs son enfantement, JĂ©sus est toujours prĂ©sent en elle, il est son rocher et rien ne peut l’ébranler et la sortir de la joie de l’Esprit Saint et de l’amour de la multitude avec son Fils.

Marie est la pratique vivante de la parole de Dieu, en elle, le Verbe s’est fait chair. La volontĂ© du PĂšre est sa nourriture, son « ùme exalte le Seigneur » de jour et de nuit, son « esprit exulte en Dieu son Sauveur ». Le temps s’arrĂȘte, son pied tient ferme au sol et son cƓur demeure dans le service de la volontĂ© du PĂšre. Marie veille et les anges sont frappĂ©s d’étonnement devant son recueillement et sa libre docilitĂ© Ă  l’Esprit en elle.

La crĂšche misĂ©rable se pare de beautĂ© devant tant de grĂące. La mangeoire contenant l’enfant entourĂ© de langes annonce le festin des noces de l’Agneau. La colĂšre d’HĂ©rode, sa jalousie, ses cris de rage ne peuvent faire trembler cette modeste demeure oĂč l’Éternel Amour se livre pour se faire nourriture de vie Ă©ternelle et Ă©tablir le rĂšgne de Dieu qui est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint.

« Les bergers, entendant les anges chanter la présence du Christ fait chair,

Coururent contempler leur pasteur.

Ils virent l'agneau immaculé,

Nourri au sein de Marie qu'ils chantÚrent en disant :

Réjouis-toi, mÚre de l'Agneau et du Berger,

Réjouis-toi, bercail des brebis de l'Esprit,

Réjouis-toi, défense contre les ennemis invisibles,

Réjouis-toi, qui ouvres les portes du paradis.

Réjouis-toi, puisque les cieux se réjouissent avec la terre,

Réjouis-toi, puisque dansent la terre et le ciel,

Réjouis-toi, bouche des apÎtres qui ne saurait se taire,

Réjouis-toi, courage invincible des lutteurs.

Réjouis-toi, soutien inflexible de la foi,

Réjouis-toi, signe éclatant de la grùce,

Réjouis-toi, par qui l'enfer fut dépouillé,

RĂ©jouis-toi, par qui la gloire nous est redonnĂ©e. » (Extrait de l’hymne acathiste)

RĂ©jouissons-nous avec elle d’avoir accĂšs Ă  ce rocher imprenable oĂč nous pouvons demeurer dans l’amour qui est vie Ă©ternelle.

« Que dire aprÚs cela? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur? Qui se fera l'accusateur de ceux que Dieu a élus? C'est Dieu qui justifie. Qui donc condamnera? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je? Ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercÚde pour nous? Qui nous séparera de l'amour du Christ? La tribulation, l'angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive? » (Ro 8, 31-35)

Rien ne peut provoquer l'Ă©croulement de celui qui s’établit dans la foi en cet amour indicible de Dieu. Rien ne peut menacer celui qui n’a de cesse de veiller et prier pour demeurer dans l’esprit et voir ce rocher dans la nuit, cette croix sur le calvaire qui crie l’amour de Dieu pour chacun. Elle paraĂźt si fragile et pourtant rien ne peut atteindre celui qui prend sa croix et se met Ă  la suite de JĂ©sus.

 

Normand Décary-Charpentier

 


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